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CHAPITRE ONZIÈME

PAYS DE GAZA

I. LA CONTRÉE. Il It. CAPACITÉ, PRODUITS. Il III. LES HABITANTS.

|N s'est habitué à nommer pays de Gaza la

portion, beaucoup moins large que longue,

/ des domaines portugais au sud du Zambeze.

LA CONTRÉE Ce pavs n'était pas plus long que large avant

les empiétements des Anglais et l'établissement

de la Rhodesia méridionale aux dépens de la

Lusitanie d'Afrique.

Le Gaza est la région méridionale du Moçambique, comprise, entre le Zambeze au nord, la Rhodesia méridionale et le Transvaal à l'ouest, la Natalie au sud en deçà d'une très courte frontière, et l'océan des Indes à l'est. En longueur, du nord au sud, c'est 1 200 kilomètres, en largeur 50 à 400, en surface 350 000 kilomètres carrés, plus ou moins, avec un demimillion d'hommes peut-être.

On peut croire que les Anglais n'ont pas laissé de bon gré les Portugais maîtres de ce précieux lambeau littoral, qui possède les ports « inestimables » de Lourenço Marques et de Beira. A la première occasion favorable ils en dépouilleront certainement leurs fidèles alliés, sauf intervention puissante. Si bien que les complaisances du Portugal pour l'Angleterre dans la guerre de 1899-1900 lui auront peut-être été moins utiles qu'une neutralité réelle.

Il y a 50 kilomètres à peine entre le fond de la baie Delagoa et la frontière du Transvaal. Cette baie, à tout instant citée depuis les démêlés de l'Angleterre avec les républiques néo-hollandaises, est ainsi nommée, non pas, comme on l'a

V Afrique Australe. chapitre

dit, de ce qu'elle fut le point de relâche africain pour les navires portugais qui voguaient vers Goa, mais bien parce que sa nappe d'eau ressemble à un lac, une lagune, en portugais : lagôa.

A cette porte maritime du bassin de Limpopo et des États du plateau de l'Afrique australe, la forme du littoral, la profondeur des eaux abritées, dans lesquelles se déversent des rivières navigables aux petites embarcations, donnent une valeur de premier ordre. Les marchands du Cap et du Natal ont su d'autant mieux l'apprécier qu'au sud de ce magnifique estuaire tous leurs ports sont mauvais.

C'est d'abord comme héritiers d'anciens navigateurs hollandais débarqués dans le pays en 1720, ensuite comme cessionnaires d'un territoire de la côte acquis par le capitaine Owen en 1823, que les Britishers n'ont pas manqué de revendiquer comme leur appartenant cette baie qui leur eût été si utile et qui leur eût assuré une domination économique et politique incontestée sur les États de l'intérieur. On sait que la question fut soumise à l'arbitrage en 1875, et que le maréchal Mac Mahon, président de la République française, choisi comme juge par les deux gouvernements de Londres et de Lisbonne, décida en faveur du Portugal : la baie Delagoa fit retour à la province du Moçambique. On peut dire qu'au point de vue commercial le jugement fut prononcé en faveur de la république du Transvaal, puisque la baie Delagoa en est l'issue naturelle sur l'Océan et que l'intérêt du Portugal est de faire converger tout le trafic des plateaux vers les ports dont la possession lui est échue : dans le sud du Gaza, vers Lourenço Marques; dans le nord, vers l'estuaire de Beira; celui-ci devant accaparer en partie le commerce de la Rhodesia, et celui-là le commerce du Transvaal et de l'État libre.

Des trois principaux fleuves admis par la « lagôa » dans son vaste sein. Maputo, Um-Folosi, N'Komati, ce dernier, venu du Transvaal comme les deux autres, parcourt 300 kilomètres en terre de Gaza, grâce à un grand contour vers le nord-est, puis le sud-sud-ouest, qui l'oblige à loO kilomètres de pèlerinage, au lieu de 40 en ligne droite. Entré dans la colonie lusitanienne au passage des monts Lebombo, au-dessus de Moveni, qui est une station de la ligne de Pretoria, il enferme dans sa boucle la grande forêt du Manunununu, coule au sommet de son détour, devant Antioka, l'une des stations des missionnaires protestants de la Suisse Romande, et s'engage dans d'immenses marais qu'il ravive à chaque crue et qui l'accompagnent sur ses deux rives jusqu'à l'embouchure dans la grande lagune.

( aSo )

ONZIÈME Pays de Gaza.

Au delà de la baie de Lourenço Marques, la côte se déroule vers le nord-est, basse, sablonneuse, profilée en dunes; elle s'ouvre pour laisser passer le Limpopo. puis se continue, toujours en rives de sable, dans la même direction, jusqu'à un cap heurté par le grand « courant du Moçambique », qui sort de l'océan Indien, entre le continent et l'île de Madagascar, pour se porter vers les mers antarctiques. On donne à ce promontoire, signalé de loin par un îlot noirâtre, le nom portugais bien mérité de Cabo das Correntes ou i des Courants », car le flot qui rase la terre en cet endroit se dirige constamment vers le sudsud-ouest avec une vitesse variable de 1 800 mètres à 3 kilomètres et demi à l'heure. Mais, de même qu'au sud un contrecourant se produit le long de la côte des Ama-Tonga, à l'est des plages de Santa-Lucia et de la baie Delagoa, de même un reflux des eaux rase le littoral au nord du cap Correntes : c'est là ce que montre la forme des pointes de sable et des îles côtières, toutes allongées vers le nord ou le nord-nord-est, en sens inverse du courant qui passe au large dans le canal de Moçambique.

Dans les baies de très faible profondeur qui séparent le continent de la rangée des îles, notamment de l'île de Bazaruto, les indigènes pèchent des huîtres perlières, qu'ils font ouvrir en les exposant au feu, ce qui gâte les concrétions et en diminue la valeur. Les polypes sont aussi à l'œuvre sur les côtes du pays de Gaza. Des bancs de corail rendent en certains endroits du littoral la navigation dangereuse, et la plupart des îles, quoique recouvertes de dunes qui leur donnent un aspect montueux, reposent sur une fondation de coraux.

