AERIQUE ALLEMANDE DU SUD-OUEST
I. LA CONTREE. !l II. LES HABITANTS, ii 111. DEVELOPPE- MENT DE LA COLONIE : ÉTAT ACTUEL ; AVENIR PROBABLE.
A région du littoral africain qui se développe
uniformément au long de l'Atlantique, du
/ fleuve Cunene, limite méridionale de la province
LA CONTRÉE portugaise d'Angola, jusqu'au fleuve Orange, a
bien 1 500 kilomètres de longueur en bordure du
flot; elle est devenue territoire allemand en 1884-,
sans que d'ailleurs il ait fallu d'abord la conquérir.
C'est là le pays officiellement appelé Deutsch Sûdwest Afrika. Naguère il était nommé Lûderitz Land, terre de Lûderitz, d'après le négociant aventureux qui en avait fait l'acquisition par contrats signés avec les chefs des rares tribus riveraines et avec ceux de peuplades de l'intérieur. La possession du littoral de la baie d'Angra Pequeùa, son achat initial, lui avait coûté 2 500 francs et 200 fusils moyennant lesquels le chef de la contrée se crut le premier des princes de la Terre. L'Allemagne recueillit ici, un peu contre son habitude ancienne, le fruit des travaux de quelques-uns de ses fils, des missionnaires rhénans qui avaient évangélisé ces peuplades.
Avant cette année-là où, comme par un coup de théâtre, le pays entra dans « la plus grande Allemagne », l'Angleterre croyait sincèrement qu'il faisait partie de la « plus grande Bretagne », quoiqu'elle n'y possédât réellement qu'un seul
poste, et encore fort insignifiant, pour dire vrai, un pauvre hameau de traitants et de pécheurs au bord de la Walfish Bay ou « Baie de la Baleine ».
Lors des premières ouvertures faites par les diplomates allemands au sujet des stations fondées par leurs nationaux, le ministère anglais répondit que « tout établissement d'une puissance étrangère dans la région serait un empiétement sur les droits de la Grande-Bretagne » ; le gouvernement du Cap vota même la prise de possession formelle du territoire en litige, mais il était trop tard. Après un échange de dépêches, devenues presque menaçantes de la part de l'Allemagne, le « pays de Liideritz », à l'exception de l'enclave de Walfish Bay et des îles, îlots à guano dispersés tout au long de la côte, fut reconnu terre germanique; ensuite, les diplomates allemands négocièrent avec le Portugal un traité assurant à leur gouvernement la possession du territoire qui s'étend au nord du cap Frio jusqu'à la bouche du Cunene.
L'Afrique sud-occidentale allemande s'étend depuis le littoral jusqu'au 20" degré de longitude à l'est de Greenwich (17'^40' environ à l'est de Paris). Il suit ledit méridien, ligue inflexible, à partir du fleuve Orange, qui borde la colonie pendant 550 kilomètres, au midi, jusqu'à la rencontre du 22*= de latitude, au nord. De ce lieu de croisement la frontière suit pendant un peu plus de 100 kilomètres le 22^ de latitude jusqu'au 23*^ de longitude, et ce 23^, elle l'accompagne pendant un peu moins de 450 kilomètres jusqu'au contact avec le 18° de latitude. Ici, encore une ligne droite, le 18'' parallèle pendant 200 kilomètres ou un peu plus, jusqu'à la rencontre d'une rivière du bassin du Zambeze issue de l'Angola, le Koua-Ndo ou Tchobé, dont la ligne de séparation emprunte le cours jusqu'à son confluent avec le grand fleuve. Ces quatre lignes géométriques divisent la colonie allemande du pays anglais des lie-Chuana. Au nord c'est la colonie portugaise de l'Angola, dont elle est séparée d'abord par le cours inférieur du fleuve Cunene sur 205 kilomètres (sans les détours) à partir de l'embouchure; puis par une ligne droite pendant 270 kilomètres; ensuite pendant quelque 300, détours non compris, par le lit de l'Okavango, tributaire du Zambeze qui s'assèche en chemin ; puis par un peu plus de 300 kilomètres d'une ligne directe qui se termine à la rive droite de ce même Zambeze; et enfin par ce puissant fleuve l'espace d'un peu plus de 100 kilomètres. A l'ouest, l'océan Atlantique. Au sud le fleuve Orange la partage de la colonie du Cap, au sein d'un triste désert.
L'aire ainsi comprise entre l'Angola et le Cap, l'Océan et le Be-Chuana-Land est de 830 960 kilomètres carrés, soit 290 000 de
DOUZIÈME Afrique allemande du Sud-Ouest.
plus que rAllemagne, et presque exactement autant que l'Empire germanique et l'Italie ensemble; mais il n'y a là que 200 000 hommes.
L'acquéreur du Lûderitz-Land, agrandi ensuite et devenu la Deutsch Siidwest Afrika, Liideritz, disparut peu de temps après l'acquisition, noyé dans une crique, au cours d'un voyage en canot sur une mer souvent périlleuse. Ses entreprises l'avaient ruiné, mais il lui restera le renom d'avoir suscité la première en date des colonies germaines, de toutes la moins fertile certainement, mais aussi la plus salubre.
On la connaissait déjà avec quelque détail, cette colonie première née autour des stations des missionnaires luthériens, chez les Nama-Koua et les Dama-Ra; elle avait été peu à peu débrouillée par ces « prédicateurs de la Nouvelle Alliance » par des marchands, des chercheurs démines, des chasseurs, par Galton, Andersson, Baines, Smuts, Green, Hahn,Rath, Hartley, Coates, Duparquet. Depuis la prise de possession par l'Allemagne, des voyageurs, des savants et spécialistes de la nation teutonne — tels Passarge, Dove, Rehbock, Hartmann — l'ont parcourue et la parcourent en tous sens, méthodiquement, scientifiquement, et à tous les points de vue, géologique, géographique, cartographique, ethnographique, minier, agricole, hydraulique : c'est une révélation rapide, qui bientôt sera pratiquement complète.
On peut considérer l'Afrique allemande du Sud-Ouest comme le prolongement méridional de l'Angola; dans son ensemble, elle continue exactement ce grand pays portugais. Le sol s'y élève également par degrés jusqu'au iaîte d'un plateau côtier, puis s'incline de nouveau vers l'est dans la direction d'un grand bassin fluvial. La contrée tout entière, du Cunene à l'Orange, a l'aspect d'une protubérance allongée et de forme régulière, dont l'axe est exactement parallèle à celui du rivage marin. En outre, ce long renflement du sol est complètement isolé ; tandis que les plateaux de l'Angola se rattachent, à l'est, au faîte de partage des eaux entre le Congo et le Zambeze, ceux des Dama-Ra et des Nama-Koua sont limités à l'orient par de profondes dépressions où s'étend le désert de Kalahari, où serpentent le Kou-Bango et des affluents du fleuve Orange longs et secs comme lui.
Séparées des montagnes angoliennes de Chella par les gorges où passe le Cunene, les hauteurs pierreuses du pays des Ova-Mbo ne présentent d'abord qu'un faible relief : on les nomme Kaokofeld, c'est-à-dire les « champs, le plateau de Kaoko » ; gneiss et granit sillonnés de profonds lits de torrents sans
U Afi'i(^ue Australe. cnAPrrKE doczième
eau où quelques orages suscitent des fleuves qui descendent dans des plaines longeant TOcéan. Ceci vers l'ouest; tandis que vers l'est se déroule un immense plateau qui va se confondre avec le Be-Chuana-Land, au delà de la frontière géométrique du Protectorat.
