REPARTITION DES EUROPEENS DANS LA RHODESIA MERIDIONALE
Buluwayo, y compris tout le pays environnant
Salisbury — — —
Umtali — — —
Gwelo — — —
Melsetter — — —
Victoria — — —
Tiali
En 1892 on n'y comptait encore que 1837 Blancs, parmi lesquels 240 femmes et enfants.
Au nombre des 13 000 Blancs de 1898 on comptait, à côté des « citoyens > anglais, un certain nombre de Hollandais, Allemands et autres Européens naturalisés.
Ainsi que dans les autres régions aurifères de l'Afrique australe, Boers à part, ce qu'il y a par ici d'Européens, Anglais ou cosmopolites, consiste principalement en aventuriers, en prospecteurs, et à côté de ces hommes d'action, en urbains, gens d'affaires, financiers, boutiquiers, « écumeurs » des profits d'autrui.
Les propriétaires blancs ne font pas tout à fait défaut, mais les paysans manquent et manqueront longtemps. Ma-Tabelé- Land et Ma-Chona-Land sont destinés à rester pays de grands propriétaires employant le travail des indigènes et des coulis, à moins que les Boers ne s'infiltrent dans la contrée et que, suivis de leurs troupeaux, ils n'en fassent une contrée pastorale, puis, avec le temps, une région agricole. Beaucoup supposent
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qu'à moins de mesures expressément prises contre l'élément néo-hollandais par les autorités anglaises, la force des choses l'y installera plus solidement qu'aucune autre sorte de population.
Une colonisation en masse par l'élément « loyaliste », par les Bristishers, y paraît bien difficile pour une double raison : tout d'abord la Rhodesia du Sud, sans être réellement torride, n'est pas non plus exactement adaptée à la race blanche, qui ne pourra s'y livrer aux travaux en plein soleil que tout à fait sur les hauteurs; ensuite les Anglais, on ne saurait trop le dire, n'aiment guère la très dure condition de paysan ; malgré leur renommée de colons incomparables, ils ne se livrent pas à la culture; ce c^u'ils préfèrent, c'est la ville, ce sont les affaires, et, quand il se peut, le profit rapide qui récompense rarement le rustique à la main calleuse.
Pour nous en tenir au présent, les indigènes de la Rhodesia montrent peu de zèle à servir leurs maîtres dans les mines ou dans les champs; leur complexion, leurs idées, on peut dire leur idéal les porte à la paresse, « vertu » à laquelle ils trouvent quelque chose de merveilleusement supérieur; ils travaillent donc juste pour ne pas mourir de faim, un mois, deux mois par an pour semer, puis récolter quelques grains et cueillir des fruits.
Pour parer au danger de posséder des mines et de vastes domaines sans en tirer profit, faute de bras empruntés et aussi peu payés que possible, les propriétaires rhodésiens ont commencé à faire venir de plusieurs contrées ce qu'on appelle des travailleurs libres : des coulis de l'Inde, cette réserve vive à laquelle toutes les colonies tropicales recourent ou voudraient recourir; des gens de la Rhodesia septentrionale où diverses peuplades ne redoutent pas leur peine autant que celles du plateau cis-zambézien; des Fingo du rivage de la merdes Indes, hommes qui s'intéressent aux travaux de la terre, et que la « Compagnie » attache au sol par de petites concessions. C'est ainsi qu'elle en a installé déjà des centaines en un territoire d'une douzaine de milliers d'hectares, sur des lots de quatre hectares d'étendue, bien modeste chevance à côté de ceux qu'elle vend aux « colons », c'est-à-dire aux spéculateurs en terres. C'est par blocs de 1500 à 3 000 « morgen » qu'elle s'en dessaisit pour ces favorisés de la fortune; or, le morgen équivaut à 2 acres 116 millièmes : d'où une contenance de 635 à 1 270 hectares en propriété pleine et entière, sous réserve de certaines clauses résolutoires qu'il est maintenant question d'amender au profit de l'acheteur.
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Une des préoccupations de la Compagnie, et non des moindres, la répartition des terres, est encore loin d'avoir trouvé sa solution équitable. On voit aisément qu'elle en arrive peu à peu à la mesure qui fut reprochée avec tant d'amertume au gouvernement français en Algérie, au cantonnement — sous-entendu : des indigènes, — c'est-à-dire au resserrement du domaine des autochtones ou censés tels, là où il est trop vaste pour eux, et à l'attribution de la propriété restante à la puissance souveraine ou suzeraine, qui l'allotit pour les métropolitains. Seulement en Algérie on cantonnait les Arabes sur le territoire môme de la tribu à laquelle ils appartenaient, tandis qu'en Rhodesia on préfère constituer des « réserves ». Ainsi que dans les autres pays anglais, on entend par là des espaces d'étendue très diverse où l'on « emmagasine » les naturels qui gênent la colonisation, ou quelquefois seulement les spéculations de la race supérieurement « éminente ». Que le procédé soit injuste ou de toute justice, il est certain que d'une manière ou de l'autre, il faut partager le sol, bien trop vaste ici pour ses habitants cafres.
