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EXTENSION DE LA COLONIE DU CAP EN

Ede Gr

D'apréa M.Hardy.

Colonie du Cap.

.fGl.

Parlement colonial, les habitants de langue hollandaise reconquirent le droit légal pour leur idiome, et, depuis, leurs mandataires peuvent employer cette langue dans la discussion des affaires publiques.

Tandis que les Anglais créaient de la sorte une Nouvelle- Angleterre à côté d'une Nouvelle-Hollande, les Hollandais austraux étendaient indéfiniment leur première patrie, si petite au début et restreinte à la banlieue du Cap.

V Afrique Australe. chapitre

Les « Britishers » n'ont jamais passé pour des voisins aimables; on leur a toujours reproché beaucoup de morgue et peu de compréhension de ce qui n'est pas la vieille Angleterre, ses mœurs, sa constitution, ses lois, sa civilisation très spéciale. Dès l'abord, ils jugèrent les Hollandais du Cap comme un peuple grossier, nullement civilisé, et en effet il ne l'était guère, et ne l'est pas encore dans le sens anglais du mot. Quand le gouvernement de la Grande-Bretagne s'empara définitivement de la colonie néerlandaise en 1806, par une victoire à trois contre un de soldats aguerris sur de pauvres milices, il n'y avait dans le pays du Cap qu'une seule ville des plus modestes, la capitale, et rien que de petits bourgs, des villages dénués de luxe, manquant même trop souvent du nécessaire, et d'assez misérables fermes dispersées jusqu'à la frontière indécise entre les blancs et les sauvages. Bref, la nation naissante des Boers était faite d'une foule d'ignorants et d'indisciplinés.

Dans leur zèle sincère pour les naturels et pour les esclaves qu'ils évangélisaient, les missionnaires protestants trouvèrent aux Boers des défauts imaginaires à côté des défauts réels; ils leur reprochèrent et dénoncèrent à Londres des coups, sévices, injures graves et crimes de lèse-humanité commis (ou non commis) par les maîtres hollandais sur leurs serfs. Au lieu de prêcher la paix en haut lieu, les « ministres de Dieu » prêchèrent la guerre, et rapidement ils devinrent odieux aux Boers, eux et le gouvernement qui leur donnait raison; et les Boers devinrent odieux à l'opinion anglaise.

Conseillées par le gouvernement britannique et, tantôt de bon gré, tantôt la main forcée, les autorités du Cap décrétèrent des mesures, les unes justes, d'autres injustes, beaucoup étaient prématurées, qui finirent par irriter très désagréablement les « Afrikanders », c'est-à-dire les colons dès longtemps fixés sur le sol, en d'autres termes, les Hollandais austraux. La libération des esclaves mit le comble à leur exaspération. La valeur du « bétail » nègre de la colonie avait été fixée à 3 041 290 livres sterling, soit environ 76 millions de francs, et cette somme devait être partagée entre les propriétaires au prorata des têtes de leur « domesticité » forcée. Les colons avaient accepté ce dédommagement, et grande fut leur fureur quand ils apprirent que le gouvernement anglais avait abaissé l'indemnité à 1247 401 livres sterling, ou quelque peu plus de 31 millions de francs, que réduisirent encore, et notablement, les prélèvements d'agents peu scrupuleux.

L'émancipation des esclaves ayant été promulguée en 1833, le Grand Trek, l'événement le plus mémorable dans l'histoire de la nation sud-africaine, commença en 1836.

DEUXIÈME Les Hommes.

Ce mouvement d'émigration vers le Grand Est, le Grand Nord, partit des régions orientales de la colonie, des districts de Beaufort, Graaf-Reinet, Somerset, Uitenhage, Albany; des vallées sillonnées par les fleuves Gamtoes, Zondag (Sunday) et Groot Visch-rivier (Great Fish-river). « La moitié occidentale du Cap (et même plus de la moitié) ne contribua que pour deux centièmes à l'exode », dit Marcel Hardy {Faits de V histoire Sud-Africaine : les Anglais et les Boers); et c'est justement celle qui renfermait le plus d'esclaves : environ les cinq sixièmes de tous ceux du pays. L'émancipation ne fut donc pas la seule cause du Grand Trek.

Lors de ce départ d'un peuple élu de Dieu — ce que les Boers croient fermement être — un des « Moïses > de cette émigration « hors d'un pays d'Egypte, d'une maison de servitude *, Pieter Relief, manifestait comme suit les doléances, les volontés et l'espoir des « trekkers » :

« Désespérant de sauver notre pays des misères que lui causent des noirs de toute race et ne voyant pour nos enfants aucune paix possible dans une contrée si troublée; ayant tant souffert des lois vexatoires qui ont suivi l'émancipation des esclaves; nos fermes ne cessant pas d'être pillées par les Cafres et autres nègres; les Anglais nous ayant tant calomniés sous des prétextes religieux, et leurs calomnies ayant été crues de tous sans qu'on entende d'autres témoins que les leurs; nous maintiendrons notre liberté ; nous nous refusons à toute servitude; nous partons avec l'espoir d'une vie plus tranquille; nous ne nous battrons que si l'on nous vexe ou l'on nous attaque. Nous comptons bien en avoir fini avec les Anglais et jouir dorénavant d'une indépendance absolue ». Mais les Anglais ne devaient pas les lâcher de si tôt !

