Diehl, l. c, p
A la fin du vi« siècle, les raisons ne manquaient point pour justifier en Afrique l'intervention du souverain pontife : les intérêts mêmes de la religion lui commandaient d'exercer dans la province un perpétuel et attentif contrôle. Bien qu'à cette date, l'Église africaine fût encore organisée comme au temps de Juslinien *, bien que des conciles fréquents attestent Tactivilé de la vie religieuse', des causes de troubles assez graves travaillaient les chrétientés africaines et réclamaient la sollicitude de Rome. La discipline ecclésiastique se relâchait, les évêques donnaient de fréquents exemples de désobéissance, d'immoralité ou de corruption. Les prélats de Byzacène résistaient aux ordres de leurprimat'; d'autres semaient le désordre dans les monastères en soutenant les moines contre leur abbé*. En Numidie, d'interminables conflits éclataient entre les chefs des diocèses pour quelques paroisses enlevées ou quelques redevances indûment perçues»; ailleurs, les évoques ne craignaient point d'infliger à leurs clercs des châtiments corporels®. La simonie surtout et la corruption faisaient des progrès inquiétants : l'évêque de Tigisis vendait les charges ecclésiastiques \ celui de Lamiggigase laissait coiTompre par les hérétiques'; le primat de Byzacène faisait mieux encore: pour se soustraire à la condamnation qui le menaçait, il
1. Pour le primat de Numidie, Greg., 1, 72; 3, 4S. Pour celui de Byzacène, 4, 13; 9, 24, 27; 12, 12. Pour le métropolitain de Carthage, 2, 52.
2. Conciles en Numidie en 591 (Greg., 1,72, 82), 592 (2, 46), 593 (3, 47, 48), 602 (12, 29); à Carthage en 594 (5, 3); en Byzacène en 602 (12, 32); en Sardaigne, deux fois par an (4, 9).