Les réserves projetées ne seront pas toutes pour les indigènes. Dans l'idée des directeurs de la Chartered il y en aura, comme on vient de le voir, pour les Fingo de la Cafrerie et pour tous les indigènes de l'Afrique australe qui voudront immigrer en Rhodesia. En bons calculateurs les maîtres du Ma-Tabelé- Land et du Ma-Chona-Land se soucient surtout de l'abondance de la main-d'œuvre qui a pour résultat net la baisse des salaires, donc une économie pour la « Société d'exploitation » de la contrée.
D'autres immigrants « cuivrés » sont arrivés du Transvaal en 1809, des Shangaans, « qui passent pour supérieurs à tous les autres Africains en ce qui concerne le travail des mines », et une portion d'une tribu de Ra-Souto transvaaliens entrés en lutte avec le gouvernement de la république Sud-Africaine, et vaincus, comme il était à prévoir. Au nombre de 10 000 environ, on les établit dans la réserve de Delingwe, à l'est-sud-est de Ruluwayo, dans le bassin du Lunde, tributaire droit du Sabi. D'autres naturels des pays environnants, 13 500 à peu près, ont demandé la faveur de s'installer sur le territoire de la Compagnie, ce qui leur a été accordé incontinent.
Au 31 mars 1898, on avait alloti, pour les vendre aux colons, 1 580 000 hectares en Ma-Chona-Land, et 1 500 000 environ dans le pays des Ma-Tabelé. Chez ces derniers, 47 000 indigènes à peu près sont déjà cantonnés dans quatorze réserves, où ils obéissent à des indunasoxx « chefs » responsables vis-à-vis delà Compagnie, et qui, pour le dire en passant, commandent à plus
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de femmes que d'hommes; il y aurait, ce dit-on, chez les Ma- Tabelé 60 000 femmes en surplus de la population masculine (?). Cela tient aux guerres sans fin qui ont consommé des guerriers en foule, aux épidémies de typhus et de variole, à la coutume qu'avaient les bandes de Mousselekatsi, puis de Lobengula, de massacrer tous les mâles du pays conquis en respectant la vie des femmes et des filles, sans doute à d'autres causes encore. Chez les Ma-Chona, les réserves commencent également à se remplir de naturels, tenus aussi en main par des indunas responsables.
Les villes qui paraissent déjà sur la carte du pays ne sont pas encore des villes, sauf peut-être les deux capitales, Buluwayo en Ma-Tabelé-Land et Salisbury en Ma-Chona-Land. Ce sont des bourgs ou même des villages aspirant à la dignité de cité. Bukuvayo (qui, plus exactement, est aussi, ou plutôt était Gubuluwayo) a son site dans les Matoppo Hills, au voisinage du faîte de partage granitique entre Zambeze et Limpopo. Avant l'intrusion des Anglais, et en cela semblable à la plupart des villes indigènes de l'intérieur « austral », elle avait changé maintes fois de place, mais dans un périmètre peu étendu, suivant les caprices et les convenances du grand chef. Elle comprenait une maison à l'européenne, celle du roi, bâtie sur la colline, au centre du village; ce « palais » était entouré de cabanes en forme de ruches, contenues dans la palissade de défense. Des demeures de traitants étaient éparses dans la campagne environnante; traitants stables ou traitants à deminomades accompagnant Sa Majesté dans ses campagnes et dans ses fréquents voyages. L'arrivée des Anglais ayant changé tout cela, de kraal royal d'un Cafre, Buluwayo devient une ville européenne, une future capitale d'un large pays. Ses rues, calculées pour l'avenir, ont 30 mètres d'ampleur, sans les trottoirs, et se coupent à angle droit, elles sont bordées de grandes maisons à toits en tuiles rouges, et aussi de tentes, de huttes, et de cabanes en tôle. Cité bien anglaise en ce qu'elle s'est immédiatement pourvue de banques, d'imprimeries, de journaux (même d'un « illustré »), d'électricité, d'un champ de course et de sport. Sa subite croissance lui est venue de sa gare du chemin de fer du Cap au Zambeze, poussé jusqu'ici le 4 novembre 1897; c'est la gare terminale à ce jour, mais la ligne ne tardera guère à atteindre le grand fleuve, puis F « audelà». A 160 kilomètres en ligne directe au nord-est de Buluwayo, sur le futur cliemin de fer de Salisbury, Gwelo se trouve au versant septentrional des monts Matoppo.