Au cap Correntes, ou Corrientes, promontoire solitaire, escarpé, « d'aspect désolant », et qui n'a certes rien des splendeurs qu'on attend d'une région tropicale, le rivage s'infléchit vers le franc nord; les dunes l'accompagnent toujours. Ensuite vient un rentrant de la côte enfoncé profondément dans les terres, la baie d'inhambane, vers le fond de laquelle s'élèvent des collines pittoresques; puis encore et toujours des dunes, tant sur la rive continentale que dans l'île de Bazaruto ; après quoi l'on arrive aux terres basses du delta du Sabi, le Save des Portugais, le maître fleuve entre le Limpopo et le Zambeze.

Ce lils du pays des Ma-Chona, né au sud de Salisbury et dont un affluent de droite passe au bas des ruines énigmatiques de Zimbabyé, est extrêmement sensible à l'alternative des saisons, ainsi que tout autre cours d'eau formé dans les granits. Pendant la saison des pluies, il s'étend en une sorte de déluge, sur une largeur de 2 à 3 kilomètres, et son courant a trop de violence pour que les bateaux puissent le remonter. Dès que la

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saison des sécheresses a commencé, le fleuve baisse et se rétrécit rapidement : ce n'est qu'une rivière de 30 mètres en largeur et, dans son milieu, sur fond de sable, l'eau n'a pas plus d'un demi-mètre de profondeur.

Cependant, et grâce à ces crues, le delta du Sabi est très considérable. Même sans les graus des rivières voisines, au sud le Gabulu, au nord le Gorongosi, qui peuvent être considérés comme appartenant au même système hydrographique, la courbe maritime du delta se développe sur un espace d'au moins 100 kilomètres et la superficie du territoire dans lequel se ramifient les branches fluviales dépasse 2 000 kilomètres carrés. Pendant la saison des sécheresses, ces bras du fleuve sont transformés en coulées maritimes; les palétuviers qui croissent sur les deux rives témoignent de la salure des eaux qui serpentent dans le delta. Le capitaine Wybrants a remonté le Sabi en chaloupe à vapeur, l'espace de 50 kilomètres, à grand'peine ; en réalité les bancs de sable et le peu de profondeur l'empêchent dètre navigable.

Au delà de l'embouchure du Gorongosi, l'on rencontre Sofala, ville historique si célèbre jadis et qui n'est plus qu'un village. Mais tout près d'elle l'Océan s' « embouteille » dans un estuaire devenu d'une importance capitale depuis qu'un ruban de fer l'unit à Salisbury et au grand plateau cis-zambézien. Cet estuaire, la Beira (mot qui, en lusitanien, veut simplement dire : le rivage) reçoit le Busi et le Pungwe. Le Busi, Busio des Portugais, vient d'une des régions les plus gaîment pittoresques et les plus heureusement douées de la Rhodesia méridionale, des monts du district de Melsetter, non loin des frontières du pays de Gaza; des barques d'un faible tirant d'eau l'ont remonté à plus de 100 kilomètres de l'embouchure. Le Pungwe, Pungue des Portugais, porte en son cours supérieur sur le plateau de Manica, le nom d'Arangua ou Arangoa; il frôle de sa rive gauche l'extrémité méridionale des monts de Gorongoza, entoure de ses bras la grande île de Monongora, dont certaines cartes font un lac, et devient navigable pour les petits vapeurs à marée haute seulement; à marée basse il n'offre guère que bancs de boue, de sable et chenaux étroits, tortueux, embrouillés. Sur presque tout ce rivage du Gaza, divers cours d'eau descendus des montagnes n'atteignent pas l'Océan; hors à l'occasion des grandes crues, des barres de sable en ferment l'entrée entre les bourrelets des dunes.

De la baie de Beira jusqu'au Zambeze, le littoral est bas, avec dunes et quelque végétation. Quant au grand fleuve, il sera décrit en son lieu et place, dans la Zambézie dont il est l'âme. Il parcourt environ 900 kilomètres chez les Lusitaniens

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du Moçambique; il baigne Zumbo, tombe aux chutes de Tchikarongo ou Tchikurindi, s'émeut aux rapides de Quebrabassa ou Kebrabassa, coule devant Tête, se tord dans les gorges de Lupata où il se rétracte à 300, 200, 100 mètres de largeur, et, au point le plus étroit, à 40 mètres seulement (la profondeur étant énorme) ; puis il coule devant Sena et arrive à l'océan des Indes à travers les marécages d'un vaste delta de malheureuse insalubrité.

La région « gazienne », entre ce littoral peu engageant, presque partout un semi-désert, et les montagnes de rebord du plateau de l'Afrique australe, toute cette portion sud-orientale du vieil empire de Monomotapa n'est à peu près connue que depuis la transformation amenée sur les hautes plaines de l'intérieur par la découverte des diamants, de l'or et l'altlux < insensé » des mineurs.

Jusqu'à ce « tournant » de l'histoire de l'Afrique méridionale, on ne savait sur ce pays que ce qu'en avaient dit les officiers et les traitants portugais des siècles passés, et dans ce siècle-ci des explorateurs déjà nombreux, Mauch, Erskine, Wood, Kuss, Cardoso, Paiva d'Andrada, d'Almeida, Browne, O'Donnel.

Mais, dès que la trouvaille de l'or devint, pour ainsi dire, l'esprit de vie dans le triangle terminal de l'Afrique, les voyageurs furent légion, on rechercha partout les paillettes dans les alluvions, les quartz aurifères dans l'intérieur; deux chemins de fer gravirent les pentes du mont et créèrent tout au long de leurs rails, et à certaine distance des deux côtés, une science positive des régions traversées, au lieu d'une sorte de vague oui-dire.

La montée du littoral vers les terres hautes de l'intérieur n'est pas interrompue brusquement par un rempart de rochers ; elle se fait par de faibles ressauts ou même d'une manière insensible à travers les herbes et les bois. Dans le midi du Gaza la domination portugaise s'arrête, à distance grandissante du rivage dans la direction du sud au nord, à la chaîne de Lebombo, la « serra dos Libombos » des Portugais, qui est une levée granitique de petite élévation.

Cette chaîne basse de Lebombo s'en va tout droit du midi au septentrion, et, arrivée au Lipapula (nom cafre et portugais de l'Olifant des Transvaaliens), elle se prolonge exactement dans le même sens, sous le vocable de monts Longue (Longwc), jusqu'au fleuve Limpopo. De ce faîte, limite du Transvaal, jusqu'au liseré de sable de la mer des Indes, la contrée est, dans son ensemble, plus ou moins sèche et stérile, avec larges cam-

LWfrique Australe. chapitre

pagnes sur granit, rivières sèches, lagunes; les colons ne se porteront jamais en loule dans les vastes plaines du Mabanyin, ce qui veut dire « le Pays ouvert, découvert » ; ni dans la contrée de Hlenga, parcourue par le Chenganeou Ualise, torrent aussi pauvre qu'il est long, et que le Limpopo reçoit in extremis, à quelques lieues en amont de son entrée en mer, sous le nom d'inhampura.

