‹ L'Afrique byzantine;Chapitre 491 sur 539 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

mécontentemeDt général. Or, dans un pays où bien des causes déjà ébranlaient l'autorité du prince, où chaque jour se relâchaient davantage les ressorts de Tadministration publique, en face de gouverneurs trop enclins à méconnaître les ordres du pouvoir central, et de tribus berbères trop disposées à se détacher de Byzance, il y avait peu de sagesse peut-être à semer de nouveaux germes de divisions et de troubles, à contraindre les peuples à choisir entre leur fidélité politique et leurs convictions religieuses. Vers ce lemps même, l'exemple de rÉgypte montrait quelles redoutables conséquences les querelles théologiques pouvaient entraîner pour l'empire. Au moment où le péril arabe menaçait si gravement la province, les chrétiens de la vallée du Nil ne songeaient qu'à disputer sur les matières de foi ; les orthodoxes ou melkites persécutaient cruellement les populations copies attachées à l'hérésie monophysite ; si bien qu'entre Byzance qui les opprimait et les musulmans qui semblaient leur apporter la délivrance, ces dernières n'hésitèrent pas à se prononcer *. Quand, en 640, Amrou envahit l'Egypte, les Coptes embrassèrent presque sans résister le parti de l'envahisseur et assurèrent par leur défection la victoire des musulmans". Pourvu que la religion fût sauve, sans scrupules, en Egypte- comme en Afrique, on se désintéressait de l'empire; et comment d'ailleurs en eût-on pris souci, alors que dans toutes ses provinces l'autorité publique s'abandonnait elle-même?. Vers 635, en Egypte, le patriarche Cyrus prenait sur lui d'engager des négociations avec les Arabes; pour protéger la province, il oflFrait de leur payer annuellement un tribut considérable; bien plus, il rêvait

\. Weil, Gesch. der Khalifen.l, p. 105. Jeaa de Nikioa, p. 562-563, 570 et surtout p. 584 : « tout le moude disait que l'expulsion des KomaîDs et la victoire des musulmans avaient été amenées par la tyrannie de l'empereur Héraclius et par les vexations qu'il avait fait subir aux orthodoxes. »

2. Weil, /. c, p. 409-110; Drapeyron, /. c, p. 400-401 ; Bury, II, p. 269- 271. Cf., sur ces événements, Amélioeau, dans le Journal asialigue, 1888, p. 389 sqq. ; Karabacek, Miliheilungen aus der Sammlung der Papyi*us Erzh. Rainer^ fasc. 1-2, p. 11.

de faire épouser à Âmrou uDe fille d'HéracIius et de converlir au christianisme le général musulman '. Assurément c'étaient là les principes ordinaires de lapolitique byzantine à Tégard des barbares ; mais ce qui était singulièrement grave, c'est que Tévêque agissait sans l'aveu de l'empereur, et ^u'en une matière si importante l'Église se substituait à l'Etat. Ainsi, en face du péril musulman, la monarchie était sans forces; partout régnaient l'indiscipline et le désordre, partout les divisions intestines, nées des querelles religieuses, énervaient d'avance toute résistance. Sous ces maux, TÉgypte avait succombé; l'Afrique allait périr de même, en ajoutant par surcroît à toutes ces misères les troubles d'une révolution intérieure.

ni

En 646, l'Afrique avait pour gouverneur général le patrice Grégoire, qui sans doute administrait déjà la province depuis plusieurs années '. A ce moment le trône de Byzance était occupé par le jeune Constant II, âgé de quinze ans à peine, et sous sa faible main, l'empire, assailli à l'extérieur par les furieuses attaques des Arabes, semblait au dedans en pleine décomposition. En 642, un soulèvement avait éclaté à Rome contre l'autorité impériale et l'exarque Isaac avait dii agir vigoureusement pour réprimer la révolte '; en 644 un usurpateur avait pris la pourpre en Orient, et sa tentative, bien qu'avortée, attestait éloquemment le désarroi de la monar-

i. Théophaoe, p. 338; Nicéphore, p. 24-25| 26-27.

2. Morcelli, lU, p. 370, croit qu'il était en fonctions depuis 639 : mais rien ne le prouve. Ibn Abd-el-Hakeua (/. c, p. 360) dit bien qu'il avait d'abord administré le pays « comme lieutenant d'Héraclius », mais le texte est peu décisif, les historiens arabes se trompant souvent sur les noms des empereurs. Il éteit en charge en juillet 645 (P. G., XCI, 287) : les autres textes (C. /. L., VIII, 2389, 10965; Théophane, p. 343) ne donnent aucune date précise.

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