BeU. Vand.y p
trouvait dans les sentiments qu'elle inspirait à ses sujets africains. Depuis la conquête, la population catholique avait cruellement souffert dans ses intérêts et dans sa foi, et la répulsion naturelle que lui inspirait le vainqueur arien s'était accrue de toute la rigueur des spoliations et des persécutions'. Le règne de Hunéric (477-484) avait été particulièrement cruel pour rÉglise*, et Tenipereur Justinien énumère avec une secrète complaisance les vexations et les supplices de toute sorte, les évêques martyrisés, les églises souillées, les orthodoxes maltraités, torturés ou proscrits*, toutes les misères qui justifiaient rintervention byzantine et d'avance lui assuraient l'appui des populations. Sans doute ravènément d'Hildéric avait rendu aux catholiques quelque tranquillité ^ mais sa chute les livrait de nouveau à la discrétion des ariens, et les rigueurs qui, dès le début du règne de Gélimer, avaient frappé les chefs de la noblesse africaine étaient bien faites pour inquiéter les hautes classes de la société catholique ^ Si Ton songe en outre que la tolérance du dernier règne avait permis aux évêques de reconstituer en quelque manière les cadres de TÉglise catholique*, on jugera que leur appui assuré à Byzance n'était point une quantité négligeable, et que, sous leur influence, les populations prirent à Tégard des soldats de Bélisaire une attitude tout autre qu'indifférente \ Dès la nouvelle de l'expédition projetée par Justinien, la Tripolitaine se souleva à la voix d'un des chefs de l'aristocratie locale, et se donna à l'empereur, sans que Gélimer pût rien tenter pour réprimer la révolte •. Dans le reste du pays une sourde agitation régnait : on
1. Sur l'ardeur du catholicisme des popalations aAricaines, cf. un texte curieux de la Vita Fulgeniii, c. 56 et 57 (Migne. Pair. laL, LXV, p. 145-146).
2. Bell, Vand., p. 344-346. Cf. Victor Vitensis, passim; Dahn, l, c, 250-259.