Au nord du Sabi, dans la région supérieure du Busi, du Pungwe, dans ce qui fut de « mouvance * lusitanienne et ne Test plus qu'en partie, en l'ancien pays de Manica, les montagnes ont plus d'ampleur, beaucoup plus de hauteur, et s'avancent presque jusqu'à la rive marine par certaines avantramifications. Au-dessus de la rive gauche du Pungwe, la serra da Gorongosa (c"est l'orthographe portugaise), droite au-dessus de plaines et marais, dresse à plus de 2 000 mètres son Monte Miranga, pic granitique : son Enkatete à 1 8o0 ;son Gôgogo à i 800.

Ce massif isolé, qui n'en est que plus grand et plus beau, est recouvert, dans ses hauteurs, de magnifiques forêts; elles contrastent vivement avec les espaces environnants que tachent à peine de maigres broussailles.

Dès la descente des monts par lesquels on // gravit le grand plateau, le climat cesse d'être

CAPACITÉ, favorable à la belle croissance des plantes comme PRODUITS à la santé des hommes blancs.

Les vents qui soufflent sur le pays de Gaza, bien que venant presque toujours de la mer, du nord-est ou de Test, du sud-est ou du sud, n'apportent guère de pluies sur les plaines de la région côtière. Les nuages épais qui s'élèvent des eaux pendant la saison des pluies, c'està-dire lorsque le soleil est rapproché du zénith, de novembre en mars, ne se rompent qu'en heurtant les saillies des hautes terres de l'intérieur. 11 est rare que les pluies tombent quand souffle le vent normal du sud-est; mais, dès qu'à ce courant régulier succède un autre vent, le conflit aérien a pour conséciuence un orage et de violentes averses. Sur ces hauteurs, les changements de température sont très brusques, et les chaleurs accablantes, surtout avant la saison des pluies; mais les vents du sud amènent aussi les froids, et dans l'espace de quelques heures on a parfois à subir de brusques écarts de 30 ou même de 35 degrés centigrades.

Si, grâce à l'abondance des eaux la montagne du Gaza est fertile, si les forêts y présentent une grande variété d'essences, la plaine n'offre qu'une rare végétation ; la flore y est beaucoup moins riche que la faune. Dans les terrains boisés du midi, les

ONZIÈME Pays de Gaza.

arbres, petits et clairsemés, sont tous, vivants ou morts, revêtus d'une mousse grise, qui leur donne une apparence fantastique. Dans quelques forêts du Gaza, de même qu'aux bords du Zambeze moyen, domine le mopane, grand arbre à graine odorante, qui fournit très peu d'ombre aux voyageurs, ses feuilles étant relevées en forme d'ailes de papillon au repos. La côte proprement dite est une zone de sable stérile; dans l'intérieur, le sol, formé d'un sable rougeàtre, est plus fécond et donne de belles récoltes dans les fonds bien arrosés, mais ces endroits sont rares et les flaques d'eau qui s'amassent dans les creux lors des pluies passagères tarissent aussitôt. Dans presque toute l'étendue de la plaine les savanes alternent avec les brousses et les arbres épineux.

En un pareil pays la population devrait naturellement s'établir au bord des rivières, où elle trouve l'eau indispensable à ses cultures, et pourtant les berges sont désertes; c'est dans les endroits écartés, d'accès difficile, que la plupart des tribus se sont réfugiées pour éviter de trop fréquentes visites de leurs dominateurs zoulou. Aussi les indigènes sont-ils fort habiles à découvrir le moindre réservoir où suintent quelques gouttes d'eau; ils connaissent toutes les plantes des bois dont les baies ou les feuilles sont aqueuses ; ils apprécient surtout une liane de caoutchouc, Vimbounga, dont le fruit les désaltère. Comme en maints autres pays d'Afrique, notamment le Fazogl dans le bassin du Nil, et le plateau des Quissama sur la côte occidentale, on utilise avec soin les cavités qui se forment dans le bois du baobab pour en faire des citernes. Ces cavités sont élargies et approfondies par la hache et le feu, en sorte que la masse tout entièi'e du tronc est changée en une espèce de puits aérien; mais les pluies d'hiver ne suffisent pas toujours à le remplir : l'eau s'y corrompt peu à peu et finit par tarir. Il faut bien alors que les habitants quittent leurs cachettes pour aller rôder au bord des cours d'eau.

Nous possédons encore trop peu d'observations, et l'on observe ici depuis trop peu d'années, pour qu'on puisse donner des moyennes de température, des hauteurs de pluie pour les diverses régions du pays de Gaza. Au port de Beira, l'on a relevé, en 1894, une moyenne de 24°, 2, avec maximum absolu de 33°, .3; les mois les plus froids y sont juillet, août, septembre, avec moyenne de 21"^, 0 seulement. En somme, le climat y est tolérable, relativement sain dans l'intérieur, beaucoup moins sur le littoral, qui d'habitude est bas, mouillé, fiévreux. A Inhambane, février, mars sont très chauds avec moyenne à peu près constante de 28^ à 29° à l'ombre. A Lourenço Marques,

L'Afrique Australe. chapitre

des observations déjà anciennes, portant sur vingt et un mois, ont donné une moyenne de 24o,4, un maximum de 38° en juin, un minimum de 9°,6 en janvier, mois le plus humide (200 millimètres). A Ricatla, station protestante suisse à 22 kilomètres au nord de Lourenço Marques, sur une colline, des observations suivies durant sept années ont abouti à un minimum de 7°, 5 et à un maximum absolu de 44°, 5, en janvier, avec chute annuelle moyenne de 888 millimètres de pluie et de très fortes oscillations pluviométriques : de G05 millimètres en 1894 à 1 4o4 en 1893. En résumé ; climat tropical; jamais de froids réels; températures parfois accablantes; pluies d'octobre en mars; mauvais climat sur le bas des fleuves, et il y a bien des visages livides parmi les vieux Portugais et les vieux Européens de la côte.

