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NOUVELLEMENT ANNEXÉS

I. EXTENSION DE LA COLONIE VERS L EST : EMPIETEMENTS SUR LES CAFRES. Il II. EXTENSION DE LA COLONIE VERS LE NORD : LE GRIQUA- LAND. n III. AUTRE EMPIÉTEMENT VERS LE NORD : LE PAYS DES BE-CHUANA. Il IV. POPULATION DES COLONIES DU CAP : NATALITÉ, IMMIGRATION.

PENDANT que les Boers prolongeaient leur patrie au loin sur les plateaux dans la direc- EXTENSiON tion du Zambèze, les Anglais gagnaient de plus DE LA en plus au nord-est dans la direction du Natal. COLONIE De ce côté-là régnaient les Cafres, et, de part

VERS L'EST : et d'autre, les expéditions de pillage, les vols de EMPIÉTEMENTS bestiaux n'avaient pas de terme. A la fin de 1834, SUR LES la guerre devint générale. Les Anglais n'étaient CAFRES pas prêts, les Cafres l'étaient : en une semaine toute la marche orientale du Cap fut envahie, les fermes pillées, 230 000 têtes de bétail « britannique » enlevées, les fuyards et les retardataires égorgés.

Aussitôt le gouverneur du Cap, d'Urban, courut à la frontière ; la répression fut terrible et un nouveau territoire annexé à la colonie « mère ». Néanmoins les injustices de toute sorte commises à l'égard des indigènes avaient été si flagrantes que le ministère anglais, cédant à la pression de l'opinion publique, refusa de sanctionner les actes du gouverneur, déclarant, avec une franchise bien rare dans l'histoire des gouvernements : que les Cafres avaient « ample justification » pour leur conduite pendant la guerre; qu'ils étaient parfaitement dans leur droit

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en résistant aux empiétements de leurs voisins et en essayant « d'arracher par force la réparation qu'ils ne pouvaient obtenir autrement; qu'enfin la justice première était du côté des vaincus, non des vainqueurs ». Le territoire enlevé aux Cafres leur fut donc rendu, mais pas pour longtemps ; la politique d'empiétement ne tarda pas à l'emporter une fois de plus et la lutte « inexpiable » recommença presque aussitôt après, à la suite de meurtres amenés par le vol d'une hache.

Cette « guerre de la hache » débuta mal pour les colons, mais tout naturellement elle finit bien pour eux, après deux ans de massacres. D'où nouvelle rectification de frontières et le territoire de la colonie du Cap s'agrandit de l'espace qui s'étend du fleuve Great Fish au fleuve Kei sur une largeur d'environ 200 kilomètres. Cependant la partie orientale de cette nouvelle acquisition, à l'ouest de la Keiskamma, fut laissée provisoirement aux naturels, sous la suzeraineté du gouvernement anglais.

Trêve bien courte, malheureusement : deux années à peine. En 1880, violation de sépulture par des soldats anglais, attaque des villages européens établis dans les « confins militaires » ; évacuation forcée du territoire contesté ; deux ans de ravages, de fer, de feu, et victoire de l'Angleterre. Comment le pot de terre triompherait-il du pot de fer? Les Bantou comprirent que toute résistance était impossible.

Alors advint un des faits les plus extraordinaires que raconte l'histoire des nations. Se sentant impuissants à vaincre les envahisseurs de leur pays par des moyens naturels, les Cafres, saisis d'une folie collective, s'imaginèrent qu'ils le pourraient à l'aide d'un miracle. Les vivants ne suffisant plus, ils comptèrent sur les morts. Un prophète, Mhlakaza, parcourut la contrée, annonçant aux Ama-Kosa, ses compatriotes, qu'à une date prochaine tous les guerriers défunts, tous les héros célébrés par la légende, sortiraient de leurs tombeaux, et qu'euxmêmes, en ce grand jour, seraient transfigurés, jeunes, forts, superbes, invincibles. Mais, pour assurer la victoire, il leur fallait donner la preuve d'une inébranlable foi, tout sacrifier, tout, sauf leurs armes, tuer leur bétail, brûler leur grain, laisser les champs en friche, rester faméliques et nus en attendant l'heure du signal : alors, les troupeaux égorgés revivraient soudain, bien plus beaux et plus nombreux, et des moissons magnifiques enorgueilliraient la campagne.