Salisbury, capitale du Ma-Chona-Land et de toute la Rho-
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desia, occupe, à 1 510 mètres d'altitude, au pied du mont Hampden, un site proche du Hanyani, tributaire droit du Zambeze, dans le voisinage des placers du Hanyani et du Mazoe. Comme Buluwayo, c'est une fille de chemin de fer; son importance lui vient de l'ouverture, le 1'='' mai 1899, de la ligne qui l'unit à Beira, port de mer du pays lusitanien de Gaza, en passant par la jeune ville d'Umtali, voisine de la frontière, dans l'ancien pays de Manica, que l'Angleterre a si fortement rogné au détriment du Portugal. Les deux ou trois mille résidents de Salisbury se dispersent dans des maisons en briques ou en tôle ondulée, sur un espace qui en accommoderait aisément de 50 000 à 100 000.
Au nord de Salisbury, « dans le charmant bassin du Mazoe », en une région où l'air du matin est vif, fortifiant, au centre de placers, Mazoe est entouré de fermes de 1 500 à 2 000 hectares données en récompense par la Compagnie à charte aux pionniers de la première expédition armée dans le pays des Ma-Chona.
Victoria, sise dans le « grenier de la Rhodesia », à 1 120 mètres au-dessus des mers, sur un torrent du bassin du Sabi, a dans son proche voisinage les placers de Cotopaxi, de Dickens, et la ville célèbre de Zimbabyé. Le géologue Cari Mauch est le premier Européen qui contempla ces ruines en 1871, à 360 kilomètres à vol d'oiseau à l'ouest des plages portugaises de Sofala, dans le pays de Gaza.
Ces plages ont peut-être été fréquentées par les navigateurs anciens : les flottes des Phéniciens ou des Arabes Hyniiarites se seraient avancées jusque dans ces parages des mers orientales de l'Afrique. Là serait cet Ophir d'oîi Salomon faisait venir l'or, les bois précieux elles perles; mais l'Inde, l'Insulinde, sont aussi lOphir pour d'autres commentateurs de la Bible.
L'absence complète de renseignements géographiques sur la situation de cette Terre de l'Or permet de soutenir toutes les hypothèses. Quelle que soit la bonne, il est certain que le pays de Gaza avait déjà reçu la visite d'étrangers civilisés bien avant l'arrivée des Portugais sur la côte orientale de l'Afrique, car ceux-ci y trouvèrent des ruines de constructions bien supérieures en architecture à tout ce que bâtissent les indigènes, et leur imagination leur représenta ces édifices comme les restes des magasins élevés parla reine de Saba pour y déposer l'or envoyé en tribut à Salomon. Depuis les premiers voyageurs portugais, l'existence de ces monuments n'avait pas été oubliée, mais de nombreux explorateurs avaient vainement cherche à les atteindre.
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Situées au sud-est et près de Victoria, au-dessus de FUmshagashi, tributaire droit du Sabi, elles consistent donc surtout en débris de forteresses granitiques sur des collines rapprochées; du milieu des orties surgit encore une tour d'une dizaine de mètres de hauteur, et partout sur les tertres, dans le voisinage de cette ruine principale, on rencontre d'autres débris, si bien que Zinibabyé n'est pas une ruine, mais une ville ruinée. Les blocs de granit, que ne lie aucun mortier, dessinent des enceintes de puissante apparence, intermédiaires entre le cercle et l'ellipse, et qui entourent un véritable labyrinthe, des tours rondes, des monolithes de granit ou de serpentine.