Là où la population est clairsemée, la faune, débarrassée de l'homme, son ennemi par excellence, est riche en espèces et en individus. Les éléphants parcourent en nombre le pays de Gaza ; les hippopotames se jouent en multitudes dans les rivières, les crocodiles foisonnent, les antilopes traversent la plaine, les zèbres folâtrent dans les hautes herbes, les buffles vivent en troupeaux dans la région des montagnes. Les hyènes, les léopards surtout sont fort redoutés des pasteurs. Erskine traversa des contrées où les léopards sont si audacieux, que les femmes osent à peine travailler en plein jour dans leurs jardins; il faut consolider extérieurement les cabanes au moyen de pieux entrelacés de lianes. Quant au lion, il n'attaque guère l'homme, et les indigènes ne se plaignent pas trop de sa présence, qui leur vaut souvent des restes de festin, une moitié de buffle ou d'antilope.

Dans plusieurs districts régnent, on peut le dire, en pleine et funeste royauté, des animaux bien autrement dangereux : d'abord les termites de diverses espèces, qui s'attaquent à la végétation et rendent toute culture impossible, si bien qu'il faut leur abandonner le pays; ensuite la tsétsé : les bêtes domestiques ne peuvent traverser les plaines inférieures, soit à cause de cette mouche, soit en vertu de quelque « poison mystérieux » de l'air. Les voyageurs qui veulent pénétrer avec leurs animaux sur les plateaux du pays de Gaza doivent arriver par l'occident, par les plateaux de la Rhodesia.

Le Gaza produit çà et là, aux lieux où l'humidité du ciel ou du sol favorise la venue des forêts, plusieurs espèces de bois qui seraient excellents pour la charpenterie et la menuiserie, à condition du moins de résister aux mandibules terribles des fourmis. Il possède le manguier, au fruit délicieux, le cocotier, la liane mungo dont on tire le caoutchouc, des

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plantes fibreuses, l'acajou, diverses espèces de ricin, la vigne sauvage. On peut lui demander beaucoup de nos légumes d'Europe, beaucoup de nos grains. II fournit des arachides, exportées déjà à raison de plus de 500 000 hectolitres par an, du millet, du maïs, du riz, des haricots. Il se prête à la culture du blé, de la canne à sucre, du cacao; du tabac, qui est parfait; du café, qui est en grand progrès et donne sa fève précieuse au bout de cinq ans; du gergelim ou sésame d'Orient, de l'orseille, etc. Bref, sans promettre partout l'opulence aux planteurs, la contrée suffirait à beaucoup de plantations dont quelques-unes du genre dit : cultures riches.

On compte sur la Compagnie du Moçambique pour développer les cultures du pays. Cette société financière qui est principalement composée de Français, qui a recruté ses capitaux en France et en Angleterre, et dont beaucoup d'agents sont Français, sous réserve des droits régaliens du Portugal, a son siège dans la ville de Beira. Elle se propose tout ce que se propose une société de ce genre : exploiter la contrée; créer des plantations; coloniser les districts immédiatement colonisables, serra de Gorongosa, plateau de Barue, Manica lusitanien, environs de Mafussi, de Mussurice, tous lieux élevés, salubres, accessibles à l'élément blanc, bien pourvus d'eau; susciter des industries ; trafiquer de son mieux à l'exportation comme à l'importation, et, sans doute, aussi, trouver, s'il est possible, un Witwatersrand.

L'industrie est dans l'enfance : des distillations d'eau-devie de canne à sucre et de « caju »; des huileries; des poteries et tuileries ; des fours à chaux ; des fabriques de nattes, d'écuelles de bois. A l'importation, le commerce consiste en liqueurs et vins, tissus de lin, de laine, de coton, étoffes imprimées; à l'exportation, en peaux, en cuirs, en cire, en gomme de copal, en copra, etc. Une grande ressource ce serait la pèche, et l'on a parlé de faire venir des pécheurs métropolitains, de la province d'AIgarve, comme on en a fait venir, à la contre-côte lusitanienne de Mossâmedes.

Après avoir lourdement sommeillé pendant les quatre siècles de domination portugaise, la terre de Gaza s'est réveillée lorsque les Blancs, troublant la paix des plateaux de l'arrièrepays, y ont installé de force, au milieu des Cafres, une communauté européenne agissante, et dès qu'il a fallu relier ce nouveau peuple à la mer la plus voisine, au moyen de deux chemins de fer qui mènent des steppes et prairies de la haute plaine à l'océan des Indes.

De ces deux voies ferrées, la première, construite, à partir

V Afrique Australe. chapitre

de 1887, et livrée en 1895, est celle de Lourenço Marques à Pretoria. Elle traverse obliquement le pays de Gaza en sa portion la plus étroite, dans la direction du nord-est, en remontant le N'Komati jusqu'à l'endroit où il sort des défilés qu'il s'est ouverts dans la chaîne de Lobombo ; elle passe alors dans le Transvaal. Elle n'a donc qu'un parcours très bref en terre de Portui?al : environ 92 kilomètres, dans un pays plat avec certains bas-fonds sur lesquels les mouches tsétsé piquent de leur aiguillon, et oîi les charrois ne savaient comment passer. Arrivée à la paroi des monts, elle l'escalade par une rampe de plus de 3 centimètres par mètre.

L'autre est celle de Beira à Fontesvila, puis de Fontesvila à Salisbury. Elle reste bien plus longtemps en pays portugais que le chemin de 1er de Lourenço Marques à Pretoria. 11 a fallu beaucoup d'énergie pour lui faire franchir la région basse, exposée aux inondations, et très franchement torride et fiévreuse. Elle monte vers le nord-ouest, puis l'ouest; elle coupe le Pungwé, fleuve plein de crocodiles, lent et vaseux, perdu dans les roseaux, en une vallée oîi les fauves miaulent et rugissent dans les hautes herbes, ensuite plusieurs de ses affluents droits; après quoi, sortant de la région qu'infeste la tsétsé, elle arrive, après 192 kilomètres à Chimoio, dans les monts Urere, à l'altitude de 700 mètres environ, et gravit, en recroquevillements à très court rayon, la pente au haut de laquelle elle débouche sur le plateau du Manica, après 418 kilomètres de parcours en terre de Gaza.

On l'a dit, la compagnie du Moçambique est aussi pour beaucoup, dans le réveil du pays, non moins que la recherche des placers dans le Manica portugais.