Les grands départs des Boers en 1836 et en

IX 1837 laissèrent vides, dans les bassins des trois

TEEKs fleuves Gamtoes, Zondag et Great Fisch-river,

ET de vastes terrains de dépaissance et de culture

TREKKERS que Ics Anglais de la région orientale de la colonie

s'empressèrent d'occuper, ce qui ne laissa pas

que d'accroître notablement leur domaine ethnique.

Il faudrait des volumes pour conter l'étonnante histoire de ces treks ou « pérégrinations » des Hollandais du Cap à la recherche d'une patrie où ils pussent rester libres, hors de toute ingérence des Anglais détestés.

Malheureusement pour eux, les Anglais les ont suivis partout. Dès que les Boers ont eu conquis un pays sur les Cafres, sitôt que ce pays a été paisible, lorsque les premières villes y

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sont sorties de terre, les possesseurs du Cap sont arrivés, qui ont réclamé pour leur « très gracieuse reine » la souveraineté tranche ou la suzeraineté hypocrite des terres enlevées par les Hollandais à la grande race des Bantou.

L'une des deux bandes d'émigrants prit la route de l'Océan des Indes; elle y avait été déjà précédée. Les premiers Boers s'étaient montrés dès 1834 sur les cols des montagnes qui se lèvent à l'orient du plateau et les avaient franchis, à force de patience et d'énergie, avec leurs longs, larges et lourds vagons attelés de plusieurs paires de bœufs. Ces vagons, ces célèbres chariots, ont été de tout temps et restent encore — on le voit dans la présente guerre — une sorte d'« institution » nationale du peuple des Boers.

Dès que les Hollandais commencèrent à se répandre sur l'Afrique du Sud, ils se trouvèrent dans une contrée sans aucune espèce de routes, avec des sentiers à peine indiqués et moins reconnaissables par le passage des hommes que par les foulées des grosses bêtes allant boire aux fontaines ou aux rivières : pistes inégales à travers le sable ou la boue, la brousse ou les pierres.

Pour la fonction, ils créèrent l'organe. Ils imaginèrent des charrettes d'un bois à la fois très élastique et très dur, grinçant et gémissant à chaque cahot; ils prirent soin de leur donner une grande largeur, pour que la caisse ne versât pas aux secousses violentes, et ils la divisèrent en compartiments pour les vivres, objets de ménage, marchandises et couchettes; une forte toile abrita du vent, de la poussière et des pluies les voyageurs étendus dans la maison roulante.

D'ordinaire, plusieurs familles émigraient ensemble pour se protéger mutuellement en temps d'orage ou bien en cas d'attaque des naturels ou des fauves. Six, dix chariots se suivaient en serpentant sur la piste, attelés chacun de plusieurs paires de bœufs aux longues cornes, à la tète abaissée par le joug, mais le mufle libre de rênes; le conducteur les animait de la voix, appuyant parfois ses ordres d'un coup de son énorme fouet de plusieurs mètres de longueur. Presque toujours un garçon courait devant le premier couple de bœufs, le faisant obliquer à droite ou à gauche, et même nageait devant les animaux, au passage des rivières, les encourageant par son exemple, les empêchant de s'arrêter pour ne pas faire chavirer tout l'attelage poussé par le courant.

Aux escalades de rochers, les bêtes de trait étaient souvent insuffisantes, bien que le chargement de chaque vagon ne dépassât pas une tonne. Il fallait alors doubler le nombre des animaux devant les chariots de tête : dix, douze paires de bœufs

DEUXIÈME Les Hommes.

les tramaient au delà du pas difficile, puis revenaient en arrière pour reprendre les chariots de queue abandonnés temporairement sur la route. Parfois même, il fallait démonter les véhi- , cules et les transporter pièce à pièce avec tout le chargement au-dessus des parois de rochers. Fréquemment les bètes succombaient à la fatigue, et l'on campait alors dans le désert, en attendant que les messagers eussent amené des renforts. Le soir on disposait les vagons en cercle, on allumait de grands feux pour écarter les bêtes féroces dont on apercevait parfois les yeux ardents briller entre les broussailles, et jusqu'aux heures tardives de la nuit on se reposait des fatigues de la journée, par la musique et la danse.

Et malgré les dangers, malgré les ennuis de ces voyages, on se les rappelait toujours avec joie et on les recommençait avec bonheur.

