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DEUXIÈME Les Hommes.
Le peuple de cette langue, de cet afi'ikaans
^ austral, est l'un des plus décriés et des plus loués
xm qu'on connaisse : décrié par la plupart des mis-
CARACTÉ- sionnaires, qui voient encore en lui l'ennemi
BisTiQUE naturel des gens de couleur, et par les Anglais
DES qu'offense son dédain des formes de la civilisa-
BOERS tion courante, et spécialement de la civilisation anglaise; louange surtout par les Allemands qui espérèrent en lui comme dans le futur conquérant d'une moitié de l'Afrique au profit du « Deutschtum ». Il paraît bien, à la lumière éclatante de l'histoire, depuis le jour où les Boers se sont heurtés aux Anglais jusqu'à la guerre de 1899-1900, que les panégyristes ont raison contre les dénigrants, et que la race des Boers est du plus solide métal.
Rudes, il se peut, même grossiers, mais simples et virils, et proie d'autant plus facile pour le boutiquier, le marchand, le banquier britannique ou juif qu'ils sont honnêtes, francs, confiants, voire crédules; d'ailleurs ignorants, d'esprit étroit, asservis à la lettre plutôt qu'à l'esprit de leur christianisme.
Physiquement, très grands en moyenne, avec puissantes épaules, muscles solides; moralement, très flegmatiques, mais aussi très persévérants. Les femmes sont, elles aussi, grandes et fortes, et presque toutes laides et osseuses, comme taillées à coups de hache, sans la moindre distinction. Mais elles rachètent leur apparence peu féminine par toutes les vertus domestiques, et telle est leur fécondité qu'elles assureraient la possession future de l'Afrique australe à la race que si rapidement elles augmentent, si ce n'était la terrible poussée de l'immigration anglaise et cosmopolite. Comme les femmes des Canadiens-Français, elles sont la suprême ressource de leur peuple, et heureusement peut-être pour ce peuple, dans un ample territoire qui ne semble pas aussi infailliblement dévolu aux « Anglo-Saxons » que le demi-continent de l'Amérique du Nord.
En somme, ces lents et lourds, ces bigots qui ne lisent guère que la Bible et ne chantent guère que des psaumes, ces colosses qui ont toujours la pipe à la bouche, dans un visage soigneusement rasé, « béatement rusé, sous des cheveux ramenés en avant et coupés au niveau de l'arcade sourcilière », ces sauvages malpropres, comme aiment à dire les Anglais, possèdent quelques-unes des meilleures vertus de leur double origine hollandaise et française, et ils sont dignes de la liberté pour laquelle ils meurent.
A vrai dire, on ne peut plus comprendre les Néerlandais austraux dans une seule catégorie. Les caractéristiques des
U Afrique Australe. chapitre deuxième
Afrikanders nés, élevés dans les districts anciennement colonisés, ne sont plus celles des Boers, plus rudement éduqués, dans un milieu plus dur. Si le Hollandais du plateau a toujours la pipe à la lèvre, il a toujours aussi le fusil à la main et un cheval entre les jambes; ses pères ont chassé le lion, lui il a chassé le Cafre et l'Anglais ; c'est un homme d'action, c'est un guerrier, c'est un centaure, et presque un primitif. Tandis que l'Afrikander du Cap, principalement celui des villes, est un civilisé, un propriétaire, un viticulteur, un bourgeois, donc un homme de beaucoup moins d'endurance et de moins de force d'âme.