Quand l'Angleterre a coupé en deux l'empire lusitano-africain de côte à contre-côte, d'Angola /// à Moçambique, en portant sous le nom de Rho-

LES HABITANTS dcsia, sa colonie du Cap jusqu'à la pointe méridionale du lac Tanganyika, le Portugal, sortant de son long et profond assoupissement, venait de reprendre ses antiques traditions africaines. Dès le milieu du xvi° siècle, il avait eu par ici des établissements sur le rivage, lieux de ravitaillement pour les navires qui suivaient la route de Lisbonne à Goa; à plusieurs reprises il avait fait des expéditions à l'intérieur, notamment vers la région minière du Manica.

Divers travaux d'exploitation témoignent du séjour des Portugais dans les contrées éloignées du littoral; puis leur activité s'était fort amoindrie et leur zone d'influence avait fini

ONZIÈME Pays de Gaza.

par être limitée au voisinage d'Inhambane, de Chiloane, de Sofala. Le vrai souverain de la contrée était le roi cafre de Gaza, de !a famille du guerrier zoulou Manikoussa, qui échappa en 1830, avec trente mille compagnons, à la domination du terrible Tchaka et, fuyant vers le nord comme les Ma-Tabelé, s'y constitua un nouvel empire. Le territoire dont les peuplades payaient l'impôt à ce roi de Gaza, était limité au sud, non loin de Lourenço Marques, par le cours du N'Komati, et s'étendait au nord jusqu'au Zambeze, à l'ouest jusqu'au royaume des Ma-Tabelé. Le centre politique de l'empire était la citadelle des monts où le Busi prend sa source. Naguère le kraal où résidait le roi était à Tchama-Tchama, dans la haute vallée de lOum- Souélizi ou Busi supérieur, ensuite la cour se déplaça deux fois vers d'autres régions de la montagne.

Quand arriva l'ultimatum anglais, suivi de la renonciation résignée du Portugal, celui-ci s'occupait activement de rentrer en possession effective de territoires qui lui semblaient siens, de par le commun accord des puissances européennes. Peu à peu les tribus se rangeaient sous sa loi; tribus qui font partie de la nation des Zoulou, ou, comme on dit ici, des Vatoua. Ces Vatoua ou Zoulou se nomment aussi les Ma-Nguni, Manguni des Portugais, et ils sont de même race que les Angoni, au sud du lac Nyassa. Le nom commun donné par les maîtres du pays à ces diverses peuplades cafres est celui de Landins.

Campés autour de la résidence de leurs rois et roitelets, les Landins, pressés maintenant par l'omnipotence européenne, ne sont plus solidement encadrés comme tout récemment encore. Il y a quelques années, ils étaient constitués en troupes régulières, par bataillons et régiments, et commandés au bâton par des indunas, capitaines continuant de leur mieux les traditions de la tactique suivie par leurs victorieux pères et grandspères. Alors, l'armée des maîtres, infiniment plus faible en nombre que la population des tribus asservies, ne pouvait dominer que par la terreur : elle apparaissait alors, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, ravageant les champs, enlevant vivres et bétail.

Ainsi qu'il arrive toujours, la conquête avait eu pour conséquence immédiate l'appauvrissement de la contrée et le recul de la civilisation. Les souverains n'avaient plus, comme jadis l'empereur du Monomotapa, une houe pour sceptre; ils commandaient avec le glaive. Les tribus, autrefois sédentaires, étaient devenues des hordes de fuyards, abandonnant villages et cultures quand approchait l'armée du roi. Le travail des mines leur était interdit, parce qu'elles auraient pu s'y enrichir;

U Afrique Australe. ciiapithe

la chasse à l'éléphant leur était défendue, en tant qu'occupation noble, et parce que des esclaves ne doivent pas s'égaler à leurs maîtres. Certaines peuplades avaient cessé de tenir du bétail; les Ma-Ndanda, qui occupent les plaines situées au sud et au sud-est des montagnes de la résidence, s'étaient mis à élever le chien, pour que les oppresseurs leur laissassent au moins cette viande méprisée. Naguère la politique du roi à l'égard des Européens était fort soupçonneuse: il les autorisait à faire la chasse ou la traite, mais leur traçait les routes à suivre, leur fixait les lieux de campement, leur extorquait des présents. En 1872, il fit attendre deux mois et demi l'Anglais Erskine avant de lui donner audience, quoique ce voyageur fût un envoyé politique du gouverneur de la Natalie voisine.

Rien de tout cela n'est plus possible : il y a déjà trop d'Européens dans le Gaza; au lieu de défendre avec arrogance, il faut désormais accepter de bonne grâce et accueillir le sourire aux lèvres les prospecteurs, mineurs, agents de la compagnie du Moçambique. Après des essais de révolte, les « rois des rois », ne se sentant plus assez forts pour commander en maîtres, se sont reconnus formellement vassaux du gouvernement de Lisbonne.

Aucun de ces « empereurs » ne veut finir comme le grandissime potentat du Gaza, Gugunhana, qui, prisonnier des Portugais dans une forteresse des Açores, médite sur l'ascension et la chute des empires. C'était le dernier des monarques cafres de l'Afrique australe; sa défaite marque la fin d'une civilisation. Il ne fut point un prince débonnaire, car, du N'Komati au Busi, c'est-à-dire sur un domaine de dimensions « impériales » ou « royales », il prodigua largement la mort.

D'autre part les missions, catholiques ou protestantes, ont apprivoisé çà et là quelques chefs, civilisé plus ou moins, en tout cas un peu débarbarisé quelques villages. Parmi les ouvriers de la « Bonne Nouvelle », il faut noter les missionnaires de la Suisse française; ils ont beaucoup fait pour le pays de Gaza et ils n'ont jamais laissé passer l'occasion de nous instruire sur la contrée et sur ses habitants.

