‹ L'Afrique byzantine;Chapitre 263 sur 539 · BelL Vand,, p · texte numérisé non relu

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et la destination de ces redoutes; elles ont été élevées dès le vie siècle pour contribuer à l'occupation militaire de la province; et si insuffisantes que soient encore les informations qui les concernent, elles en complètent utilement le tableau ; elles sont un élément nécessaire de ces mesures protectrices par lesquelles Justinien essaya de défendre l'Afrique reconquise tout autant contre les attaques du dehors que contre les soulèvements du dedans.

Tout autour du pays byzantin, et jusque dans Tintérieur du territoire soumis à Tempire, vivaient, en face des populations romanisées^ de nombreuses tribus indigènes dont les inces^ santés révoltes ont formé le plus sérieux obstacle que la domination grecque ait, avant l'invasion arabe, rencontré en Afrique. Jadis, la main puissante de Rome avait réussi, non sans peine, à les tenir en quelque respect : parmi les peuples établis au sud des provinces d'Afrique et de Numidie, « les uns avaient été refoulés dans le désert, les autres s'étaient soumis aux Romains; d'autres enfin avaient été transportés de gré ou de force au milieu des possessions de l'empire, où ils formaient des enclaves sous la surveillance des autorités romaines, fournissant à la fois des bras à la culture et des auxiliaires à la légion »^ En Maurétanie même, malgré les fréquents soulèvements qui, depuis le iii« siècle, portèrent tant de fois le trouble sur la frontière et jusque dans Tintérieur du pays', malgré les difficultés de toutes sortes qu'offrait cette remuante et montagneuse région, néanmoins l'œuvre de la pacification avait fait des progrès considérables; et quoique « pendant

i. Gagnât, VArmée romaine d' Afrique, i^. 41. 2, Ibid., p. 53-62, 70-87.

plus de quatre siècles que Rome a occupé les provinces africaines^ jamais elle n^ait pu complètement déposer les armes » *, cependant elle était parvenue à imposer son autorité à la plupart des tribus, à leur donner une manière d'organisation, à les astreindre à des obligations précises, à employer leurs contingents irréguliers — nous dirions leurs goums — pour renforcer Tarmée d'occupation'; et le développement rapide que le christianisme prit en Afrique avait encore contribué à répandre parmi les tribus Tinfluence de la civilisation romaine. A la faveur deTanarchie vandale, cet édifice si laborieusement construit s'était écroulé de toutes parts; partout de grands états indigènes s'étaient constitués en pleine indépendance, et devant leurs razzias incessantes, leurs ravages laissés impunis, lentement la vie romaine cédait la place et disparaissait. On a vu quelle était au lendemain delà conquête byzantine la puissance des grands chefs berbères, l'étendue de leur domination; on a montré par quelles longues guerres, par quels patients efforts les généraux impériaux avaient réussi à leur imposer une soumission momentanée; on a expliqué par quelles mesures défensivesles officiers de Justinien avaient tâché de prémunir l'Afrique contre les attaques futures de leurs adversaires. Mais un perpétuel pied de guerre ne saurait constituer un état durable ; la paix une fois établie, si courte qu'elle dût être, la diplomatie byzantine devait chercher à inaugurer un mode de relations nouvelles ; sur ce point comme sur tant d'autres, elle devait lâcher de relever les antiques traditions de Rome et, complétant l'œuvre des armes, s'appliquer à faire accepter aux tribus la suzeraineté de Tempire. C'est ce modus vivendiy dont l'effet fut d'étendre bien au delà des limites de la province l'inQuence de l'autorité grecque, que nous tenterons de mettre en lumière, après avoir, au préa* lable, rapidement fait connaître la distribution géographique et le caractère des peuples auxquels il s'appliqua.

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