‹ L'Afrique australe: cette description mise à jour entièrementChapitre 7 sur 92 · EXTENSION DE LA COLONIE DU CAP ET MIGRATIOSS DES BOERS EN · texte numérisé non relu

EXTENSION DE LA COLONIE DU CAP ET MIGRATIOSS DES BOERS EN

E.deGr. 15°

D'après M Hardy.

Ç Colonie du Cap. %^ . Territoire boer.

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tenir sur les terrains occupés. De nouvelles recrues leur arrivèrent chaque année et peu à peu se constitua la célèbre république « Sud-Africaine ï qui, conquérant et essaimant à son tour, créa à l'ouest les États de Stella-Land et de Gossen, mais l'Angleterre les a confisqués — et à l'est la « Nouvelle République » que, par hasard, les Anglais ont laissée momentanément aux Boers transvaaliens, sans doute parce qu'elle est petite et surtout qu'elle ne touche pas à la mer.

L'Afrique Australe. chapitre

Malgré cette aspiration constante de Hollan-

XI dais du Cap par les républiques du plateau, Télé-

PROPORTIONS. ment néerlandais domine toujours grandement

RELATIONS daus l'aucienne colonie, et il est absolument pré-

DES DEUX pondérant dans l'ensemble de l'Afrique australe

KiCEs BLAX- anglaise. Surtout il s'est « ressaisi ». On com-

ciJEs EN prend combien ces treks, ces héroïques équi-

AFRiQUE pées des Boers, les victoires que les Transvaa- AUSTRALE lieus Ont remportées sur les Anglais en 1880 et 1881 ont exalté le sentiment national de tous les Néerlandais dispersés au sud de l'Afrique. Avant la guerre qui déchire en ce moment la colonie du Cap, le Natal, l'État libre d'Orange et le Transvaal, tous, même ceux du Cap, plus mêlés d'Anglais que les autres — encore sont-ils au moins deux contre un — espéraient bien que les Afrikanders finiraient par conquérir le pouvoir politique dans l'ensemble de ces régions où les gens de souche hollando-française l'emportent si grandement sur les « Saxons » et assimilés : d'autant que les femmes des Boers sont en général bien plus fécondes que celles des Anglais. Les Afrikanders — le nom le dit — ce sont les Africains, et, dans le sens restreint, les Blancs d'origine européenne qui ne sont pas nés en Europe, mais en Afrique, ou dont les pères, les grands-pères, les ancêtres ont vu le jour dans la vaste région qui s'achève au vieux Cap des Tempêtes.

Quoique disloqués en plusieurs États politiquement anglais ou serrés de très près par FAngleterre, les Afrikanders de souche hollandaise, presque tous parents les uns des autres, forment une grande famille d'une singulière cohésion.

Combien sont-ils"? Et combien y a-t-il d'Anglais vis-à-vis d'eux? On ne le sait pas absolument, faute de recensements tenant compte des langues parlées dans les diverses colonies et républiques de l'Afrique australe. Mais on arrive à un à peu près en recourant aux listes des adhérents des diverses sectes protestantes qui se partagent les habitants de la colonie.

A parler vrai, tous les calculateurs n'arrivent pas aux mêmes à peu près, et les résultats varient notablement selon que le calcul a été fait par un Anglais ou par un Germain, par un partisan de la supériorité des Anglo-Saxons ou par un zélateur de la Grande-Allemagne. Une des grosses difficultés de l'évaluation vient de ce que les participants de telle ou telle secte ne sont pas seulement de race blanche : membres de l'église réformée de Hollande, membres de l'église d'Angleterre, Presbytériens, Indépendants, Wesleyens, Méthodistes, Luthériens, Frères moraves, Baptistes, disciples de la mission rhénane — sans rien dire des Catholiques, des Mahométans, des Juifs. Les nombres

DEUXIÈME Les Hommes.

exprimant le total de ces diverses manières de comprendre l'incompréhensible n'ont rien d'ethnographique ou de linguistique, ils réunissent tous les blancs venus d'Europe, d'Amérique, d'Australie, les métis de toute espèce, les noirs et les cuivrés, les Hindous, etc.

Tout pris en compte, listes religieuses, fréquentation des temples, registres scolaires, il ne paraît pas possible d'admettre les statistiques anglaises qui concluent à plus de 350 000 Anglais contre un peu plus de 400 000 Boers. Entre autres erreurs, elles élèvent beaucoup trop haut le nombre des « Britishers » dans le Transvaal ; elles admettent en gros que tous les individus attirés par les mines d'or sont des gens de langue anglaise, tandis que beaucoup d'entre eux sont des Allemands, des cosmopolites et aussi, en très grand nombre, des hommes venus des colonies du Cap et qui, par cela même, sont, en forte majorité, des Hollandais.