La plupart des Ama-Kosa crurent le prophète : ils tuèrent leur bétail, brûlèrent leur grain, préparèrent de vastes étables et des granges pour leurs richesses futures, et des milliers d'entre eux, vingt-cinq mille, disent les uns, cinquante mille ou

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le tiers de la nation kosa, disent les autres, se laissèrent mourir d'inanition, dans l'attente du jour annoncé.

Ce jour ne vint pas, le désespoir s'empara des Cafres qui restaient : de guerriers qu'ils étaient, ils devinrent mendiants. Leur volonté de vivre libres était rompue, le dépeuplement du pays fît place nette aux colons, et le gouvernement du Cap introduisit plus de 2 000 Allemands dans les terres vacantes de l'ancienne Cafrerie, annexée défînitivement à la colonie du Cap jusqu'au fleuve du Kei. Depuis cette époque, la marche de la conquête ne s'est plus arrêtée, mais les annexions, faciles désormais, se sont faites par voie administrative; il a suffi d'ordre en Conseil pour en décider.

La colonie du Cap n'a donc plus rien à craindre des Cafres. Dans les pays de nouvelle annexion les indigènes sont encore les propriétaires presque exclusifs du sol, dans tout l'ancien domaine colonial compris entre l'Orange et le Kei, le seul qui soit partagé en divisions électorales et représenté au Parlement, il y a partout une forte population de blancs; en quelques endroits môme, notamment dans les villes et leur banlieue, elle l'emporte par le nombre ; dans les districts où elle est relativement le plus faible, les Européens, organisés, armés, défendus parla police et tout l'appareil administratif et militaire, bravent aisément les naturels appauvris, divisés et sans doute à jamais découragés.

Incessamment agrandie au nord-est, sur le

// littoral de la mer des Indes, la très envahissante

EXTENSios colonie, dépassant le fleuve Orange, a fait main

DE LA basse au nord sur le pays des Gri-Koua.

COLONIE Le pays des Gri-Koua c'est, officiellement, et

VERS LE à l'anglaise, Griqua-Land West ou « pays des Gri-

NOBD : LE Koua de l'Ouest », par opposition à une contrée

GRiQUA-LAXD dcux fois moius vaste, mais presque deux fois

plus peuplée, l'East Griqua-Land ou « pays des

Gri-Koua de lEst », situé « tras os montes », sur le versant de

la mer des Indes.

Cette région, annexée à la colonie du Cap en 1877, serait encore abandonnée à ses anciens maîtres indigènes et aux fermiers de race hollandaise ou métisse, si la découverte de diamants n'en avait fait une acquisition précieuse pour les Anglais du Cap.

Depuis longtemps déjà des fermiers riverains de l'Orange recueillaient des pierres fines; mais c'est en 1867 seulement qu'on en reconnut la valeur. Alors deux traitants se partagèrent le prix du premier « diamant du Cap », enlevé à un jeune

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Bushman. Deux ans après, un Gri-Koua trouvait un autre diamant, pierre superbe de 83 carats, qu'on appela « l'Étoile du Sud » et qui fut vendue près de 300 000 francs. Aussitôt les chercheurs de pierres précieuses accoururent vers le district de Hope Town, où s'étaient faites les trouvailles — et où, néanmoins, on n'a pas encore découvert de gisement — , puis on étudia les sables du fleuve jusqu'au confluent du Vaal et l'on remonta les bords de cette rivière; enfin, à 160 kilomètres de la jonction des deux cours d'eau, on atteignit les hautes plages diamantifères, fonds probables d'anciens lacs, et le grand rush, la « ruée », commença. Les aventuriers se précipitèrent en foule vers l'Eldorado, qui se trouvait alors presque sans habitants ; soldats, marins, déserteurs, garçons de peine, domestiques, blancs et noirs, arrivèrent en masse, chaque navire apportant au Cap un nouveau contingent d'hommes avides, mineurs et trafiquants, qui s'élancèrent à la recherche des champs d'or à travers les solitudes du plateau ; de mauvaises carrioles transportaient en quelques jours les gens fortunés sur les chemins raboteux, tandis que les pauvres, s'aventurant à pied, cheminant jour et nuit, demandaient leur route aux fermiers et aux pâtres hottentots.