Les Vatoua donnent le nom commun de Ma-Changana aux peuplades qu'ils ont conquises et plus ou moins assimilées en Gaza. Les Européens les connaissent plutôt sous le nom de Tonga, quoiqu'elles diffèrent des Ama-Tonga, qui habitent le littoral au sud de la baie Delagoa. Elles paraissent pour la plupart apparentées aux Ba-Souto; elles en ont l'apparence, les mœurs, le caractère pacifique; elles sont également portées à l'agriculture et à l'élève du bétail, autant du moins que le

ONZIÈME Pcnjs de Gaza.

leur permettent les Oumgoni, et les dialectes qu'elles parlent sont frères. Tous ces Tonga méprisés ont une intelligence ouverte et le désir d'apprendre : dès qu'ils échappent à la tyrannie des Zoulou, ils reprennent la culture du sol et les travaux industriels. Très ennemis de la discipline militaire, ils discutent entre eux leurs intérêts, administrés par un conseil des anciens et de petits chels. Leurs huttes l'ondes, formées de pieux que rattachent des lianes et dont l'argile ferme les interstices, sont en général plus hautes et mieux construites que celles des Zoulou et des Cafres du sud.

Les Tchobi, c'est-à-dire les « Archers », sont les plus méridionaux des Ba-Souto du pays de Gaza. Ceux dentre eux qui vivent dans le voisinage du Limpopo, le long des dunes du littoral, ont été asservis par les Zoulou; tandis que les Tchobi du nord, appelés aussi Mindongues par les Portugais, ont réussi à sauvegarder leur indépendance, grâce à l'appui que leur a prêté la garnison de la ville d'Inhambane. Ces « Bonnes Gens » (Bôa Gente) dont parle Vasco de Gama se défigurent horriblement en faisant saillir trois rangées de boutons sur leur visage, l'une du haut du front au bout du nez, les deux autres d'oreille à oreille, formant comme deux chaînettes qui passent sur la lèvre supérieure et sur le menton : ce sont des Knob-Nuizen, comme ceux du Transvaal. Ils élèvent des moutons, des chèvres, ils cultivent le sol; leurs femmes se couvrent d'une sorte de toge en écorce.

Au nord-ouest des Tchobi, les Ma-Kouakoua parcourent les plaines qui se déroulent jusqu'au Chengane, tributaire du Limpopo. Mais on peut traverser le territoire dans toutes les directions sans apercevoir leurs villages, tant ils sont cachés dans les broussailles; sur un espace d'une centaine de kilomètres en largeur M. Richards n'a même trouvé que des kraal abandonnés. Les malheureux Ma-Kouakoua n'osaient pas même cultiver de jardins, tant ils craignaient la visite de leurs frères de race, les Zoulou; toutefois ils ont toujours pris grand soin de leurs palmiers à vin, petits arbres de 1 m. 50 à 3 mètres de hauteur, qui ressemblent à des choux, mais donnent une grande quantité de liqueur. Les Ma-Gouaza habitent à l'ouest et au nord-ouest des Ma-Kouakoua, sur les bords du Limpopo et de ses affluents; les Zoulou les ont épargnés : de là leur grand nombre; ils possèdent de beaux jardins bien cultivés, même des troupeaux, dans les endroits où ne vole pas la tsétsé.

Les Ma-Longoué ou Ma-Rongoui, qui succèdent vers le nord aux Ma-Kouakoua, vivent en des huttes d'écorce, de forme rudimentaire; au delà, vers le delta du Sabi, le pays appartient à la tribu des Bila-Koulou. Celle des Nlenga, beaucoup

L^ Afrique Australe. chapitre

plus nombreuse, occupe à distance du liltoral la région de plaines qui s'étend dans l'intérieur entre la vallée du Limpopo et celle du Sabi. Ces Nlenga sont un peuple de la brousse; ne pouvant cultiver le sol à cause du manque d'eau et du voisinage des Zoulou, ils vivent exclusivement de la cueillette et de la chasse; ils suivent le gibier à la trace comme des chiens et quand ils ont blessé Tanimal, ils le pourchassent de jour en jour, sans se lasser, dormant la nuit à côté des gouttes de sang. Ils étudient le ciel, interrogeant le vol des vautours, pour aller avec eux prendre part à leur festin de charognes. Fort habiles à dresser des pièges et bravant la défense faite à tous les Tonga de chasser l'éléphant, ils trouvent moyen de cacher un pieu affilé sous un tapis de feuilles, à l'endroit où passera l'animal; celui-ci se blesse, la douleur aiguë rempêche de continuer sa marche, ses ennemis Tachèvent. 11 y a des Ma- Bouinguela à côté des Ma-Kouakoua, des Um-Hazoui au midi du Sabi inférieur.

Au nord du Sabi, sous la sur^'eillance immédiate des Zoulou, les tribus tonga menaient une misérable vie d'esclaves : tels les Ma-Ndanda et les Ma-Ndooua, qui paraissent avoir été jadis très puissants et cjui se cachaient dans le maquis, vêtus de longues toges d'écorce de baobab. Les Ki-Tevi, Goua-Tevi ou Aba-Tevi, ciui vivent plus au nord, non loin des montagnes du Manica, sont peut-être les descendants de ce peuple de Quiteve dont parle le moine dominicain de Santos comme d'une nation considérable, du noyau central de l'empire du Monomotapa. Les traditions d'étiquette suivies à la cour du roi des Oum-Goni paraissent être en grande partie un héritage des souverains de Ouiteve.

Parmi ces indigènes de peuples divers sont épars des groupes de Ba-Lempa, nègres circoncis que Mauch compare à des Juifs pour les traits et le genre de vie; la plupart d'entre eux ont les yeux rouges, les paupières enflammées comme les Juifs polonais. Ils habitent des villages séparés et se livrent à l'usure et au petit commerce de troc; ils fabriquent aussi du fil de fer pour les parures.

D'après les missionnaires suisses qui ont étudié à fond les idiomes du pays, les Landins, Tonga ou Thonga, parlent, de la baie Santa Lucia au Sabi, une seule et même langue, le tonga, en six dialectes.

Les Européens sont encore peu nombreux : le cinquantième des indigènes, si ceux-ci sont, comme on croit, au nombre d'un demi-million, et s'il y a dix mille Blancs en Gaza, comme on suppose. Population très cosmopolite, ils appartiennent pour le plus grand nombre à la nation portugaise, fonction-

ONZIÈME Pays de Gaza.

naires, militaires, commerçants, et en second lieu à la nation anglaise; puis il y a des Français, presque tous amenés par la compagnie du Moçambique, des Belges, des Allemands, etc. : la liste serait longue, car tous ou presque tous les peuples de la race blanche ont ici quelques représentants; on trouve aussi des Hindous, quelques Arabes. Tout ce petit monde habite les villes, principalement Lourenço Marques, campe dans le pays aurifère, ou bien rôde de çà de là pour découvrir un fdon, des pépites.

