DÉVELOPPE- MENTS DE LA COLONIE; ÉTAT ACTUEL; A VENIR PROBABLE
A côté des 200 000 naturels, Cafres, Hottentots et peuplades mêlées, il n'y avait pas 3 000 Blancs dans le Protectorat, au l^"" janvier 1899; ils se divisaient ainsi :
Allemands Boers. . . Anglais. .
Autres . .
1879, dont 776 soldats et employés.
637, pasteurs et agriculteurs.
278, prospecteurs, mineurs, traitants.
L'année même de la prise de possession, et dans la même saison, au commencement de 1884, une quinzaine de familles de trekkers hollandais s'établirent dans le pays de TOndonga, près d'une grande source, « Groot-Fontein », qui jaillit à l'est de la lagune d'Etocha, et fondèrent une « république » à laquelle ils donnèrent le nom d'Upingtonia, en l'honneur d'un personnage politique, premier ministre de la colonie du Cap. Le nouvel État comprenait, du moins sur la carte, un espace de 50 000 kilomètres carrés, divisé en lots de 2 400 hectares, et les immigrants étaient invités à venir coloniser la contrée. Mais la mort violente de leur chef, Jordan, et des difficultés avec les indigènes obligèrent ce petit groupe de Boers à se placer sous le protectorat de l'Allemagne.
637 Boers au l'^'' janvier 1899, contre 769 en 1896, il en est donc parti dans ces trois ans plus qu'il n'en est arrivé. Presque tous, 368 sur 637, vivent dans le sud-est du Protectorat, chez les Nama-Koua , dans les districts de Gibeon et de Keetmanshoop, aux confins du Kalahari etdu plateau des Be-Chuana. Les Allemands étant surtout jusqu'à ce jour militaires, fonctionnaires, propriétaires, professeurs, instituteurs, ouvriers, les Boers sont provisoirement l'élément agricole, ou, pour mieux dire, pastoral de la colonie du Sud-Ouest.
Les espérances des patriotes allemands, qui, dans l'enthousiasme de posséder enfin une colonie, parlaient déjà d'y détourner l'émigration, alors si considérable, des Germains
aux États-Unis, ne se réalisèrent point immédiatement, et même ne peuvent se réaliser que tout petitement, car le pays ne se prête pas à une colonisation en masse. D'ailleurs, il fallait avant tout le reconnaître, y rechercher les lieux vitaux, les points d'eau, les vallées et vallons cultivables, y tracer des routes, et aussi s'en assurer la possession en s'imposant, non pas à un peuple patriote, puisque ce recoin d'Afrique n'a point élevé de nation unie, bien cimentée, mais à des tribus fragmentées, à des peuplades diverses.
Les Allemands ont fait et font tout cela : non sans lenteur, mais patiemment, avec méthode. La conquête n'a pas coûté trop de sang et d'argent. Ceux qui ont le plus délibérément résisté, ce ne sont ni les 100000 Beest-Kaffers, ni les 33 000 Ova-Mbo, ni les 35 000 Klip-Kaffers, mais les Nama pourtant si pauvres et si peu nombreux. Sous la conduite d'un des leurs, Hendrik Witbooi, homme intrépide et de haute valeur, ils ont donné beaucoup « de fil à retordre » au major von François et furent enfin définitivement vaincus par le major Leutwein en 1894, dans le défilé de Nau. A peine faut-il noter en passant la petite guerre contre les Khauas, pillards hottentots, en 1896, et des escarmouches, toujours contre des bandes de Hottentots, en 1897 et 1898.
La Deutsch Sûdwest Afrika est donc bien conquise et entièrement pacifiée, au moins en apparence; mais, pour plus de sûreté, l'occupation militaire s'y développe tous les jours, de même que le réseau de l'administration. Le corps d'occupation, d'environ 730 hommes, a son quartier général à Gross Windhoek, plus communément et plus brièvement appelé Windhoek, cette ville est en même temps la capitale du Protectorat; et des détachements à Franz Fontein ou Ombomba, à Ontyo, à Groot Fontein, chez les Dama-Ra des Montagnes; à Omaruru sur le fleuve de ce nom; à Ohahandya sur le haut du Tsoakhoab, à Otyimbingue, plus bas sur le même fleuve, et près de son embouchure; à Rehoboth, chez les Bastaards; à Gibeon, à Bethanien, à Keetmanshoop, dans la montagne des Nama Koua; à^Yarmbad, tout au sud du Protectorat, non loin de la rive droite de l'Orange.
La recherche des points d'eau se poursuit activement, et son importance est capitale, car pas d'abreuvoirs, pas de bétail; et celle des étranglements précédés d'une expansion de val où peut s'amasser en lac l'eau des torrents, se continue dans la région de haute et moyenne montagne, car pas de barrages-réservoirs, pas de cultures. Pour l'instant. Th. Rehbock, envoyé dans le pays par une « Société d'irrigation de l'Afrique allemande du Sud-Ouest », propose d'arrêter divers courants :
DOUZIÈME Afrique allemande du Sud-Ouest.
quatre dans le pays des Herero, deux dans celui des Nama; et d'après lui ce ne serait là qu'un commencement, le Protectorat se prêtant eu une multitude d'endroits à l'emmagasinage des eaux de crues.
