DEUXIÈME SECTION
LES FORTERESSES DE L'iNTÉRIEUR
Telles étaient, vers le milieu du vi® siècle, les frontières de TÂfrique grecque : telles elles demeurèrent, sans changements très considérables, jusqu'au moment de Tinvasion arabe. Mais, derrière cette première ligne de forteresses, l'intérieur du pays, n'était pas moins solidement occupé : deux, parfois même trois rangées de citadelles en assuraient la défense, et dans les zones intermédiaires, bientôt le pays se hérissa de fortins et de redoutes. Ce sont ces dispositions qu'il nous reste à examiner.
L'occupation de la Byzacène et de la Proconsulaire,
i. La route du littoral.
Le long du littoral méditerranéen, une grande voie d'invasion montait de Gabès à Carlhage : soigneusement elle avait été jalonnée de forteresses, et ces postes avaient été établis de préférence aux points où, sur cette grande artère de communication, d'autres routes s'embranchaient^ menant dans l'intérieur du pays. D'abord on rencontrait la forte place de Junca, l'un des rares ports qu'offrait cette côte peu hospitalière, et pour cette raison, d'autant plus importante à défendre^ : c'était à l'époque de Justinien la première forteresse
!. Tissot,]!, p. 192.
L'OGCUPATIOiN MILITAIRE DE L'AFRIQUE BYZANTINE 269
que Ton trouvait au nord de Gabfes' ; un peu plus tard, sous le règne de Justin II, elle fut renforcée par la citadelle toute voisine de Macomades Minores'; les deux villes avaient d'ailleurs une haute valeur stratégique, placées comme elles Tétaient à la tête de la grande route qui par Madarsuma menait à Sufetula*. Au nord de cette position, une ville fortifiée avait été fondée par Justinien, au promontoire de Caput Vada où avait en 533 débarqué Bélisaire : c'était la florissante cité de Justinianopolis^. Puis venaient SuUectum (Selekta), où l'on voit encore un castrum rectangulaire mesurant plus de deux cents pas sur chaque face^; Thapsus (Ras Dimas), dont la vieille enceinte fut réparée èi l'époque byzantine*; Leptis Minor (Lamta) où Ton trouve les ruines d'une forteresse grecque, et qui semble au vi* siècle avoir été prospère' : sur ces trois points aboutissaient au littoral, par trois chemins qui se réunissaient à Thysdrus (El-Djem), la route importante qui, de ce dernier point gagnait Aquae Regiae et de là, à travers toute la Tunisie centrale, rejoignait à Althiburos (Medeina) la voie de Théveste à Carthage^ Enfin venait la grande ville d'Hadrumète (Sousse) décorée, en l'honneur de l'empereur, du surnom de Justiniana; c'était une des positions les plus considérables de la Byzacène^ De là par Aquae Regiae, une route gagnait Sufetula*^; une autre, remontant au nordest, longeait les abords orientaux du massif central tunisien, et par Thuburbo Majus, se reliait, dans la vallée de la Medjerda, à la voie de Théveste à Carthage'^ Aussi Justinien en