La capitale du Gaza, la célèbre Lourenço

IV Marques, fut fondée en 1867 sur l'emplacement

VILLES d'un village qui portait ce même nom de Lourenço

BOURGADES Marqucs (d'après un ancien traitant) et dont les

Zoulou s'étaient emparés en 1823; là même,

parait-il, l'Autriche avait établi un comptoir en

1777, à l'aide d'argent flamand et d'aventuriers et commerçants

d'Anvers : les Pays-Bas étaient alors terre autrichienne. Elle

est ainsi désignée en souvenir du navigateur qui établit la

première factorerie portugaise sur les bords de la baie Delagoa,

en 1544; déjà ces parages avaient été explorés par Pedro

Quaresma.

Les maisons basses de cette jeune métropole, bâties en pierre le long d'avenues rectilignes, sont d'un gracieux aspect, mais elles reposent sur un sol bas entouré de coulées marécageuses servant de fossés pour la défense de la place; quelques batteries font de la ville une place imprenable pour les Cafres des alentours. La position de Lourenço Marques au milieu des terres d'alluvions la rend insalubre pendant la saison des chaleurs; on s'occupe maintenant de dessécher, par le drainage et par des plantations d'eucalyptus, ces marais qui avaient paru jadis constituer un avantage pour la cité naissante. D'ailleurs des terrains plus élevés se trouvent dans le voisinage, et peu à peu toute une ville haute, habitée surtout par les négociants, se forme au-dessus de la ville basse des marins, des cuivrés, des Hindous.

Lourenço Marques n'est pas située sur le rivage même de la baie Delagoa ; elle occupe la rive septentrionale d'un estuaire qui s'ouvre au nord-ouest de la vaste nappe des eaux tranquilles, où trois petits fleuves ont leur embouchure. Le port n'est pas encore accessible aux très gros navires; l'eau n'y offre guère que 5 à 6 mètres de profondeur, accrue de 2 à 3 par les grandes marées; mais le havre est admirable pour les bâtiments d'un tonnage moyen sur une étendue qui, de l'est à l'ouest, n'a pas moins de 13 kilomètres. Dans la baie voisine,

U Afrique Australe. chapitre onzième

les plus forts vaisseaux pourraient mouiller par centaines sur des fonds de 12 à 36 mètres et d'une excellente tenue; le chenal d'entrée, large d'une vingtaine de kilomètres et profond de plus de 16 mètres, donnerait accès à toute une Hotte. Le chemin de fer de Pretoria, qui commence sur la rive même, au sud de la ville, et que protège une levée riveraine bordée d'embarcadères, la contourne vers le nord, puis se dirige au nord-ouest à travers la plaine, dans une banlieue qui a des champs de canne à sucre, des plantations de café et des jardins avec fruits du tropique. Dans la baie on pêche beaucoup de tortues.

Au point de vue commercial, Lourenço Marques est bien moins un port du pays de Gaza qu'un port du Transvaal, ce qui se comprend assez, la capitale de la république hollandaise n'étant quà 024 kilomètres de la baie Delagoa et à \ 61)6 du Cap, soit au delà de 1 000 kilomètres en plus. Lourenço Marques a reçu du Transvaal, par le chemin de fer, environ 88 000 tonnes de marchandises en 1895; 160 000 en 1896; 190 000 en 1897; 158 oOO seulement en 1898, année où le mouvement total du port a été de 505 navires et de 1032 543 tonnes, la valeur des échanges de 18 798 275 francs pour l'importation, 41 252 050 pour le transit, 420 000 pour l'exportation et 9 221 875 pour la réexportation : en tout moins de 70 millions (contre près de 87 millions en 1897). Là-dessus la Grande-Bretagne et ses colonies ont une part de plus des deux cinquièmes; viennent ensuite la Hollande, l'Allemagne, le Portugal (pour plus de 7 millions en 1897). On évalue à 0 000 habitants la population de la ville; en 1898 elle se montait à 5 130, dont 2 500 Européens ("?j, 1100 Asiatiques, 1 500 Africains : sur les Européens il y avait 1 500 Portugais ("?), le reste fait d'Anglais, d'Italiens, de Français, d'Allemands, de Hollandais, de Grecs, d'Espagnols, de Suisses.

Au sud de la baie, le territoire est peuplé par des Ama- Tonga faisant partie du même groupe que les riverains des lagunes de Santa-Lucia et reconnaissant les mêmes chefs, malgré les frontières tracées par les diplomates. De ce côté de la baie Delagoa il n'y a point encore d'établissements européens.

Au nord de la baie, les côtes, bordées de dunes, sont dangereuses pour les navires, et ni la bouche du N"komati,ni celle du Limpopo n'offrent d'entrée facile; mais quelques Banyans hindous, qui importent surtout de l'eau-de-vie de traite, habitent sur les deux rivières, et les barques remontent jusqu'à leurs comptoirs.

Le comptoir du Limpopo est à Mandjoba, kraal à 130 kilo-

LOL'RENCO MmQLES ET LA CAIE DELAGOA.

Est de Greenwich

D'après A. Grandi eoJL et Bardwlonieco

Hauteurs et Profondeurs.

de 0 à 100'" de 100 à sso "> de 250 à soo"' soo'" et plus.

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lûoKil

L'Afrique Australe. chapitre

mètres de la mer, au terme de la montée du flot; les trafiquants y traitent surtout les peaux, le caoutchouc, la cire d'abeilles. Pas d'Européens sur le fleuve, ni sur le littoral de son embouchure, ni dans la forêt, la savane, semées de kraal des Ma-Gouamba ou Ma-Loyo, grands fumeurs de chanvre, de la famille des Ama-Tonga ou Ba-Tonga. Ce sont des hommes fort industrieux, et ceux qui ont échappé aux Zoulou, aux ravages et massacres, témoignent d'un haut degré de civilisation spontanée.