Bent, un Anglais qui en a très méthodiquement et très méticuleusement exploré les restes, croit que ces murailles frustes, mais prodigieusement robustes, ont été élevées par des prospecteurs et mineurs des temps antiques, des Arabes de l'Arabie du Sud. Ces Arabes d'avant l'Islam, voire d'avant le Christianisme, élevèrent ici, en même temps qu'une grande forteresse, un temple au soleil dont la disposition montre qu'ils n'étaient pas sans quelques connaissances astronomiques. Les archéologues ne sont pas tout à fait d'accord sur Zimbabyé, mais ils font remarquer que des ruines analogues ont été découvertes en une foule de lieux de la Rhodesia méridionale, et toujours à côté de mines d'or : notamment, parmi les plus curieuses, celles d'Impakwé, de Lunde, de Shashi, de la rivière Elibi,de Matindela,deTati,de Mombo, d'Inyanga.Oueces restes « vénérables » soient arabes ou phéniciens, forteresses ou temples du Soleil (d'aucuns y retrouvent un culte phallique), la tradition unanime des indigènes est que des hommes blancs, « sachant tout faire » ont habité la « résidence royale » — c'est ce que signifie en langue du pays le nom de Zimbabyé. Peut-être le fameux Benomatapa ou « l'empereur du Monomotapa », c'est-à-dire le Muené Motapa ou « Seigneur Auguste », qui commandait à tous les peuples de la contrée lors de l'arrivée des Portugais sur la côte orientale de l'Afrique, était-il le descendant des rois qui élevèrent les forts de Zimbabyé et les autres constructions éparses sur le plateau, au milieu des forêts. Peut-être les sacrifices que les noirs des alentours offrent aux génies dans l'enceinte des ruines continuent-ils la tradition de grandes fêtes célébrées jadis par un souverain puissant; Mauch, qui d'ailleurs n'a pas assisté à ces cérémonies, croit y reconnaître de grandes ressemblances avec les fêtes des Juifs. Les dessins tracés sur les blocs de granit sont des cercles, des losanges, des lignes parallèles, des fleurons qui ressemblent assez à la décoration des meubles cafres.
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La « Compagnie britannique de l'Afrique du
V Sud ï a divisé le domaine qu'elle tient « à charte »
ADMINISTRA- en districts qui sont au nombre de 33, dont 16
TiON, dans le Ma-Tabelé-Land et 17 dans le Ma-Chona-
FiNANCES Land. Chacun de ces districts possède son commissaire pour l'administration des indigènes.
La British South Africa Company gouverne, administre la Rhodesia méridionale, sous la surveillance d'un résident qui représente la puissance « tutélaire », la Grande-Bretagne, et qui est nommé par le secrétaire d'État aux colonies, autrement dit par le Ministère anglais.
L'administrateur en chef de la Compagnie britannique, qui est en même temps l'administrateur spécial du Ma-Chona- Land, est assisté d'un Conseil exécutif comprenant le résident, dont le titre exact est « résident commissioner », les administrateurs de la Chartered et quatre niembres nommés par celle-ci sauf approbation du secrétaire d'État. A côté du Conseil exécutif le Conseil législatif se compose de l'administrateur en chef, président, de l'administrateur du Ma-Tabelé-Land, du résident, de cinq membres choisis par la Compagnie et agréés par le sous-secrétairé d'État et de quatre membres élus par les sujets britanniques ayant droit de vote : la durée légale de la législature est de trois ans. Les lois et ordonnances votées par ce Conseil législatif sont soumises à l'agrément du secrétaire d'État, qui peut leur opposer son veto durant une année pleine.
Financièrement, l'administrateur doit présenter son budget annuel et son rapport, annuel aussi, sur les affaires du pays, au contrôle du Conseil législatif.
Judiciairement, une Haute Cour juge au civil et au criminel, qui est faite de juges nommés par le secrétaire d'État sur la présentation de la Compagnie.
Administrativement, un secrétaire des affaires indigènes, ayant sous ses ordres des agents indigènes, est chargé de <E maintenir la paix et la prospérité », d'empêcher la vente des armes, munitions, liqueurs fortes au moyen d'une police aux ordres du haut commissaire.
Cette police se recrute par le moyen de volontaires enrôlés dans toute l'Afrique australe anglaise, au Cap, en Cafrerie, en Natalie, et chez les Zoulou Angoni, Cafres de l'Outre-Zambeze. Elle comprend à peu près pour moitié des blancs, officiers, commissionnés ou non, sous-officiers et soldats; une partie est montée, à cheval, à mule, à âne, à bœuf porteur. En tout, suivant le temps, de 1 200 à 1 500 hommes ; les simples soldats engagés à raison de 6 francs 23 par jour, et en sus habillés,
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équipés, nourris : à ce prix-là la moitié des hommes entreraient dans la police rhodésienne.
La Compagnie à charte de l'Afrique du Sud, qui est une grande puissance financière dirigée par des hommes pratiques assez dédaigneux des obstacles, se constitua au capital de 25 millions; il fut porté à 30 millions en 1853, à 62 SOO 000 en 1893, à 87 500 000 en 1896, à 125 milHons en 1898. Ses revenus lui viennent des mines, du commerce, des patentes, de la vente des terres, de l'impôt indigène, des chemins de fer, des postes et télégraphes. Sous ce nom d'impôt indigène, il faut comprendre la taxe des huttes (hut tax.)