Ce plateau « immense » ne participe pas de la nature du Kaoko : géologiquement parlant il est moderne, puisqu'il consiste en calcaires, puissante assise qui s'étend, à l'orient du Kaoko granitique, au nord des monts de granit des Dama-Ra, et fuit indéfmiment vers le levant, au midi de la lagune d Etoclia, jusqu'aux frontières du pays desChuana. Contrée mieux douée, en somme, que l'ensemble de la Deutsch Siidwest Afrika, et bien pourvue d'herbages, de brousse, presque de forêts, encore que son calcaire soit du genre de celui du Karst ou de celui de nos Causses et que l'eau des pluies s'y enfonce à peu près partout dans la profondeur. C'est donc une région d'avens, de grottes à stalactites et stalagmites, d'eaux engouffrées ; le trésor inestimable est sous terre, pour mieux dire, sous roche, et non sur roche.
Le docteur Hartmann, qui en a gravi les arêtes et les crêtes « à satiété », compare pittoresquement ce sol déchiré de ravines, criblé de trous, d'effondrements, à un visage couturé par la petite vérole. Il attribue « 1 500 mètres de moyenne altitude à l'énorme haute plaine, qui s'abaisse pittoresquement, au nord vers l'Etocha, comme aussi à l'est et au sud-est..., avec très vastes dépressions oii l'eau des pluies s'amasse en marais, puis descend lentement dans le sous-sol... C'est le lit d'une mer antique, et la terre y est restée plus ou moins alcaline; elle y est d'excellente nature, et la riche provision d'eaux souterraines promet à ce territoire un grand avenir agricole ».
D'après ce même voyageur allemand bien documenté, le Kaoko fut également un fond de mer plat; mais depuis qu'il est soumis aux puissances de l'érosion, il s'est insensiblement sculpté en pics, en montagnes à table, en gorges des plus creuses, tandis que les assises calcaires de l'est ont gardé presque intacte leur première apparence; chez elles c'est par dessous qu'a lieu l'érosion; dans le Kaoko c'est par dessus — d'où l'aspect tourmenté de celui-ci, ondulant et calme de celles-là.
La plus vaste des lagunes qui se soient maintenues jusqu'à ce jour à la surface du sol au lieu de filtrer en dessous, le lac d'Etocha, n'est qu'une mare très contractée par les chaleurs et qui n'a plus alors que 25 kilomètres de long sur une quinzaine de large.
Graduellement le Kaoko s'élève; il atteint 1320 mètres à l'Etendeka, puis du 2ie au 23'' parallèle c'est la vraie montagne,
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Est de Greenwich
D'après Langhans.
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dressant ses coupoles et ses roches tabulaires à des hauteurs de 2 000 mî'tres et plus. L'Omatako, dans le pays des Dama-Ra, s'élance à 2 300 mètres, et juste au levant de la baie de la Baleine, les monts Khomas et les monts Awas ou Auas, ce qui veut dire probablement « les monts Rouges », masses de granit, dressent, dit Dove, « des dos monstrueux, des arêtes tranchantes ».
Plus au midi, dans la contrée habitée par les Bastaards de Rehoboth, les roches, d'ailleurs élevées encore, s'abaissent jusqu'à 1500, voire 2 000 mètres dans le massif isolé de Karas, au sud-est de Keetmanshoop ; elles s'aplatissent aussi, et çà et là se rencontrent de hautes plaines assez vastes; après c^uoi, exactement (ou presque) à partir du tropique du Capricorne, dans le pays des Nama-Koua, la crête salTaisse considérablement, elle ne dépasse plus guère un millier de mètres. Gneiss, granits font place aux schistes, aux calcaires, aux craies, aux jets volcaniques tels que le porphyre; des monts à table découpent l'horizon ; l'on entre dans une région par endroits fort analogue aux Karroo de la colonie du Cap, et la brousse plus ou moins misérable y est remplacée par des herbes plus ou moins savoureuses.
L'axe médian des hautes terres se prolonge parallèlement à la mer à une distance moyenne d'environ 200 kilomètres, et l'espace qui sépare le rivage et les premiers escarpements offre en divers endroits une largeur considérable, moindre toutefois qu'on ne l'a prétendu, et certainement fort au-dessous des loO à 200 kilomètres dont certains ont parlé ; GO kilomètres doivent en exprimer à peu près l'ampleur moyenne. D'ailleurs le pays en arrière du rivage est encore si peu connu dans la région méridionale de cette jeune Allemagne que, d'après Dove, 40 000 kilomètres carrés y étaient absolument ignorés des Européens en 1894, dans l'espace compris entre la baie de la Baleine et l'embouchure de l'Orange.
Sauf dans le nord, peu des rives de ce littoral de 1 500 kilomètres sont franches de dunes, quelques-unes fort hautes et généralement d'un sable très fin que le moindre vent disperse. Mamelons ou montagnes de sable, sillons parallèles et lèdes, ce rempart de sable qui rend si malaisées les communications entre la côte et l'intérieur a, suivant les lieux, 5, 10, 15, 20 et jusqu'à 30 kilomètres de largeur; on ne le franchit qu'à très grand'peine, avec des vagons attelés de six, de huit, de dix paires de bœufs, attelage suant, soufflant des naseaux et qu'on ne peut faire boire qu'à de rares points deau presque toujours très indigents; et cette eau, bien trop souvent, est désagréablement saumàtre.
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Devant ces dunes il y a la plage basse où s'agite incessamment, comme devant le rivage de la Guinée, mais moins puissante et moins dangereuse, une barre fort incommode, dans une mer prodigue de poissons, ayant phoques, ayant baleines, comme en témoigne le nom deWalfish Bay, et de nombreux îlots à guano déménagé rapidement par les Anglais. N'étaient les brises fortifiantes, la rumeur de TAtlantique, Fextrème salubrité de l'air, rien au monde ne serait plus désolé que cette rive sans arbres, sans herbes, sans sources, où Ton ne boit que de l'eau venue du Cap en balancelle, ou de l'eau de mer privée de son sel par des appareils de distillation.
Derrière le bourrelet des sables commence le pays, tantôt steppe, tantôt presque partout purement désert, appelé, d'un mot hottentot, le Namib ou Namieb. Il s'élève, graduellement vers Test, à 400 et 500 mètres d'altitude, jusqu'au pied des massifs intérieurs et aux quelques commencements de végétation dus à un minimum de pluies : tandis qu'il ne pleut, pour ainsi dire, jamais sur le Namib, sol dur qu'on pourrait comparer aux « hamada » du Sahara et de l'Arabie.
Ce Namib, le « Vlakte » ou terre plane, le Veld ou « campagne » des Hollandais, la « plaine » des Anglais n'est point une plaine; mais, vu de loin ou de haut, il a toute l'apparence d'un plan uni parsemé de collines isolées, la plupart en forme de dômes, et dont quelques-unes dépassent iuO mètres. Lorsqu'on le contemple de la mer, le Namib cache de ses dunes le profil des montagnes C{ui s'élancent à l'orient; mais quand on gravit la crête des sables, on voit le mont barrer l'horizon d'une longue ligne droite.
On croit que le Namib est un ancien fond de mer; son aspect est celui d'une immense surface de béton dont la couleur varie du brun au rougeàtre, au jaunâtre, au blanchâtre. En temps sec, c'est-à-dire pendant presque toute l'année, on y marche comme sur un pavé; mais les rares pluies délayent la couche superficielle d'argile calcaire ou gypseuse qui agglutine le sable ; on y marche alors très difficilement, les roues y laissent de profondes ornières, que l'on reconnaît encore après des années. Quelques dépressions reçoivent les eaux de pluie, qui s'évaporent peu à peu, laissant à leur place des sait-pans, efflorescences salines et gypseuses. Dans le voisinage des monts apparaissent çà et là des débris de rochers, quartz, gneiss ou schistes, qui paraissent s'être décomposés sous l'action de l'air, laissant sur le sol des taches de couleurs diverses; quelques blocs restés debout offrent une surface polie par les grains de sable que transporte le vent.