Mais tous n'arrivaient point : des centaines de voyageurs faméliques, malades ou égarés, moururent le long de ce calvaire de plus de mille kilomètres, et les fauves dévorèrent leurs cadavres. Dans les camps des mineurs la mortalité fit rage, par le manque de bien-être, la mauvaise nourriture, le surmenage ; les excès de boisson causèrent de terribles épidémies d'un typhus qu'on appela « fièvre des mineurs », et chaque village se doubla aussitôt d'un cimetière.

De tout cela profita l'Angleterre. Dès Tannée 1871, un an après que l'annonce de merveilleuses trouvailles se fut répandue, le gouvernement invita le chef des Gri-Koua, un Bushman nommé Waterboer, à implorer la suzeraineté britannique et s"empressa de se rendre au désir qu'on lui avait fait exprimer. La conduite des Anglais en cette affaire fut « d'un cynisme insolent, et jamais peut-être dans l'histoire coloniale de l'Angleterre transaction ne fut plus déshonorante ». Déjà les mineurs avaient constitué la république indépendante d'Adamanta, mais on ne tint aucun compte de ce fait accompli ; d'autre part, l'État libre d'Orange considérait ce territoire comme lui appartenant. Mais force devait rester au plus puissant des compétiteurs, et, en 1877, les Boers du Vrij-Staat consentirent à céder le territoire contesté moyennant une somme de 2 250 000 francs.

Une ligne conventionnelle tracée à travers le plateau, de la rive droite de l'Orange à la rive gauche du Vaal, sépara

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désormais du territoire de la république hollandaise, pour le rattacher à la colonie du Cap, l'espace triangulaire compris entre les deux cours d'eau en amont du confluent. A cette région diamantifère on ajouta, pour compléter le territoire de la province, une partie du plateau montueux qui s'étend au nord de l'Orange vers le Kalahari et une portion notable du pays des Be-Chuana.

Le Griqua-Land occidental est une acquisition de tout près de 40 000 kilomètres carrés peuplés de 83 000 habitants au recensement de 1891, soit d'un peu plus de deux personnes par kilomètre carré.

A l'altitude moyenne d'environ 1 100 mètres, la contrée est fort salubre, en dépit des quelques fièvres causées chez les mineurs par les grands mouvements de terre; et, comme dans la colonie du sud, les Européens y augmentent en nombre par le surplus des naissances.

Bien que la contrée ait sa pente générale vers l'ouest, suivant le cours de l'Orange, c'est dans sa partie occidentale que s'élèvent les plus hautes saillies du sol : là, plusieurs buttes dépassent 1 400 mètres, et même le campement de Daniels- Kuil est à la hauteur de 1 616 mètres, tandis que le point le plus bas du territoire, sur le bord du fleuve, est à l'altitude de 900 mètres environ. Les chaînes de collines, de forme émoussée, d'aspect gris et monotone, qui bombent le plateau, s'orientent pour la plupart du nord-est au sud-ouest, parallèlement au cours du Vaal.

Dans les dépressions des plaines comprises entre les deux fleuves sont épars de nombreux pan.s ou « lagunes », presque tous de forme ovale, assez vastes pendant la saison des pluies pour qu'on puisse y lancer des embarcations et s'y livrer à la chasse des canards sauvages, mais à sec ou même remplacés par une couche de sel pendant le reste de l'année. Des groupes de mimeuses parsèment les pâturages.

Les Gri-Koua, qui ont donné leur nom au pays, sont généralement désignés par les Boers sous le nom de Bastaards : ce sont en effet des métis descendant des colons hollandais et de Hottentotes de diverses tribus, une population mélangée aux types les plus divers, de celui du Bushman à ceux du Cafre et de l'Européen.

En moyenne, on peut dire que les Bastaards sont vigoureux et adroits, audacieux et persévérants; ils dépassent les aborigènes en force, entaille et se distinguent en toutes choses, « soit par leurs vertus, soit par leurs vices ». C'est chez eux, comme chez les « Bois-brûlés » de l'Amérique du Nord, que se rencontrent les gens les plus aventureux, les pionniers les plus

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sagaces, les chasseurs les plus hardis; chez eux aussi que se rencontrent les criminels les plus danerereux.

