BelL Vand , p
LA CRISE DES ANNÉES 545-346 :Joo
sa mort était assurée*. Pour préserver sa tète, le patrice promit tout ce qu'on voulut, et confiant dans la parole de l'évèque qui s'engagea à lui par les serments les plus solennels, il vint en suppliant se jeter aux genoux de Guntarith : dans son épouvante, il avait poussé Toubli de sa dignité jusqu'à déposer le costume officiel^ insigne de son ancienne charge. Guntarith le rassura, lui affirma que dès le lendemain il pourrait s'embarquer avec sa femme et ses trésors, et l'invita à souper avec lui. Mais le soir, il le retint au palais et le fit pendant la nuit massacrer par ses soldats (mars 546)*.
Cette fois, l'Afrique semblait bien perdue pour Byzance. Dans Carthage, Guntarith régnait en maître, et pour rehausser le prestige de son autorité, il songeait à épouser la veuve d'Aréobinde, Préjecla, qui était, on le sait, nièce de Justinien*. Autour de Tusurpateur, un parti assez nombreux, hostile à la domination impériale, encourageait ses projets ^ et le poussait à des rigueurs qui devaient rendre tout arrangement impossible; aussi les exécutions se multipliaient par la ville"; quiconque paraissait suspect était condamné à mort, et déjà Ton songeait, par mesure générale, à faire massacrer tout ce qu'il y avait de Grecs à Carthage*. Bref, suivant l'expression de Procope, tous les résultats des victoires de Bélisaire « étaient aussi complètement anéantis que s'ils n'avaient jamais existé »''. Toutefois une portion de l'armée était demeu-
1. Bell. Vand,, p. 521. Plus tard, en 551, l'évêque Reparatus fut accusé à Constaatinople d*ayoir contribaé au meurtre d'Aréobinde (Hardouin, III, p. 48).