Les dunes indiquées ci-dessus comme bordant la mer de
L'Afrique Australe. chapitre
la Deutsch Sûdwest Afrika, sans lacunes entre l'Orange et le Tsoakhoubmund ou Swakopmund, avec grandes lacunes du Tsoakhoubmund au Cunene, ont donc, de par leurs loO mètres, une hauteur sensiblement supérieure à celle de nos Landes de Gascogne.
Elles se suivent en chaînes nombreuses, séparées par des lèdes que parsèment de moindres monticules; au sud de la baie de la Baleine, il faut traverser successivement seize crêtes de sable; quelques herbes et des arbustes aux racines traçantes croissent à la surface des monticules et les consolident pour un temps. Ce ne sera pas une entreprise aisée que de fixer définitivement les dunes de ce long et large « Marensin >.
Les dunes voisines de l'Atlantique proviennent probablement d'anciens bancs de sable émergés, tandis que plus avant dans l'intérieur elles se sont formées sur place par l'écaillement des gneiss sous la chaleur solaire. De nos jours encore la poussée de soulèvement se produirait sous cette partie du littoral : jusqu'à la hauteur de 20 mètres au-dessus de la mer actuelle on voit des étendues salines recouvertes de coquillages semblables à ceux qui vivent dans les parages voisins ; à près de 30 mètres et à la distance d'un kilomètre du rivage se trouvent môme des squelettes entiers de cétacés rejetés jadis par le flot. Sur une plage émergée qui s'étend au nord de la Walfish Bay on remarque des plaques de soufre mêlées au sable et au gypse, et le sol répand une odeur d'hydrogène sulfuré. C'est à des exhalaisons de ces gaz qu'est due probablement la mortalité soudaine des poissons de la baie qu'on a observée plusieurs fois, notamment en 1883 : à marée basse on aurait même remarqué des espèces de cratères formés par le boursouflement de la plage.
De l'architecture de la contrée dépendent en partie les phénomènes du climat. Les vents du sud et du sud-ouest, qui soufflent le plus fréquemment sur la côte, n'apportent que de très rares pluies, et encore moins humides sont les rafales du nord-est qui refluent contre les vents généraux, de mai en juillet. On ne compte guère que cinq ou six pluies par année moyenne sur le rivage de la Walfish Bay, une seule sur les côtes d'Angra Pequeiia : à cette averse et aux rosées des nuits, parfois très abondantes, se réduit la saison pluvieuse, dont la période normale tombe au commencement de l'année, alors que le soleil remonte vers le nord. Mais si la côte basse n'est pas humectée, les vents marins laissent tomber leur fardeau de pluies sur les croupes de l'intérieur; à Hope-Mine, il a plu dix-
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sept jours en 1886 et l'on a mesuré près de 40 centimètres d'eau. Presque toujours la pluie est annoncée par des tourbillons de vent qui soulèvent le sable en colonnes mouvantes ; les Dama-Ra donnent à ces remous de poussière un nom qui signifie : « apporteurs de pluie ». 11 résulte de cette chute d'humidité que des herbes croissent sur les plateaux en un tapis immense, tandis qu'en bas, du moins au sud du Kaoko, relativement bien arrosé, tout le pays reste aride ou parsemé seulement d'arbustes épineux dans les rares oasis où sourdent quelques fontaines. Les chiens y meurent de faim; les plantes s'y flétrissent, le sol étant partout saturé de sel à un demi-mètre de profondeur ou moins encore.
Les 40 centimètres annuels de Hope-Mine, lieu situé à 600 mètres environ d'altitude, ne sont pas, tant s'en faut, le maximum de précipitation annuelle dans l'Afrique allemande du Sud-Ouest. Ce pays, très heureusement pour lui, reçoit beaucoup plus de pluie qu'on ne pouvait le croire ou l'espérer, à parcourir cette côte privée de fleuves, sans ruisseaux constants. La montagne y est suffisamment arrosée, mais l'eau qu'elle attire et qui la frappe se tarit en chemin dans le lit des torrents ou s'évapore dans un air d'extrême sécheresse.
D'après le voyageur allemand Dove, qui a visité le pays en s'y occupant de météorologie, encore plus de pluviométrie, Ihumidité diminue du nord au midi dans la Deutsch Sùdwest Afrika, toute altitude à part, ce qui se voit très bien le long du rivage, qui est bas; tandis qu'à cause de l'altitude croissante, elle augmente de l'ouest à l'est jusqu'à la crête des montagnes. La région septentrionale du Protectorat, le pays des Ova-Mbo marque la transition entre l'Afrique pluvieuse du centre et l'Afrique peu pluvieuse du sud. Plus au midi, chez les Dama-Ra septentrionaux, la tranche annuelle dépasse probablement 40 centimètres. Dans le centre de la contrée, là où vit le peuple des Dama-Ra, la côte ne reçoit même pas 10 centimètres d'humidité dans l'année, mais à mesure que le pays s'élève, c'est 20 centimètres, puis 30, puis 40, puis 50 et au delà. L'arête franchie, la pluie diminue, mais il doit en tomber au moins 40 centimètres jusqu'aux lieux où le Nosob, torrent ou plutôt gouttière du bassin de l'Orange, s'approche des frontières du Kalahari. Puis, vu la décroissance de précipitation du nord au sud, les nuages de l'année ne doivent pas verser plus de 30 centimètres d'humidité chez les Dama-Ra méridionaux et les Bastaards de Rehoboth; après quoi, sous le 24« parallèle, ce n'est plus que 20, puis 15, puis 10, même moins, à mesure qu'on se rapproche de l'Orange, à travers la région des Grands Nama-Koua. D'après Rehbock, « suivant le dire des
V Afrique Australe. cuapithe
colons et à en conclure l'aspect général de la végétation » sur le trajet d'Angra Pequena au Kalahari, c'est à peu près vers Bethanien et Groot Fontein qu'il tombe le plus de pluie; tout le pays des Nama compris, la moyenne annuelle atteint probablement 20 centimètres au plus.
En prenant comme termes de comparaison Olukonda chez les Ova-Mbo, tout au nord, Windhoek au centre, Rehoboth au sud, on a, pour Olukonda (1400 mètres d'altitude) 524 millimètres de pluie; pour Windhoek (1 C20 mètres), 409 millimètres; pour Rehoboth (1420 mètres), 272 millimètres, hauteur très variable selon les années : 116 millimètres dans la saison 1895-1896, et 690 dans la saison 1892-1893.
Grâce à la contrée centrale du Protectorat, à son puissant remous de montagnes, l'Afrique allemande du Sud-Ouest vaut mieux que sa renommée, il lui vient des cieux assez d'eau pour vivifier de nombreuses vallées, quand on arrêtera les crues des torrents derrière des barrages-réservoirs. En vertu d'orages sur ces sommets le haut pays connaît les petites rivières courantes, malheureusement elles ne courent pas avec assez d'abondance pour s'unir en rivières qui ne tarissent pas capables d'atteindre l'Atlantique. Dès qu'elles ont quitté le haut pays, elles se transforment en ouâdi qui servent de chemins et où les voyageurs creusent des puits, avec l'espoir qu'un peu d'eau s'amassera dans les fonds. Des arbres abritent les berges; ils puisent l'humidité nécessaire dans les sables profonds. Le dépérissement de la végétation sur les bords des torrents porte à croire que la contrée se dessèche de plus en plus : une crue soudaine a-t-elle fait pousser en foule de nouvelles tiges sur les berges, ces tiges sèchent en peu de temps, les racines n'ayant pu descendre assez avant à la recherche de l'humidité. Mais en plusieurs endroits des plateaux voisins les Herero ont percé la roche calcaire de trous profonds qui pénètrent jusqu'à l'eau vive. Au nord de la contrée, dans les monts d'Otavi, une de ces sources forme un véritable lac souterrain, rempli de poissons et ne changeant point de niveau.