En 1839, ils défendirent vaillamment leur territoire contre les Mantati ou Ba-Souto qui menaçaient de franchir l'Orange et les repoussèrent vers le nord, où les vaincus devinrent à leur tour de fameux conquérants, sous le nom de Ma-Kololo. La population blanche du Griqua-Land, composée en grande partie de mineurs de toute nation, Anglais de Cornwales et du Lancashire. Allemands du Harz, Piémontais, Américains de Californie, Australiens, passe pour la plus énergique, la plus entreprenante et indépendante de l'Afrique australe; plus d'une fois elle a forcé le gouvernement du Cap à retirer des mesures impopulaires. Le recensement de i891 l'a fixée après de 30 000, contre plus de 50 000 hommes de couleur.

Ce n'est pas tout encore : en 1895 l'Angle- /// terre a réuni à sa colonie du Cap le pays des

AUTRE Be-Chuana méridionaux, le « British Be-Chuana- EMPiÉTEiiEST Laud », tandis que la région qu'habitent les Be- VERS LE NORD : Chuaua du centre et du nord, au septentrion de LE PAYS DES la rivière Molopo, depuis le Limpopo supérieur BE-CHUANA jusqu'à la frontière orientale de l'Afrique allemande du Sud-Ouest, devenait le « protectorat des Be-Chuana », le « Be-Chuana-Land protectorate ».

Les Anglais ont annexé le pays des Be-Chuana dans le triple but d'enlever aux Boers — toujours les Boers — deux petites républiques annexes qu'ils venaient d'établir à l'ouest du Transvaal, et de couper toute communication possible entre ce Transvaal et la nouvelle colonie allemande du Sud-Ouest, enfin de s'assurer l'une des routes du fleuve Zambèze.

Les Boers du Grand Trek avaient fondé leurs deux républiques de l'État libre dOrange et du Transvaal dans le pays des Be-Chuana Orientaux; il leur parut « conforme », il leur sembla bon de s'emparer également des Be-Chuana Occidentaux. En vertu de quoi Pretorius, président du Transvaal, décréta, en 1808, l'annexion du Bc-Chuana-Land jusqu'au lointain lac Ngami. Aussitôt, comme il était à prévoir, protestation de l'Angleterre et rappel du décret présidentiel. Moins de quinze ans après, quand de petites victoires sur les Anglais eurent enhardi les « burghers », quelques centaines d'aventuriers transvaaliens, mêlés d'un certain nombre d'Anglais, intervinrent en qualité de condottières dans une guerre qui déchirait deux peuplades de la nation des Be-Chuana, les Ba-Rolong et les Ba- Tlapi. Comme toujours ici, quand il ne s'agissait pas de vols et

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de revendications de bétail, des ambitieux se disputaient le pouvoir les armes à la main.

Les blancs ayant fait assurer le triomphe des * candidats » pour lesquels ils avaient pris parti, reçurent des chefs Ba- Rolong et Ba-Tlapi dont ils avaient assuré * l'élection », des bœufs, des vaches et des terres séquestrées sur la faction vaincue. Ces terres, et d'autres, accaparées par les Boers, devinrent le noyau de deux petites républiques d'Afrikanders : la Stella-Land, pour Stille-Land ou « Pays Tranquille », au sud, et, au nord, le Goosen, ainsi nommé sans doute par les Boers, vu la lecture assidue de 1' « Écriture sainte », pour rappeler l'heureux pays de Gessen, où vécurent les Juifs, de Jacob à Moïse, dans l'opulence du delta du Nil. Vrijburg, encore petit village, fut choisi pour capitale du Stella-Land, en terre des Ba- Tlapi, et Mafeking pour chef-lieu du Goosen ou Goshen, en terre des Ba-Rolong.

Deux États boers de plus sur la route de l'Orange au Zambèze, c'était une « épine dans l'œil » de l'Angleterre, qui protesta, négocia et, comme de juste, fit prévaloir sa volonté « souveraine » en s'attribuant en 1884 l'immense région des Be- Chuana, moyennant cession au Transvaal d'un mince lambeau du territoire contesté. Les « libres citoyens » des deux jeunes républiques ayant fait mine de protester, une petite armée de 4000 hommes eut raison de leurs objections, et en 1885 se constitua le « protectorat » du Be-Chuana-Land, dont la portion méridionale fut annexée à la colonie du Cap en 1895.