Dans la région côtière du cap Correntes, les Portugais n'ont fondé qu'une ville; elle porte le nom cafre d'Inhambane, qu'il y a lieu de prononcer Gnambane. On dira de même Gnampoura pour l'inhampura ou Limpopo du cours inférieur : dans l'orthographe lusitano-cafre il ne faut tenir aucun compte de la voyelle initiale. La charmante Inhambane, chef-lieu d'un district, est située sur la rive orientale d'une grande baie, libre de récifs, qui ressemble à celle de Lourenço Marques, mais avec moins d'avantages. Dans sa partie méridionale le golfe se rétrécit en goulet : c'est là qu'est le port, accessible seulement aux navires de 3 à 4 mètres de calaison. A l'ombre de hauts cocotiers, la ville, assez bien construite, s'élève sur une colline allongée que les eaux de la mer entourent presque entièrement à marée haute. Environ 2 500 habitants, blancs, noirs et cuivrés, chrétiens, mahométans, banyans, parsis, peuplent la ville. Inhambane, centre de propagande pour l'Islam chez les nègres des alentours, a sa mosquée aussi bien que ses églises; les ruines d'un ancien village arabe se voient dans une île de la côte à une centaine de kilomètres au nord. Aux esclaves et à l'ivoire, cjui furent autrefois les seules denrées d'exportation d'Inhambane, ont succédé la cire, le caoutchouc, la gomme copal, les noix de coco, les arachides, l'ivoire; les commerçants de la région se servent de barrettes de fer pour trafiquer avec les indigènes. Les palmeraies des environs, qui s'étendent sur un espace de plus de 400 hectares, comprennent environ 180 000 cocotiers. Dans ces derniers temps on a tenté la culture de la canne à sucre, du thé, de l'arbre à quinquina. Prise en 1834 par les Landins, menacée depuis par eux, Inhambane n'a plus à les craindre : la ruée des Cafres, les levées de boucliers, le vol des flèches, la forêt des lances, ce sont ici des choses du passé.

Au nord de la baie d'Inhambane, de petits ports portugais surveillent le littoral : l'un dans l'île de Bazaruto, dont les pêcheries de nacre et d'holothuries ou « biches de mer » sont à peine utilisées; l'autre dans celle de Chiloane, lieu de déportation qui fait partie du delta marécageux du Sabi; des hippo-

< iGG >

ONZIÈME Pays de Gaza.

potames peuplent les marigots saumûtres des alentours. Jadis le havre le plus fréquenté du littoi'al de Gaza se trouvait en dehors du bassin fluvial, sur la plage basse d"un golfe qui s'avance au loin dans lïntérieur des terres : c'était la rade de Sofala, malheureusement inaccessible aux navires d'un fort tirant d'eau. Les Portugais, qui fondèrent en cet endroit leur premier établissement entre le Limpopo et le Zambeze, croyaient réédifier la ville salomonique dOphir, et dérivaient de ce nom l'appellation de leur fortin, dont une tour subsiste encore; de même, le lleuve Sabi était dénommé suivant eux d'après la reine de Saba. Ils s'y établirent en 1508 et en firent une place forte d'où ils essayèrent vainement d'exploiter l'or du « pays d'Ophir ».

Maintenant cet or commence à sortir de ses gangues, mais l'antique Sofala n'en profitera pas : Beira en aura l'avantage. Celle-ci] n'est d'ailleurs qu'à 40 kilomètres au nord de Sofala, à la rive gauche de l'estuaire où s'achèvent les deux fleuves Pongwe et Busi, que remonte au loin la marée. Cette « capitale » de la compagnie du Moçambique s'élève sur un sol marécageux qu'on dessèche avec une activité louable; elle jouit d'un bon port, abordable aux grands navires, avec appontement en fer, quais, « accommodations » récentes, et son importance s'accroît tous les jours depuis qu'une ligne de 61 kilomètres l'unit à Fontesvila, d'où part le chemin de fer de Salisbury. Le mouvement maritime de 1898 s'y est résumé par l'entrée et la sortie de 270 navires et de 434 684 tonnes : làdessus 129 navires et 157 430 tonnes sous pavillon anglais, 44 navires et 133 039 tonnes sous pavillon français, 74 navires et 110 316 tonnes sous pavillon allemand. La population y a déjà dépassé 4 000 habitants, dont environ 1 000 blancs, Portugais, Anglais, Français.

Les habitants de Beira se passionnent pour les mines du Manica et s'en promettent de merveilleux résultats, bien que les rapports des géologues soient restés assez longtemps défavorables, et que, bien sûr, il vaille mieux compter sur la fécondité des vallées que le partage « anglais » a laissées au Portugal. En aucune région de l'Afrique australe les terres ne sont mieux arrosées, le climat meilleur; sécheresse et disette sont inconnues au Manica. Tout de même les traces du « grand métal » se montrent en beaucoup d'endroits, mais on n'a pas encore retrouvé les gisements de pierres précieuses d'où les femmes du pays tiraient leurs beaux pendants d'oreilles. Dans maintes vallées de la partie méridionale des montagnes, des trous de cinq à six mètres de profondeur, creusés dans les

L'Afrique Australe. chapitre onzième

terres alluviales et parfaitement conservés, rappellent les exploitations portugaises, succédant à des travaux antérieurs, que la tradition attribue à un « peuple blanc, aux longs cheveux noirs ». On voit aussi près du bourg de Massikessé, qui lut la capitale de la province, quelques ruines de l'ancienne ville, déjà presque abandonnée à la fin du siècle dernier, à la suite de « justes représailles » des indigènes révoltés, et détruite depuis par les Zoulou. Ceux-ci massacrèrent la plupart des habitants et défendirent la reprise des travaux miniers; ils ne sont plus aujourd'hui de force à commander et les prospecteurs se soucieraient peu de leurs ukazes, si cette nation jadis prépondérante osait encore en promulguer « à la barbe » des Européens.

Un regulo ou « roitelet » nègre réside à Mulassa, au versant méridional du mont Doe, à la lisière de la Rhodesia : vassal du Portugal, il est surveillé par un capitâo-môr ou « capitainemajor » qui a logé sa garnison dans la forteresse naturelle du ]Massara, énorme rocher aux parois verticales, accessible seulement par un sentier vertigineux; trois mille Landins essayèrent en vain de l'escalader, on fit rouler sur eux de grosses pierres qui écrasèrent un grand nombre des assaillants.

Au village dinhandue, sur la rivière du même nom, tributaire droit du Zambeze tout à fait inférieur, dans une vallée des monts Gorongosa. les Portugais ont fondé la ville de Gouveia. Tout récemment encore les environs étaient absolument abandonnés de leurs habitants; ils se repeuplent maintenant, et ce sont des compagnies de Landins du nord que le gouvernement portugais emploie pour défendre sa nouvelle^acquisition contre les Landins du sud.

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