De tous les ouàdi de la contrée, le plus abondant est rOmaruru où les eaux coulent plus longtemps que dans les autres lits fluviaux; il atteint plus souvent l'Atlantique, probablement au moins une fois par an, et la végétation y est moins clairsemée que dans les vallées rivales. Une source thermale, à 76°, 5 d'après Rehbock, celle d'Omburo, jaillit dans le sable de son val d'amont, au pied de roches basaltiques, et le ruisseau qui s'en épanche coule pendant plusieurs kilomètres.
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Issu d'un bassin plus vaste que celui de l'Omaruru et long de plus de 400 kilomètres, le Tsoakhoub ou Swakop sort du cœur de la haute montagne des Dama-Ra. Comme tous ses confrères il s'emprisonne dans des gorges profondes, très sauvages, et absolument désertes. Son lit finit par atteindre 400 mètres de largeur, mais lui n'arrive que très rarement à la mer : il n'a pas d'eau de surface; l'onde est dessous, dans la profondeur, le sable du Namib l'ayant toute absorbée. 11 a son terme à Tsoakhoubmund, au nord et près de Walfish Bay, après avoir coupé le Protectorat en deux parties à peu près équivalentes, l'une au nord, l'autre au sud, et après avoir séparé, grosso modo, les Dama-Ra (au septentrion) des Nama- Koua (au midi).
Le Guiseb ou Khuiseb, creusé à 200 mètres dans l'épaisseur du Namib, débouche, quand par hasard il existe, dans la baie de Walfish, par un détour que limite à l'est la longue péninsule sablonneuse de la pointe du Pélican; dans les douze années qui ont précédé 1878, le Khuiseb n'aurait pas coulé une seule fois. Au sud de ces trois fleuves temporaires les autres ouâdi s'arrêtent même à l'est des dunes sans former de lits jusqu'à la mer; mais les oumarâmba ou « coulières » du versant oriental, qui vont rejoindre l'Okavango ou l'Orange, ou se perdre au loin dans les salines du désert, sont de véritables fleuves, sinon par la masse liquide ou par la régularité du lit fluvial, du moins par la longueur de la dépression d'écoulement. L'Orange au sud et le Cunene au nord, tous deux fleuves de frontière, sont les seules grandes eaux courantes du Protectorat.
L'Orange appartient à l'Allemagne par sa rive droite sur 550 kilomètres, mais c'est en vain qu'il a presque traversé toute l'Afrique australe, d'est en ouest, pendant 1 600 kilomètres, baigné le pays des Ba-Souto, la colonie du Cap, l'Etat libre, le Griqua-Land occidental, la lisière méridionale du Be-Chuana- Land, ces régions sont tellement sèches dans l'ensemble, il a perdu tant d'eaux en route par irrigation, infiltration, évaporation, que dans les couloirs étroits, très creux de la Deutsch Sudwest Afrika, c'est à peine s'il roule, d'après Rehbock, de 10 à 30 mètres cubes par seconde à l'étiage, contre plusieurs milliers, il est vrai, lors de ses grandes crues. Son maître tributaire « sud-occidental allemand », le Grosser Fischfluss, part des monts Auas, aux environs de Windhoek ; coulant parfois à pleins bords pendant des semaines, c'est le « Nil des Grands Nama ».
Le Cunene borde le Protectorat pendant 265 kilomètres environ, d'est en ouest comme l'Orange ; il touche de sa rive
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gauche le territoire allemand. Exactement, c'est le Kou-Nene ou « Grand-Fleuve », long en effet de l 200 kilomètres en un bassin de 137 000 kilomètres carrés, mais si fort diminué, comme rOrange. par évaporation dans de vastes marais, qu'il n'atteint la mer que pendant quatre ou cinq mois, de décembre en avril. Extrêmement large en son déroulement sur le haut plateau de TAngola, il se rétrécit parfois à l'extraordinaire, jusqu'à 5 ou 6 mètres seulement, dans les défdés où il rachète mille mètres de pente entre le niveau de sa haute plaine et le niveau de la mer. En somme, sa largeur varie de plusieurs kilomètres d'une eau sans profondeur sur sol de palus, à un saut d'antilope par-dessus un flot de rapidité terrible. Parmi les cascades qui le cassent, on cite celle de Quenguari, à l'arrivée en territoire allemand, et celle des Montagnes-Noires. Les Portugais, fatigués de leurs démêlés avec des peuplades nègres du Cunene, ont offert, il y a quelques années, aux Allemands la rive gauche du fleuve en amont de la chute de Quengari ou Kenguare, jusqu'aux approches du haut Kou-Bango dont la frontière aurait ensuite accompagné la rive droite ; « mais, dit le docteur Max Esser, le gouvernement impérial refusa ce « pré- « sent des Grecs », par simple défiance ». Ce même Max Esser a découvert, au sud et près de l'embouchure du Cunene, une anse dont il croit qu'avec quelques travaux on ferait un bon port et d'où l'on pourrait lancer « une des lignes les plus importantes de l'Afrique », un chemin de fer dirigé vers Johannesburg par la lagune d'Etocha, les mines d'Otavi, les terres arrosables de Groot Fontein. Mais le lieu de départ serait tout aussi bien, et même mieux, la magnifique baie des Tigres, qui s'ouvre dans le territoire d'Angola à quelque distance au nord de la bouche intermittente du Cunene.
C'est sur le territoire allemand que l'Okavango se bifurque, à quelque distance en aval de la rencontre du Kou-Ito, et qu'il envoie vers l'orient un bras nommé Magouekouana, lequel va se verser dans le Koua-Ndo ou Tchobé, tributaire du Zambeze. Le major Gibbons, qui a suivi ce curieux embranchement en 1809, pense qu'il a été le véritable Kou-Bango; celui-ci ne se serait frayé que sur le tard son nouveau chemin vers les chutes de Popa et les plaines marécageuses du pays des Be-Chuana. Très ample au-dessous de sa sortie de l'Okavango, le Magouekouana se rétrécit peu à peu et s'efface presque sur la plaine; il ne va que pendant deux mois de l'année d'une rivière à l'autre, et dès les premières atteintes de la saison sèche, il disparaît.
Orange et Cunene mis à part, il semble puéril de décrire des fleuves dont on voit si rarement l'eau couler autrement que
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près des sources; des fleuves qui, même en crue, franchissent si rarement le plancher du Namib; des fleuves dont, l'inondation écoulée, le passage ne se montre qu'à des vleys, c'est-à-dire à des mares et à ce qui peut rester d'iiumidité dans des sables salés, dépressions qui furent lacs et sont à peine aujourd'hui, et encore fort rarement, des lagunes.
Tous, ils sont pourtant d'une valeur inestimable. Ce sont ici « les maîtres de l'heure », comme diraient les Arabes. Eux seuls donneront vie et vigueur à la Deutsch Siïdvs-est Afrika. Encaissés par la haute roche, dans leur course rapide vers la mer, sur une pente très raide, il sera facile de les barrer à certains étroits, en amont desquels leur vallée, plus évasée que d'habitude, permettra d'emmagasiner des réserves d'eau pour la mise du bassin d'aval en culture, ou, pour mieux dire, en jardinage. Ainsi naîtront des villages de paysans allemands, dans une contrée éminemment salubre, en dehors de quelques fièvres d'accès, à certains passages palustres du pays des Ova-Mbo — car, si le Protectorat n'est en somme que très peu fertile, point capable d'élever un peuple aux nombreux millions d'hommes, au moins ceux qui y chercheront une patrie nouvelle n'y souffriront-ils pas en eux-mêmes, et plus tard, dans leurs descendants, de maladies cruelles et finalement de dégénérescence.