Le Be-Chuana-Land méridional augmente les territoires du Cap de 173 160 kil. carrés (?), peuplés, en 1891, de 60 333 habitants dont 47 650 Be-Chuana, 5 211 blancs et 7472 métis de langue hollandaise. Ayant au sud le Griqua-Land West, puis le fleuve Orange, à l'ouest la ligne inflexible qui sépare les terres anglaises de l'Afrique allemande du Sud-Ouest, il confronte du nord au « protectorat » du Be-Chuana-Land dont le séparent les lits, presque éternellement vides, du Nosob et du Molopo, ouadis du bassin droit de l'Orange; à l'est, il a le Transvaal.

La région occidentale de ce nouveau district colonial, celle qui touche au protectorat allemand, de l'Orange au Nosob, est pour ainsi dire comme nulle et non avenue, en tant que pays de trop de sécheresse : aussi bien dans le sud, au bord même de l'Orange, dans le district de Gordonia, que plus au nord dans les « parcours » des Hottentots Kora-Na, et tout à fait au septentrion, dans le district de Dirk Vilander ou district de Mier, à la lisière même du Kalahari, autour du petit bourg de Mier et de la station de missionnaires de Rietfontein. D'un bout à l'auti^e de la contrée, pas de rivière courante, peu de sources,

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et ces sources ne versent qu'une onde rare; par contre, des lagunes, dont quelques-unes fort étendues, autant que peu profondes; la plupart de ces pans sont vides presque en tout temps, la plupart aussi ne contiennent qu'une sorte de bourbe saumâtre; à peu d'entre elles on boit une eau pure. Pauvre province, de culture si peu intensive que les fermes n'y prospèrent, et encore, qu'en raison de 1' « immensité » de leurs terres de parcours : de 12 000 à 28 000 hectares.

L'orient vaut mieux; il se déroule à de bien plus fortes altitudes, en continuation du haut plateau transvaaiien, et surtout il y pleut assez pour la pousse des pâtures, la croissance des arbres, les céréales, le blé, le mil, le maïs, les fruits; et les légumes dès qu'on dispose d'un lilet d'arrosage. Ce n'est point le pays de Gessen, comme le crurent naïvement les fondateurs d'une de ces deux républiques éphémères, mais ce n'est pas non plus le désert où les Juifs errèrent quarante ans; ce « sahara » ne se déroule que plus à l'ouest, dans le Kalahari. En somme, contrée à demi féconde, tantôt et le plus souvent steppe, tantôt terre de culture, à la faveur des -psius, des puits, des fontaines, et de quelques courants qui ne tarissent pas, tel que le Molopo d'en haut. Cette rivière claire, née de bonnes sources, coule en tout temps devant Mafeking et Pitsani; à partir de Lotlokana, plus une goutte d'eau dans son lit.

Le missionnaire Arbousset croit que le nom de Be-Chuana est probablement dû à la méprise de quelques voyageurs, auxquels on aura répondu, en parlant des divers peuples de la contrée : ba chuana, « ils se ressemblent». Eux-mêmes n'ont point de nom ethnique dans les divers dialectes de leur langue.

Ils font partie des Bantou. D'après leurs traditions ils arrivèrent en Afrique australe plus tard que les autres Cafres, leurs cousins. Récemment encore ils vivaient en nomades avec leur bétail, poussés par d'autres peuplades de même race fuyant elles-mêmes devant les Boers de l'Orange et du Transvaal. Les deux républiques « blanches » ont pénétré comme un coin dans la chair de cette nation cafre et maintenant les Be-Chuana de l'Ouest se trouvent séparés en deux branches. Comme les Gri-Koua, divisés maintenant en Gri-Koua de l'Ouest et Gri-Koua de l'Est, il y a aujourd'hui des Be-Chuana de lOuest et des Be-Chuana de l'Est (Ba-Souto et autres peuplades) n'ayant plus aucun rapport entre eux. Mais, quoique coupés en deux, ils ont conscience de leur commune origine, et, de l'Orange au Zambèze, ils se disent parents, en se classant même par ordre de prééminence. D'après le consentement unanime, les aînés de la famille chuana seraient les Ba-Rotsé, qui vivent à l'ouest du Limpopo naissant, sur

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la frontière nord-occidentale de la république Sud-Africaine.

Les Be-Chuana sont parmi les plus beaux des Cafres, tous

d'une taille élégante, robustes et bien faits : il est vrai que

dans certaines tribus on se débarrasse des enfants infirmes.

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