CHAPITRE PREMIER
Si nous connaissons assez bien, dans ses traits généraux, Forganisalion administrative de Texarchat d'Afrique, nous rencontrons en revanche, dès qu'il s*agit de saisir le détail des choses, de sérieuses difficultés. On sait de combien d'obscurités, malgré l'abondance relative des informations, s'enveloppe, vers cette époque, Tétude des institutions de Tltalie byzantine; pour TAfrique, où les textes sont beaucoup moins nombreux encore, à plus forte raison, les recherches demeurent délicates et compliquées; et au vrai, à moins de remédier par d*aventureuses hypothèses au silence des documents, il faut se résoudre à ignorer bien des faits, à laisser bien des problèmes sans solution. A la pénurie des renseignements s'ajoute encore l'embarras qu'on éprouve parfois à interpréter ceux qui nous restent. Entre l'exercice régulier d'une compétence légale et les usurpations tyranniques d'une administration mal surveillée, il est difficile parfois de faire exactement le départ; entre les attributions ordinaires du fonctionnaire et le rôle exceptionnel que lui impose la nécessité des circons-
tances, il est malaisé souvent de tracer la limite précise. Il faut donc se contenter, sans vouloir trop serrer les détails de cette organisation, de mettre en lumière les traits vraiment caractéristiques du régime : c'est d'une part la prépondérance chaque jour croissante de Tautorilé militaire en face des gouverneurs civils; c'est, de rautre,la place chaque jour plus importante que prend TÉglise dans la hiérarchie administrative et le droit de contrôle qu'elle s'arroge sur les actes des pouvoirs publics.
V exarque â^ Afrique,
Parmi les différents représentants de l'autorité impériale en Afrique, la première place appartient incontestablement à l'exarque. Seul, entre tous les fonctionnaires de la province', il est revêtu de la haute dignité de patrice, et ce titre est si bien devenu l'inséparable privilège de sa charge, queTusage courant désigne fréquemment Texarque par la simple appellation de patricius'. La chancellerie officielle le salue des noms d'Excellence et d'Éminence ^; la hiérarchie lui donne le pas sur tous les autres personnages administratifs et jusque sur le préfet du prétoire*. Il habite à Carthage l'ancien palais des rois vandales, et à en juger par les honneurs rendus à l'exar-
1. Gregorii Magni Episiolae, 1, 59, 72, 73]; 4, 7; 6, 59; 7, 3; 9, 9. Pour les neuf premierd livres je cite Tédition des Monumenta; pour les cinq derniers, celle de la Patrologie laline, t. LXXVII.
2. Greg., 6, 59; 7, 3; C. /. L., VUI, 2389, 10965, 12035; P. G,, XCl, 287, 354; Théophane, p. 343.
3. Greg., i, 59, 72, 73. Quelquefois on trouve aussi le terme de gloria {id., 1, 59, 73; 6, 61).
4. Greg., 5, 11; C. /. I., VIII, 12035. Plus tard le gouverneur d'Afrique s'appellera TcatTpixtoç xa\ (rcpoLxr^foi (P. G., XC, l!l; Théophane, p. 295, 297)^ titre dont la forme rappelle exactement celui de patricius et exarchus et dont la valeur est identiqne (Hartmann, Untersuchungen^ p. 29-30; Rambaud, VEmpire grec au x« siècle, p. 187-188).
que dltalie*, une pompe presque royale l'environne. Représentant suprême de Tautorité impériale, recevant directement les instructions du prince et responsable devant lui seul des actes de son administration", il règle souverainement toutes choses dans l'étendue de san gouvernement et sa compétence s'étend aux objets les plus variés.
Tout d'abord, il commande en chef les forces militaires cantonnées dans la province, aussi bien l'armée mobile chargée des grandes expéditions de guerre que les corps de limitaiiei préposés à la garde des frontières. Pour assurer la sécurité du pays qui lui est confiée, il prend sans contrôle toutes les mesures nécessaires à la dépense '* : c'est lui qui fixe l'emplacement des garnisons et les change quand il le juge utile, lui qui nomme et déplace tous les officiers rangés sous ses ordres, lui qui ordonne les préparatifs que réclame une entrée en campagne. En temps de guerre, il conduit lui-même les opérations importantes, et ilsemble avoir pleine liberté de diriger où il veut l'effort de ses armes*. S'il n'a point peutêtre un droit absolu de signer sans la ratification impériale une paix définitive *, pourtant c'est à sa diplomatie qu'est remis le soin de régler les affaires indigènes. C'est lui qui se préoccupe d'assigner aux tribus soumises les cantonnements qu'elles devront cultiver*, lui qui s'applique à faire pénétrer parmi les peuplades vaincues la propagande chrétienne qui achèvera Tœuvre des armées \
Par cette portion de ses attributions, l'exarque n'est guère autre chose, on le voit, que l'héritier du magister militum Africae auquel il a succédé. Mais voici d'autres points où sa compétence dépasse singulièrement celle de son prédécesseur.
\, Diehl, Exarchat de EavennSt p. 174-175.