Sur le littoral de la baie de la Baleine, voisine pourtant du tropique du Capricorne, à distance égale de l'Angola et de la colonie du Cap, par conséquent au milieu du pays, la température moyenne de l'année n'est que de f6o,6, grâce au courant froid qui longe ici la côte de FAtlantique dans la direction du sud au nord : le mois le plus chaud, janvier, s'y résume par 18'', 0; le plus froid, juillet, par li",8; l'air y est si nuageux, si humide que la rouille y ronge le fer en quelques semaines, et les changements de température y sont très brusques, de grande portée, mais le climat y est très sain et la brise rénovatrice.
Dans le Namib, chaleurs terribles, le jour, et parfois, en hiver, des froids qui abaissent le mercure un peu au-dessous de zéro; et climat salubre.
Dans la montagne, au-dessus de 1 000 mètres, grandes chaleurs, froids vifs, variations de température subites, parfois considérables; et climat sain, plus favorable même aux Allemands que celui de leur terre natale; belles soirées, nuits fraîches, délicieuses; et premières heures de la matinée charmantes. Naturellement, plus le site est haut, plus la température varie, plus la saison fraîche y est fraîche, plus la nuit y répare des fatigues du jour lourd et torride.
V Afrique Australe. chapitre
Tout au nord, chez les Ova-Mbo; au centre, notamment à Otjimbingue, le « four des Dama-Ra » ; dans l'est du Protectorat, en tirant sur le Kalahari, il se peut que par hasard, rarement, le thermomètre atteigne en certains lieux, ou dépasse 40"; or, la température la plus basse rapportée par Dove est — 9°, à Omaruru, en juillet 1883. Cela fait tout de même une oscillation de 50 degrés.
Un réseau déjà serré de stations météorologiques et pluviométriques, dû surtout à Karl Dove, recueille patiemment les observations d"où résultera dans quelques années une connaissance parfaite du climat de cette vaste région.
Etant donné ce climat, très bon à l'homme, mais à demi hostile à la plante, le pays n'a rien de bien plantureux dans son ensemble.
Dans le détail la végétation y varie extrêmement suivant l'absence, la rareté, la demi-abondance, la répartition des pluies de l'année.
La région naturellement la plus déshéritée de toutes c'est la zone très peu pluvieuse, quoique fort nuageuse, qui suit le littoral; c'est le déplorable Namib, avec ses plantes de désert, si petites et si rares « qu'il semble impossible de ramasser assez de bois mort pour entretenir un petit feu de bivouac et qu'on pourrait s'y croire en plein désert lybique, aux deux rives du Nil en amont du Caire ». C'est là que se montre la Wehntschia r)iirabilis, admirable en effet, ou tout au moins singulière, qui est une lige d'environ quatre mètres de hauteur, jaillissant, hors sable, d'un tronc enseveli dans le sable. Sur le passage souterrain des fleuves, à des sortes de haies basses, pendent les nara, espèce de melon à pulpe nourrissante.
A 50, à 60 kilomètres de la côte, tantôt plus, tantôt moins, commencent les herbes et l'on n'est plus dans le désert, mais le demi-désert ou, comme dit Dove, « dans le steppe sec » ; divers arbustes s'y montrent, qui s'accommodent de la sécheresse, euphorbes, acacias, plantes épineuses, aloès; sortes de maquis très disperse où les plus hautes gaules dépassent de peu 3 mètres. A l'exception, bien entendu, des gorges qu'arrose souterrainement l'eau d'un torrent où puise la végétation; là il y a de vrais arbres; et il sera facile d'y instaurer des jardins, des vergers à figues, citrons, oranges et bananes.
Enfin, quand on a suffisamment gravi la pente du sol, lorsqu'on vient d'atteindre 1 300 ou l 400 mètres d'altitude, on entre dans la région des herbes assez humectées par les pluies et de la brousse véritable, avec arbustes de 5 mètres de taille, hampes d'aloès, acacias à gomme et autres épineux. A noter
DOUZIÈME Afrique allemande du Sud-Ouest.
que le gazon n'y forme pas, comme en Europe, une pâture continue; ce n'est pas un tapis, mais un ensemble et une dispersion de touffes d'herbe séparées par de l'espace nu qui ne ressemble à Tune de nos prairies que si on l'embrasse en longueur : de près, on voit bien que cette « mer de verdure » n'est autre chose qu'un « archipel ». La ligne de faîte franchie, dans le bassin du lointain Orange, en de larges plaines au midi des monts Awas, l'eau souterraine transforme en savane le steppe du plateau, et c'est dans un vrai parc avec beaux acacias à large dôme qu'on se promène, par exemple dans le pays d'Aris. « Le plus beau des arbres de toute la colonie, dit Ilugo Hahn, est l'arbre « du chameau », fort comme le chêne et plus dur que le chêne : quand il est sec, il résiste aux haches les mieux trempées ».
Cette description s'applique au centre du Protectorat, au Namib et à la montagne à l'orient de la baie de la Baleine, en un mot au pays des Dama-Ra. Mais au midi comme au nord du maître massif du Sud-Ouest allemand, les divisions de l'ouest, du centre et de l'est ne sont plus aussi tranchées.
Au sud, chez les Nama-Koua, la diminution progressive des pluies à mesure qu'on s'approche de l'Orange et l'altitude presque deux fois moindre du sol, étendent plus ou moins, suivant la hauteur des lieux, les caractères désertiques du Namib à la plus grande partie du pays, faite de roches, d'argiles dures, de sables mouvants. Cette région ne vaudra jamais grand"chose, il semble : c'est pourtant celle que le hasard a fait annexer la première par les Allemands, à une époque où l'ensemble de tous les jardins défrichés par les missionnaires luthériens n'atteignait peut-être pas en tout quatre hectares! Par un heureux contraste, la région se prête fort bien à la création de bassins de réserve pour l'arrosage; il y a là des sites élus, et, dès qu'on y disposera d'eau suffisante, on peut compter sur des champs de canne à sucre, de coton, de tabac, car, dès qu'elle devient humide, l'argile des Nama l'emporte au point de vue agricole sur la surface gréseuse de la contrée des Dama-P.a.
Au nord, dans le Kaoko et chez les Ova-Mbo, c'est tout le contraire; on a là le meilleur du Protectorat. Le Namib y est moins saharien, et à l'intérieur, à la rive du Cunene notamment, s'étendent de vastes campagnes qui ressemblent aux régions portugaises d'Huilla et d'Humpata. Situées dans le même bassin, offrant le même sol, elles ont aussi sensiblement le même climat, si ce n'est que les pluies y sont un peu moins abondantes, l'air un peu plus sec; néanmoins l'humidité y est
assez forte pour que des arbres y croissent et s'y multiplient en forêts.
On y rencontre çii et là de gigantesques baobabs, et, à partir du 20<^ degré de latitude, on y voit se balancer des palmiers. Le pays des Ova-Mbo offre en maints endroits, avec ses bosquets, ses clairières, l'aspect d'un parc sans fin; les habitants y vivent surtout de la culture du sol et de l'élève des arbres fruitiers. Là, sans nul doute, pourront prospérer aussi des laboureurs européens, quoique leurs besoins soient autrement grands que ceux des Noirs indigènes; déjà des Boers du Transvaal s'y sont établis. Des centaines de ces émigrants, les mêmes qui plus tard ont essaimé vers le district portugais de Mossâmedes, ont commencé une colonie dans la région montagneuse du Kaoko. Mais là aussi, comme à Humpata, ils s'occupent moins de labourer le sol que d'établir des parcs à bestiaux : pasteurs avant tout, ils se bornent à demander au labourage le strict nécessaire pour leur approvisionnement annuel de céréales.
On comprend que les hommes ne peuvent
// pas ne pas être clairsemés dans un pays pareil.
LES II faudra en effet beaucoup de science, de
HABITANTS méthode et d'efforts pour améliorer cette contrée
oi!i manquent encore essentiellement l'eau et le
sol cultivable, et où il n'y a pas bien longtemps
on pouvait normalement craindre de mourir de soif ou de
faim. Si le Protectorat renferme 200 000 habitants, c'est bien
tout.