250 000 Anglais au plus, et 550 000 Boers au moins, voilà probablement la force comparée des deux éléments. Les Afrikanders néerlandais et les Boers dépassent les sept dixièmes, et les cinq centièmes d'Allemands qui vivent en Afrique australe peuvent être ajoutés à leur bloc germanique, en face du bloc anglais.

Un point noir dans l'avenir qu'espèrent les Hollandais austraux, c'est l'influence sociale, commerciale, intellectuelle de la langue anglaise, de ses écoles, de ses collèges, de ses journaux, comme le montre, dès le milieu du siècle, l'écart sans cesse grandissant entre les publications périodiques des deux idiomes. Déjà en 1875 la publicité anglaise était sextuple de celle qui se faisait en langue hollandaise.

Pourtant, il semble que sur ce terrain, là oîi la lutte est la plus défavorable pour lui, l'Afrikander hollandais n'hésite plus à faire front à l'Anglais.

Les écoles hollandaises se sont multipliées : écoles primaires en grand nombre, et quelques écoles secondaires soutenues par le taalbond ou « ligue du langage », fondée en 1890. Deux grandes sociétés nationales sont nées : l'Union sud-africaine et l'Afrikander Bond. Celui-ci, plus modéré que celle-là, compte près de 10 000 membres et il a pour organes les journaux 0ns Land (Notre pays), publié au Cap, et Laiid en Volk (Pays et Peuple), publié à Pretoria en Transvaal. L'Union sudafricaine a pour devise : « L'Afrique aux Afrikanders » ; pour porte-voix l'Ons Tijdschrift (Notre Revue) au Cap et la Volksstem (la Voix du peuple) à Pretoria ; elle a réuni 11 000 à 12 000 sociétaires. De plus, deux associations se sont fondées en Europe pour le maintien de la langue hollandaise dans

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l'Afrique australe : la Nederlandsch Zuidafrikaansche Vereeniging (Société néerlandaise sud-africaine) à Amsterdam, forte de 2 200 membres, dont 424 en Afrique ; et l'Allgemeen Nederlandsch Verbond (Union générale néerlandaise) à Gand, qui comprend 3 000 sociétaires, dont 1 100 en Afrique.

Aux débuts de la guerre des Anglais contre

les Boers en 1899, la presse hollandaise de

xii l'Afrique australe mettait en ligne 72 journaux

LA LANGUE OU rcvucs, dout 40 dans la colonie du Cap, 25 en

HOLLAX- Transvaal, 5 dans l'Etat libre d'Orange, 1 en

DAisE Natal, 1 en Be-Chuana-Land. Là-dessus 15 étaient

D'AFRIQUE écrits dans les deux langues hollandaise et

anglaise : 10 dans la colonie du Cap, 3 dans l'État

d'Orange, 2 en Transvaal ; 9 paraissaient au Cap, 9 également à

Pretoria, 5 à Bloemfontein, 5 à Burgersdorp, 4 à Paarl, 3 à

Potchefstroom. Ainsi se défend la langue de ce peuple, suivant

la devise : De Taal is gantsch het Volk ! La langue c'est toute

la nation !

Le hollandais austral ne ressemble plus tout à fait au hollandais d'Europe, à l'idiome classique. Il est plus simple, plus normal en ce sens qu'il a perdu plusieurs des irrégularités, des exceptions du néerlandais d'Europe; plus logique, plus clair, plus court également, et plus doux par suite de la chute de consonnes dures ou gutturales. « Ainsi, dit Charles de Coutouly, Wagen, voiture, est devenu Wa; dragen, porter, dra; Krijgen, acquérir, kry; Morgen avond, demain soir, s'est changé en morre aand. Quant au vocabulaire, il est resté très pur, très germanique, beaucoup moins chargé de scories étrangères que celui de la littérature néerlandaise, et cela se comprend : les Hollandais austraux vécurent longtemps séparés du monde, comme, en Crète, les Sphakiotes, qui parlent encore le vieux dialecte dorien. Les huguenots perdirent de bonne heure toute iniluence sur la langue, puisqu'on défendit l'usage du français. Nous ne compterions peut-être pas, en afrikaans, douze mots d'origine française. Quand les Afrikanders ont fabrique des mots pour désigner des choses nouvelles, ils en ont toujours demandé les éléments à la langue mère, restant ainsi plus fidèles au hollandais que leurs cousins d'Europe : ils ont inventé notamment lumrwa. voiture à feu, et ysterpaard, cheval de fer, pour lokomotief; une allumette, pour eux, n'est pas un lucifer, mais un vuurhoutje (brin à feu). Enfin, verkleurmannetje, petit homme à couleurs changeantes, est un heureux synonyme de kameleon. Cette langue n'est donc pas plus mal bâtie qu'une autre ».

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