Les quatre barrages-réservoirs chez les Herero seraient : celui d"Avispoort, sur le torrent de Klein Windhoek, à 3 kilomètres à l'est de la ville de Windhoek, derrière une digue de 156 mètres, capable de 380 000 mètres cubes à 10 mètres de hauteur de digue, de 3 700 000 à 20 mètres de hauteur; celui de Pokkiesdraai, à 3 kilomètres au nord de ce même Windhoek, sur le torrent dit de Gross Windhoek, réservant de 2 300 000 à 17 millions de mètres cubes, suivant que la levée aura 10 ou 20 mètres d'élévation; celui d'Aris, qui profitera d'un étranglement de 60 mètres seulement , à 24 kilomètres sud de Windhoek, sur une petite rivière relativement abondante du bassin de l'Orange descendue des monts Auas, pourra retenir 2 810 000 mètres cubes (à 10 mètres) ou 19 300 000 (à 20 mètres) ; celui de Hatsamas, à 30 kilomètres au sud-est de Windhoek, près de ce qui fut le kraal royal du potentat des Grands Nama- Koua, arrêterait, sur le cours d'un sous-affluent de l'Orange, de 4 490 000 à 29 430 000 mètres cubes, selon qu'on monterait sa digue à 10 ou 20 mètres.
Quant aux deux barrages proposés dans le pays des Nama, celui d'Osis ou Ansis, au nord de Bethanien, dans le bassin de l'Orange, recueillerait de 1 150 000 à 5 700 000 mètres cubes; et celui de Naauwte, au sud de Keetmanshoop, au débouché d'un bassin de 9 000 kilomètres carrés, sur le Chamob ou rivière « des Lions » , tributaire de l'Orange, de 1 740 000 à 13 500 000, toujours derrière un mur de 10 mètres d'élévation ou derrière un mur de 20 mètres.
Le difficile, tout au moins dans la montagne des Herero, n'est pas de créer des barrages, étant donné qu'il y a des pluies, des bassins, des rétrécissements, c'est plutôt de trouver, dans les vallées, presque toujours extraordinairement resserrées, quelques dizaines, quelques centaines et, bien rarement, quelques milliers d'hectares de bonnes terres planes à sou mettre à l'arrosage.
Quant aux abreuvoirs pour le bétail on en trouvera toujours assez. Dans les bons pâturages du pays tout à fait élevé, l'eau courante n'est pas trop rare, et plus à l'ouest entre la haute montagne et le Namib, là où ruisseaux et sources manquent, l'élevage ne sera jamais intensif, mais au contraire très extensif : à tel degré qu'en certains districts où la pluie est rare, où le gazon ne se renouvelle qu'après de longues averses, il faudra 50 000 hectares au moins, d'après Dove, pour nourrir 1 000 boeufs seulement !
V Afrique Australe. chapitre douzième
Ainsi, et toute exception faite du nord et du nord-est du Protectorat, qui paraissent bien mieux doués que le centre et le sud, quelque peu d'agricultui^e riche, grâce à des travaux coûteux d'hydraulique, et pour le reste l'élève extensive du bétail, tel se présage l'avenir agricole de l'Afrique allemande du Sud- Ouest.
Cette région finira par nourrir des bêtes domestiques, non pas innombrables, mais pas trop disséminées, elle qui entretenait et entretient encore des bêtes sauvages en foule; mais celles-ci reculent devant les bourgades européennes. Le lion, encore commun dans l'orient de la colonie, se trouve par hasard un peu partout, et qui, d'ailleurs, suit dans leurs retraites et leurs migrations les animaux dont il se nourrit; encore çà et là des bandes d'éléphants; le léopard et le guépard se montrent fréquemment, ainsi que le chat-tigre, le lynx sud-africain et un chat semblable à notre chat sauvage. Les hyènes sont très nombreuses, tant les rayées que les tachetées; très répandus aussi les chacals et leurs cousins les ajacals; parmi les singes une sorte de babouin; puis, surtout (ou uniquement) dans le nord et le nord-est, des girafes, des couaggas, de grands troupeaux d'antilopes de diverses espèces, quelques rhinocéros; des autruches, par troupes de cent, dans le Namib, principalement dans le Namib septentrional; et des crocodiles dans les ouamarâmba ou coulées sorties du Cunene. Les serpents, les lézards et sauterelles sont représentés par de nombreuses espèces. Un des ophidiens de ce pays, que les sorciers avaient autrefois l'art de charmer et qu'ils amenaient même auprès de la couche des malades, le redoutable cuspedeiro ou « cracheur » des Portugais d'Angola, atteint jusqu'à 8 mètres de longueur; les scorpions ne manquent pas.
Les bêtes qui peuplent maintenant les hauts pâturages sont les animaux domestiques importés d'Europe, bœufs, chevaux, moutons et chèvres. Avant l'arrivée des espèces européennes il y avait ici deux races indigènes de bœufs : la race ova-mbo, petite, semblable à celle de l'Angola, et la race herero, très haute sur jambes, assez effilée et pourvue de cornes tellement écartées que leurs extrémités peuvent être à près de 2 mètres l'une de l'autre. Ces bêtes sont admirables de résistance; instruites par le climat, elles restent jusqu'à trois et même quatre journées sans boire; leur allure est dégagée, leur pas plus rapide que celui de nos bœufs. Les moutons autochtones ne sont pas exactement des porte-laine, ils méritent plutôt le nom de porte-poils; ils appartiennent à la race à queue graisseuse : on en a vu dont 1' « appendice » pesait quatre ou cinq kilogrammes, on dit même huit. La chèvre varie
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