Dans le Namib et, dans Tintérieur, en maint district du pays des Nama-Koua, on peut cheminer pendant des semaines entières sans voir un groupe de cabanes. Mais dans la région septentrionale, où les montagnes sont plus hautes, les pentes plus herbeuses, les lits de ruisseaux plus souvent animés par le murmure de l'eau, la population a plus de densité; chez les Ova-Mbo, chaque vallée, même petite, a son village ou ses huttes de pasteurs.
Au point de vue des races, le territoire annexé par l'Allemagne est un pays de transition. Il est vrai que toute la partie méridionale de la contrée appartient à la race des Khoï- Khoïa; mais au nord du grand massif montagneux que traverse le Tsoakhoub, les tribus dominantes, faites de Bantou, se trouvent partout en contact avec ces Hottentots d'origine pure ou de sang mêlé sans qu'une limite précise sépare leur domaine. Dans l'ensemble, on peut évaluer au moins aux trois quarts du pays l'aire occupée par les tribus hottentotes,
DOUZIÈME Afrique allemande du Sud-Ouest.
qui forment au plus le cinquième de la population. D'ailleurs plusieurs tribus sont de race mélangée; le sang européen est aussi représenté par des métis ou Bastaards, ainsi que par les Boers, les « pombeiros » portugais et les marchands anglais et allemands qui parcourent la contrée.
Un lait curieux, prouvant avec beaucoup d'autres que les Hottentots sont tout le contraire d'une race stupide, ainsi qu'on l'a professé longtemps, et qu'on le professe encore, c'est que partout où ils se trouvent en contact avec les Bantou du Protectorat ils font la loi au lieu de la recevoir, eux si menus au milieu de ces grands Cafres, et en même temps très peu nombreux. Ni les Dama-Ba,ni les Ova-Mbo n'ont résisté comme eux à l'Allemagne, sous les ordres de Witbooi, et quoique forts de 600 guerriers au plus.
Les tribus Bantou qui peuplent la rive gauche du Cunene en amont des cluses par lesquelles ce fleuve s'échappe vers la mer, sont généralement désignées sous le nom d'Ova-Mbo, qui leur a été donné par leurs voisins du sud-ouest, les Herero; mais ils n'emploient pas eux-mêmes cette appellation et ne possèdent aucun mot générique pour l'ensemble de leurs peuplades. Ils se rattachent aux Chibiquas des montagnes de Chella et aux populations d'outre-Cunene appelées Ba-Simba (Mu- Ximba), c'est-à-dire « Gens du Rivage », et que d'anciens documents nomment aussi Cimbébas, d'où le nom de Cimbébasie, qui est encore employé pour la région parcourue parle Cunene et même pour tout le pays des Dama-Ra. La plupart de ces indigènes sont grands, forts, très intelligents, industrieux. Leur langue ne diffère que très peu de celle des Herero; elle offrirait même, d'après Duparquet, une grande ressemblance avec celle des Ba-Fyot du Loango et du Congo inférieur. Les recherches grammaticales des missionnaires permettront d'indiquer la véritable place de cet idiome parmi les langages bantou.
Une douzaine de tribus vivent aux bords des oumaràmba qui descendent du Cunene vers le lac Etocha, vaste maraislagune, bas-fond salin d'où part un déversoir intermittent qui s'en va vers l'est, dans la direction du lac Ngami. Ces tribus sont séparées les unes des autres par des marches de forêts désertes; elles se partagent le territoire mbo. Presque toujours en guerre, ces peuplades, qui dans leur propre clan respectent la propriété, ont pour grande ambition de se voler du bétail. Les jeunes gens, traversant pendant la nuit les forêts intermédiaires, cherchent à surprendre un troupeau de l'ennemi ; si on les aperçoit à temps, ils s'enfuient en toute hâte et quelques jours après on s'efforce de leur rendre la pareille. A cela se bornent la plupart des conflits, mais de véritables guerres de
UAfriqne Australe. chapitre
conquête ont eu lieu, et l'équilibre politique a fréquemment changé parmi les peuples ova-mbo.
Parmi les diverses tril:)us de cette nation des Ova-Mbo, dont l'ensemble est évalué à près de 100 000 individus par Palgrave, à près de 120 000 par Duparquet, la plus puissante est celle qui habite le Kouanhama (Okouanyama) ou « Pays de la Viande ». Ce nom semble impliquer chez les indigènes d'anciennes habitudes d'anthropophagie, disparues aujourd'hui; mais ils mangent la chair du chien, ce qui paraît à peine moins abominable à quelques-uns de leurs voisins. La contrée abonde en gros bétail, en chèvres, brebis, cochons et poules, et ses terrains de culture pourraient nourrir une population très considérable. Le nom même d'Ova-Mbo, ou mieux Ova-Ambo, aurait le sens de « Gens à leur aise ». Ce sont de vrais paysans cultivant soigneusement leurs terres, chacun dans sa ferme, et employant môme le fumier; les serviteurs sont nombreux dans le pays, mais il n'y a point de pauvres.
Ce pays de Kounhama, situé à la rive gauche du fleuve Cunene, se trouvant presque entièrement dans l'Angola des Portugais, il n'y a pas lieu d'insister. C'est la contrée que le Portugal avait offerte à l'Allemagne et que les Allemands ont refusée.
^Nlais le second État des Ova-Mbo par ordre de puissance est exclusivement « africo-allemand du Sud-Ouest », quant au territoire. C'est l'Ondonga, ou Ndonga, dont divers voyageurs étendent le nom à tout le groupe des Mbo. Ce royaume, visité d'abord par Galton et depuis par beaucoup d'autres, est le plus méridional de toute la nation. Après avoir beaucoup souffert d'une incursion des Hottentots, le Ndonga a retrouvé sa prospérité, et c'est maintenant l'État qui, par ses quelques factoreries, et par sa station de missionnnaires finlandais, exerce la plus grande influence pour le changement graduel des mœurs : parmi ces indigènes se trouvent des potiers, des chaudronniers, des forgerons, des fabricants de pipes. Une des petites tribus du pays, les Omblandou méridionaux, appelés aussi «Gens des Arbres » parce qu'ils montent sur les arbres pour se défendre des attaques, se distingue par son régime républicain, état politique dont le monde noir offre peu d'exemples. Le dernier roi, ayant outré le peuple par son despotisme et ses caprices, fut écrasé par ses propres sujets sous le toit de sa demeure, et les révoltés décidèrent que désormais ils n'auraient plus de maître. Ils ont tenu parole, et jusqu'à maintenant, quoique pauvres et peu nombreux, ils ont sauvegardé leur indépendance contre les ambitieux roitelets des alentours. Les plaines des Ova-Mbo sont traversées par d'excellents sentiers que par-
DOUZIÈME Afrique allemande du Sud-Ouest.
courent les vagons des Européens et des indigènes, car ces derniers apprécient parfaitement l'usage des chariots. Lorsqu'ils virent apparaître les premiers véhicules, les gens se prosternaient en se frottant le front avec la poussière touchée par les roues.
