P. L., LXV, p. 117; Labbe, IV
ractère, une inflexibilité de doctrine, un courage digne d'estime à résister aux volontés de l'empereur.
C'est là, en effet, la contre-partie de cette protection si bienveillante dont Justinien couvrit l'Église d'Afrique, et comme le revers de cette prospérité. Depuis le temps de Constantin, on le sait, le souverain byzantin s'arroge en matière de religion une autorité presque absolue : suivant l'expression d'un théologien de Constantinople a il est pour les Églises le suprême maître des croyances*. » C'est lui qui convoque et préside les conciles, qui sanctionne par des édits les décisions des Pères, et se charge, au besoin par la force, d'en assurer l'exécution ; il peut au gré de ses caprices intervenir dans la mêlée des disputes théologiques, rédiger des formulaires de foi, dont sa signature suffit à faire des actes de foi,* imposer d'autorité les nouveautés dogmatiques qu'il propose ; c'est lui qui fait le dogme et qui fait la discipline, et son autorité absolue sur les personnes ecclésiastiques lui permet de les traiter à sa volonté*. Pas plus que ses prédécesseurs, Justinien ne devait épargner aux évêques les manifestations de l'arbitraire impérial; et TÉglise d'Afrique en particulier allait s'apercevoir combien le prince exigeait d'obéissance en échange de ses faveurs. Pendant dix ans, l'histoire ecclésiastique de la province est remplie d'épisodes violents : évêques illégalement déposés, prélats installés par la force etcontre les vœux des fidèles, les résistances vaincues par les menaces ou fléchies par la corruption, les dissidents obligés de fuir s'ils veulent échapper à la prison ou à l'exil, les prêtres incarcérés ou relégués sur des plages lointaines, les pouvoirs publics intervenant dans les disputes religieuses, et le sang même versé pour faire triompher la doctrine approuvée par le basiletiSj voilà ce qu'apporta à l'Afrique la part qu'elle prit à la querelle des Trois Chapitres, et de quel prix elle acheta l'hon-