Une statistique aux résultats inférieurs à la vérité, puisqu'il lui manque des rapports de districts et portions de district, a reconnu dans la Rhodesia du Sud 205 indunas ou « chefs » d'importance variable, 5 908 kraal, 106 046 huttes, 308 595 habitants cultivant ensemble 131500 hectares environ (dont un peu plus des deux tiers dans le ]\Ia-Chona-Land) et ne possédant, tous réunis, que 14 000 bœufs, 22 000 moutons, 65 000 chèvres. Moins dun animal contre trois hommes : malheureux effet des épizooties. Aussi, devant une pareille pénurie d'animaux domestiques et une culture du sol encore si clairsemée, la capitationde 12 francs 50 par cabane semble vraiment usuraire. La Compagnie n'en juge pas ainsi; elle dit textuellement, dans son rapport de 1897-1898 : « Cette taxe est si minime que l'indigène sans un sou vaillant peut s'en acquitter par un mois de travail ». Et certainement les Européens paient bien au delà d'un douzième de leur gain annuel en impôts directs ou indirects. Par suite, on s'occupe d'augmenter la taxe des huttes dans la Rhodesia méridionale, ainsi que le gouvernement anglais vient de le faire dans le pays des Ba-Souto. La Compagnie y trouvera cet avantage qu'ayant plus à payer au fisc, les indigènes devront plus travailler pour les sociétés minières et dans les domaines des grands propriétaires.
Pour l'année fiscale finissant au 31 mars 1900, le revenu de la Compagnie à charte était estimé 9 325 000 francs, ses dépenses 19 841580 francs : d'où un découvert de plus de 10 millions, qui n'a rien de grave, car il répond à des frais de premier établissement et à la prise de possession territoriale, industrielle, commerciale, d'un grand pays. Cependant, voilà longtemps que cette prise de possession, que la guerre, la peste bovine, les indemnités aux colons vident, avant qu'il ne soit rempli, le trésor de la Société.
C'est surtout parle développement des mines, la découverte possible d'un Witwatersrand, et l'ouverture de la contrée au moyen d'un réseau suffisant de chemins de fer. En réalité, la
U Afrique Australe. chapitre dixième
Compagnie étant très avisée et en même temps très discrète, on ne sait pas très bien si sa situation est vraiment satisfaisante : les uns affirment, d'autres nient, beaucoup doutent.
Les deux lignes ferrées qui ont inauguré la prospérité de la Rhodesia méridionale sont, on ne l'ignore pas, celle qui relie Buluwayo au Cap, et celle qui mène de Salisbury à l'estuaire lusitanien de Beira. Le premier chemin de fer à construire maintenant c'est celui de Buluwayo à Salisbury par Gwelo et le fort Charter, dont la première section s'établit en ce moment même, sur une longueur d'environ 240 kilomètres, jusqu'à Gwelo; cette section facilitera l'accès des placers de Bembesi, de Gwelo, de Mavin, de Sebakwe, de Selukwe.
C'est à Gwelo que s'embranchera la ligne du Zambeze et du Tanganyika, menant jusqu'à l'extrême bout septentrional de la Rhodesia d'outre-fleuve, terme des territoires de la Compagnie. Cette voie ferrée, qui passera près de nombreux placers, franchira le Zambeze tout près de l'endroit où il abandonne la Rhodesia pour entrer sur le territoire de Gaza. Une société est en train de l'établir moyennant concession de lots alternatifs de chaque côté de la voie, partout où il y aura des terres disponibles; et ce, jusqu'à la pointe du grand lac Tanganyika.
Une autre ligne, utile aux mines d'or et de houille, menant au sud-sud-est, dans la direction du Limpopo, aura 130 kilomètres; elle desservira les placers de Geelong, WestNicholson, Eagle, Vulture, et grand nombre d'autres.
La ligne dite du Ma-Chona-Land est tout uniment la section rhodésienne, longue de 260 kilomètres, du chemin de fer de Salisbury à Beira.
Enfin, on l'a dit plus haut, on projette une ligne « houillère » et « minière », de Buluwayo aux charbons et aux placers du district de Wankie, dans le nord-ouest du territoire. On peut dire que dans la Rhodesia plus que partout ailleurs les rails précèdent les voyageurs et les marchandises.