Au midi des Ova-Mbo, les Ova-Herero, ou Herero, c'est-àdire « les Joyeux », qu'on appelle parfois aussi les « Dama-Ra des Plaines d ou « Dama-Ra du Bétail », sont également un peuple bantou qui s'avance au loin vers le sud en pays hottentot. D'après leurs traditions, ils habitaient exclusivement la région montagneuse du Kaoko au milieu du xviue siècle, et c'est vers 1775, à une époque où l'eau était plus abondante dans le pays, que la plupart de leurs tribus émigrèrent dans la direction du sud. Cependant il en resta quelques-unes dans le Kaoko, mêlées à des Bushmen et appauvries comme eux. La langue des lIerero,bien connue maintenant, grâce aux travaux des missionnaires allemands et anglais qui se sont établis parmi eux et qui ont publié des grammaires et des ouvrages de piété, est purement bantou, du moins dans les districts où ils vivent sans mélange d'autres races, car dans le voisinage des Hottentots se sont formés en maints endroits des patois hybrides, où se mêlent les mots des deux idiomes, soit avec les préfixes bantou, soit avec les suffixes hottentots. Depuis que les Herero ont quitté le Kaoko, ils ont souvent bataillé contre d'autres peuples. Ils eurent d'abord à combattre les « vrais Dama-Ra » ou les « Dama-Ra des Montagnes », qu'ils asservirent presque tous; puis, dès la première moitié de ce siècle, ils subirent les incursions des Hottentots Nama-Koua et des Bastaards, et des milliers d'entre eux succombèrent ou furent réduits en esclavage. N'ayant pas de fusils pour résister à des envahisseurs parlaitement armés et en relations constantes de commerce avec le Cap, les Herero paraissaient condamnés à l'extermination, et Galton, qui voyageait dans ce pays en I80O, prévoyait le jour où les Nama-Koua, avec leur haine méprisante du noir et l'obstination caractéristique de leur race, auraient enfin réussi à détruire leurs ennemis héréditaires. Cette crainte ne s"est pas justifiée. Plus nombreux et plus mobiles que leurs adversaires, les Herero eurent en outre la chance d'être aidés par le voyageur suédois Andersson, qui, à la suite d'un conflit sanglant, se trouva entraîné dans la guerre: ils finirent par reprendre le dessus. Le nombre des « Dama-Ra du Bétail » était évalué à 80 000 par Palgrave, et c'est à peu près le chiffre que donnent les missionnaires établis dans le pays ; le chef pi'incipal, qui réside à Otyimbingue, a 30 000 sujets. Il est facile de
L'Afrique Australe. chapitre
les compter, non individuellement, mais en bloc, par les bestiaux qu'ils mènent au pâturage. Chaque chef connaît le nombre de ses bètes, il en déduit celui des pâtres et de leurs familles; en moyenne, on compte trois cents personnes par \çerft ou « camp de bestiaux » avec ses pacages secondaires.
Physiquement les Ilerero sont une des belles races de l'Afrique; grands, même supérieurs en taille à la moyenne des Européens du Xord, ils sont bien faits, quoique beaucoup moins forts en réalité que ne semblerait l'indiquer leur magnifique développement musculaire; leurs traits sont réguliers, d'une forme parfois presque classique; ils ont une physionomie ouverte et gaie, mais un rien les irrite et leur donne un aspect féroce. Naguère ceux d'entre eux qui ne vivaient pas sous la surveillance des missionnaires allaient presque nus. Comme il convient à un peuple de pasteurs, c'est le cuir qu'ils emploient presque uniquement pour leur costume : de minces lanières qui, mises bout à bout, auraient plus de cent mètres de longueur, leur tombent en franges autour des hanches. En outre ils portent des anneaux, des bagues el des colliers en fer, en zinc, en cuivre, et, comme la plupart des Bantou du nord, disposent leurs cheveux en tresses raidies par un mélange de graisse et d'argile rouge. Les femmes se couvrent aussi d'ornements, lanières de cuir, anneaux de chevilles et bracelets, coquilles et verroteries, et se coiffent la tête d'un épais bonnet de cuir avec trois hautes oreilles, luisant d'un enduit de terre glaise.
On admet généralement que le sel est un condiment indispensable, mais les Herero donnent la preuve du contraire; ils n'achètent point de sel et n'en recueillent pas dans les mares du littoral ;leurs bètes ne vont pas non plus lécher les roches salines.
Des restes de matriarcat se maintiennent encore chez les Herero : l'épouse est presque libre et peut divorcer de son plein gré; le principal serment est celui que le Herero jure « par les larmes de sa mère » ; jadis, quand la mère mourait jeune encore, il n'était pas rare qu'on enterrât son enfant avec elle. Tous les Herero, à l'exception des enfants baptisés, sont circoncis et n'ont guère de pratiques religieuses que pour assurer la prospérité de leur bétail; ils emploient la bouse de vache dans toutes les cérémonies, et chaque robe d'animal, chaque signe ou nuance du pelage a pour eux une signification mystérieuse. La fille du chef, gardienne du feu sacré, asperge les bétes d'eau lustrale, et lors des changements de camp elle les précède avec une torche dans la main. De grands arbres sont tenus par eux pour les ancêtres des hommes. Galton et Andersson citent plusieurs de ces plantes « mères » auxquelles les Herero viennent
D0UZIÈ3JE Afrique allemande du Sud-Ouest.
rendre hommage. D'après G. Wood, c'est d'un seul arbre qu'ils procèdent, arbre que naturellement ils nomment l'arbre-mère, l'arbre ancêtre. Tous les animaux en procèdent aussi. Comme le monde était alors dans les ténèbres, un Herero alluma du feu : aussitôt toutes les bêtes, tous les oiseaux de fuir avec terreur, sauf quelques-uns, qui vinrent se réchauffer à la flamme. Ceux qui se sauvèrent à la vue des bois enflammés sont devenus les animaux sauvages, ceux qui s'approchèrent sont le bœuf, le mouton, la chèvre, le chien. L'arbre ancêtre vit toujours, en un lieu nommé Omarura, mais chaque tribu place l'arbre et le lieu différemment.
La nation se divisait jadis en tribus ou plutôt en castes, eanda, ayant probablement pour origine la descendance familiale et désignées d'après les astres, les arbres, les phénomènes de la nature : telle tribu comprenait les « Enfants du Soleil », telle autre ceux « de la Pluie » ; mais ces distinctions vont s'effaçant.
Désormais, chez ces pâtres, le parc à bestiaux fait la peuplade. Les chefs, qui disposent d'ailleurs d'un très faible pouvoir, sont les propriétaires de bétail; qu'ils s'enrichissent, et le nombre de leurs sujets augmentera en proportion du croît de leurs bêtes; qu'ils s'appauvrissent, et le peuple diminuera autour d'eux. La richesse d'un maître, tel est le seul lien des tribus, quoique les Herero aient parfaitement conscience de la communauté des origines nationales. Aussi les groupements politiques changent-ils fréquemment; mais ce qui ne change pas, ce sont les centres de population : autour de l'abreuvoir gravite toujours la vie de la tribu. Les domaines de chaque chef herero, comme ceux des petits rois ova-mbo, sont séparés les uns des autres par des marches de broussailles et de rochers, où les gens des tribus voisines ne s'aventurent qu'en cas d'invasion; mais c'est dans ces zones redoutées que campent les brigands, hottentots ou bantou, toujours aux aguets pour surprendre les bêtes égarées.
Parmi les Herero certains prolétaires sans bestiaux ne se sont pas attachés à la fortune de quelque riche propriétaire de bœufs et vivent de chasse ou d'aventure : tels sont les Ova- Tjimba, frères des Ba-Simba ou Cimbéba, qui campent pour la plupart dans les districts du nord-est, voisins des Ova-Mbo. Relativement à la possession de la terre, les mœurs sont essentiellement communistes. On ne peut vendre le sol chez les Herero, et si les missionnaires catholiques ont été expulsés du pays en 1879, il faut l'attribuer plutôt à leurs imprudentes propositions d'achat de terres qu'à la jalousie de leurs confrères protestants.