On peut dire sans grande exagération qu'avec le tir du fusil, le maniement des vagons de famille, de ces chariots tricolores, vert, rouge et jaune, fait toujours le fond de l'éducation des Boers. C'est à leur habileté, à leur patience, à leur imperturbable sang-froid dans la conduite des chars à bœufs, que les « commandos » grands ou petits de Joubert, Cronje, Botha, de Wet. Delarey, et de tant d'autres jeunes ou vieux capitaines ont dû d'avancer si souvent à propos ou de reculer si souvent à temps, en 1899 et en 1900.

A la fin de 1837, près d'un millier de ces Boers X avaient déjà traversé le seuil des Draken-bergen,

LES BOERS pour redescendre dans les vallées du versant EN NATALiE oriental. Mais le roi des Cafres Zoulou, Dingaan, ET SUR LES qui avait d'abord favorisé l'entrée des colons dans GRANDS le territoire dépeuplé par son frère, prit peur à la PLATEAUX vue de ce flot toujours grossissant d'étrangers : sous prétexte de fêter les Boers à l'occasion d'une cession de terres, il les invita dans son camp et les fit égorger. Ainsi commença une guerre sans merci. Dans une première rencontre, sur le bord d'un affluent méridional de la Tugela, qui s'appela depuis lors en néerlandais Moordspruit ou « Bu du Meurtre », près de sept cents Hollandais, hommes, femmes, enfants, furent massacrés : le nom de Weenen ou des « Pleurs » désigne encore le lieu funeste oîi s'accomplit la tuerie. Cependant les survivants, retranchés dans l'enceinte formée parleurs vagons, et tirant par les ouvertures laissées entre les toiles, finirent par repousser les bandes d'assaillants qui les entouraient. Les balles eurent raison des sagaies, et bientôt les blancs reprirent l'offensive ; ils franchirent même la Tugela pour aller

L'Afrique Australe. chapitre

attaquer les Zoulou dans leurs villages. En 1840, ils étaient définitivement les maîtres, détrônaient Dingaan pour le remplacer par son frère Panda, désormais leur allié, et fondaient la libre république de Natalia, nom sous lequel le pays est encore désigné par les Hollandais du Transvaal. Ils donnèrent à leur capitale, Pietermaritzburg, les noms unis des deux principaux pionniers de l'émigration, Pieter Relief et Gevrit Maritz. Le gouvernement du Cap ne voulut pas reconnaître le nouvel État et s'empressa d'envoyer des troupes pour en prendre possession au nom de l'Angleterre. Ainsi qu'il arrive ordinairement en matière d'annexion, les prétextes d'humanité servirent à masquer les ambitions de conquête : les Anglais s'emparèrent de Natal par « philanthropie », afin de protéger les Hollandais contre les Zoulou et les Zoulou contre les Hollandais. ]\Iais ceux-ci ne demandaient nullement à être protégés. Après avoir battu les envahisseurs dans une première rencontre, ils furent obligés de céder au nombre et de se retirer dans les hautes vallées. Quelques-uns d'entre eux restèrent; mais la plupart des chefs de famille, irrités d'avoir fait en vain, au prix de tant de sang, la conquête d'un pays qu'on venait de leur ravir, attelèrent leurs bœufs pour un nouveau trek et, remontant les pentes des Draken-bergen, allèrent rejoindre leurs compatriotes de l'Orange.

Une autre bande roula ses convois vers le nord, sous la conduite d'Hendrick Potgieter. Elle eut, comme celle de Retief et de Maritz, de tragiques démêlés avec les Cafres, dès qu'elle eut dépassé le fleuve Orange et qu'elle se fut aventurée au loin parmi les tribus errantes. Cette caravane de pionniers fut suivie de quelques autres et, peu à peu, naquit un nouvel État sur le plateau d'Orange. Mais — et c'est toujours la même conclusion

les agents de l'Angleterre se portèrent à la suite de ces

colons qui échappaient à leur pouvoir, et, en 1848, la « souveraineté » britannique fut proclamée au nord de l'Orange. Les Boers résistèrent et, comme au Natal, ils eurent d'abord le dessus ; mais, incapaljles de prolonger la lutte contre les Anglais et les Gri-Koua confédérés, ils durent fuir ou se soumettre. Les uns, se refusant à subir la domination britannique, continuèrent leur exode dans la direction du nord, où ils fondèrent la nouvelle république du Transvaal ; les autres restèrent dans le pays, demeuré hollandais grâce à eux jusqu'à ce jour.

Les trekkers qui, fuyant l'Anglais détesté, franchirent le Vaal pour établir le Transvaal, comme ils venaient de fonder ce qu"on pourrait nommer le « Transorange », n'eurent pas moins de terribles aventures que dans le Natal et sur le plateau de ce Transorange ou » Cisvaal ». Quand ils arrivèrent au pays

DEuxiÈiME Les Hommes.

où s'élève aujourd'hui leur ville de Potchefstroom, ils se heurtèrent contre le terrible chef des Ma-Tabelé, l'un des plus redoutables « mangeurs de peuples » qu'il y eût alors dans l'Afrique australe. La plupart des trekkers furent exterminés, mais ceux qui restèrent réussirent à chasser les indigènes et à se raain-

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