L'Afrique Australe. chapitre
Les Herero savent d'ailleurs, par l'exemple de toutes les colonies de l'Afrique australe, tant chez les Boers que chez les Anglais, que là où les Blancs s'établissent, les Noirs ne sont bientôt plus maîtres chez eux; mais, en dépit de leurs précautions, ils n'échapperont pas au destin. Les Allemands étant désormais leurs suzerains, ils n'éviteront pas la nouvelle constitution de la propriété, qui les spoliera au profit de l'étranger. Ici la spoliation ira d'autant plus vite que le pays est, sinon par son opulence, au moins par la bonté de son climat, tout indiqué pour une colonisation solide par l'élément blanc. Les Allemands semblent avoir grande confiance dans les Herero; ils croient à leur « loyalisme », car, dit un écriv^ain colonial de la nation des « protecteurs » : « les Herero ont pour nous l'avantage sur les autres indigènes, les Ova-Mbo par exemple, d'être nés pour obéir (?) ; ils nous servent d'instinct, avec la plus grande fidélité. Et cette obéissance n"a rien de bas, de rampant, elle n"est pas causée par la crainte : ils épousent aussitôt nos intérêts, qui deviennent les leurs ».
Les Ova-Zorutu ou Daiîia-Ra « des Montagnes » doivent ce dernier nom aux Boers qui les distinguent ainsi des Dama-Ra « des Plaines ». Exactement les Boers les appellent Klip-KalTers ou « Cafres des Falaises », par opposition aux Beest-Kaffer ou « Cafres du Bétail ».
C'est qu'en effet les Dama-Ra des Montagnes, dont on ne sait vraiment pas à quelle race ils appartiennent, mais qui, visiblement, ne sont pas du tout des Dama-Ra, vivent au sommet des plateaux, principalement sur les forteresses tabulaires que des escarpements isolent de toutes parts. D"après Galton, ces Dama-Ra se disent eux-mêmes Haou Damop ou les « Vrais Dama-Ra », ou bien HaouKhoïn ou les « Vrais Khoïn », c'est-àdire Hottentots; mais appartiennent-ils à cette race? Galton voit au contraire en eux des frères des Ova-Mbo, auxquels ils ressemblent par les traits et le genre de vie, quoique la misère et l'esclavage les aient bien déprimés. Si la plupart d'entre eux parlent un dialecte hottentot, c'est à leur isolement au milieu de maîtres de race khoïn qu'il faudrait l'attribuer. Maintenant ils appartiennent à d'autres maîtres : ils justifieraient ainsi le nom de Dama, auquel plusieurs donnent le sens de « vaincus ».
Donc, ni Bantou, ni Hottentots, vraiment énigmatiques depuis qu'ils ont perdu leur langue nationale, et l'on ignore absolument ce qu'elle fut. Ils sont petits,. maigres, noirs; ils ressemblent quelque peu aux Bushmen et, en maints endroits,
DOUZIÈME Afrique allemande du Sud-Ouest.
se confondent avec eux; ils vivent de la culture du sol, qui leur rend de bien pauvres récoltes en échange de leur travail. Quelques-unes de leurs peuplades se groupent autour des missions, mais la plupart sont asservies aux propriétaires de bétail et gîtent dans le voisinage de wertfen ou « parcs ». On évalue leur nombre diversement, à 30 000 ou 40 000 individus ; il est impossible qu'il n'y ait pas à cet égard de divergences entre les calculateurs, puisque maintes tribus d'origine douteuse sont classées comme appartenant à des races différentes. Les Dama-Ra des Montagnes ont un sens extraordinaire pour la musique : ils chantent en chœur d'une voix bien timbrée et avec une justesse parfaite.
Les Nama-Koua (Namaqua), c'est-à-dire les «Gens Nama », occupent presque toute la partie méridionale du territoire allemand. Sous le nom de « Petits Nama-Koua », une de leurs tribus est même cantonnée au sud du bas Orange, et le pays qu'elle habite est devenu l'un des districts occidentaux de la colonie du Cap.
Les uns et les autres, épars sur un territoire sans eau, ne foisonnent guère : on les évaluait vers le milieu du siècle à une cinquantaine de mille individus, faible reste de centaines de milliers de Nama qui auraient jadis vécu dans l'Afrique australe. D'après Palgrave, ils ne seraient plus même 20 000, dont près de 17 000 Grands Nama-Koua et 3 000 Petits Nama-Koua.
Ce sont là des Hottentots, et jadis ils étaient considérés comme les plus purs représentants de la race. Ceux qu'on appelle la « Nation Rouge », les Geïkous de la région montagneuse située au sud-est de la baie deWalfish, sont les Hottentots ou Khoïn par excellence et se vantent d'avoir été les premiers conquérants du pays; ils sont au nombre d'environ 2 500. Les Topnaar ou les « Plus hauts », les « Premiers », qui se sont groupés pour la plupart dans le territoire anglais de la baie, sont bien déchus aujourd'hui, et même les plus dégénérés des Nama. D'autres, au contraire, notamment les Oerlam, dont le nom primitif Orang Lami, « Vieilles Connaissances », leur aurait été donné par les marins du Cap, sont plus ou moins mélangés d'éléments divers et l'on retrouve chez eux quelques traces de sang européen ; pendant le cours de ce siècle ils combattirent les Herero avec acharnement. Tous guerriers et pasteurs, habitant des huttes hémisphériques formées de branches et d'écorce, les Nama-Koua n'ont que les industries rudimentaires convenant à leur genre de vie : ils découpent et préparent le cuir, aiguisent et emmanchent les
U Afrique Australe. chapitke
armes, fabriquent des jattes en bois pour contenir le lait des vaches et l'eau des fontaines.
Errant à la recherche des bons pâturages, les Grands Nama-Koua vivent en clans séparés les uns des autres, ayant chacun son chef et son conseil de douze vieillards. Le roitelet a d'autant plus de pouvoir qu'il descend d'une race plus illustre et qu'il a remporté plus de victoires. Mais depuis que les colons du Cap et les Boers de l'est entourent leur territoire, depuis que les gros marchands parcourent leurs montagnes pour y acheter les troupeaux et que des mineurs allemands étudient leurs rochers pour y chercher les veines de métal, les chefs, devenus chrétiens de nom, perdent rapidement de leur autorité; on ne les redoute plus en proportion du nombre de leurs guerriers, on ne les estime que pour leur richesse en bétail.
Et la race même, trop faible pour se défendre contre les éléments de désagrégation, paraît condamnée. Les Petits Nama- Koua ne parlent plus le hottentot; les missionnaires établis chez les Grands Nama-Koua ont cessé d'apprendre le nama, et depuis 1882 toutes publications religieuses dans ce dialecte ont été interrompues : il devenait inutile d'écrire des livres dans une langue que demain personne ne comprendra et que le hollandais, l'un des deux idiomes de la civilisation dans l'Afrique australe, a déjà remplacée. Le nama, qui fut le plus pur des dialectes hottentots, va rejoindre d'autres parlers de même origine, dont il ne reste plus que des noms de montagnes et de ileuves, presque tous dénaturés. Les débris des tribus Nama qui vivent dans les plaines orientales se confondent avec les Bushmen méprisés.
Pour nous servir des expressions mêmes de Dove, « les Nama sont le peuple le plus intéressant du Protectorat, et l'un des débris de race les plus intéressants du monde ». Bien mieux conservés que leurs frères les Hottentots du Cap, qui sont presque absolument dénationalisés, ils ont gardé des coutumes, des idées, des qualités remarquables, et ces « jaunes terreux », que le météorologiste allemand a tendance à croire teintés de sang malais, sont d'après lui une race intellectuellement supérieure : non seulement les Nama, mais les Hottentots, dont les Nama sont la peuplade la moins transformée jusqu'à ce jour. Or, par une injustice sans égale, ils ont toujours passé pour une des nations les plus dégradées et les plus obtuses qu'il y ait au monde.
Les 200 000 indigènes du Protectorat se diviseraient approximativement comme suit, d'après les évaluations les plus probables :
Afrique allemande du Sud-Ouest.
AFRIOIIE ALLEMANDE. REPARTITION DES LNDIC.E
Dama-Ra du Bétail