‹ L'Afrique byzantine;Chapitre 498 sur 539 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LK coNQUÈre DE l'afriquis par Les arabes

L'hisloire de TAfrique byzantine, si incomplètement connue pour la première moitié du vu® siècle, devient plus obscure et plus incertaine encore après la première invasion arabe. Ce n'est point toutefois que^ pour cette période, les renseignements fassent défaut; au contraire ils abondent, et il serait facile de faire un récit circonstancié, brillant, pittoresque de la conquête de TAfrique par les musulmans. Malheureusement les historiens qui en fourniraient la matière sont des informateurs fort suspects : quelques-uns de ceux que Ton cite le plus volontiers, En-Noveiri par exemple et Ibn Khaldoun, ont composé leurs ouvrages près de sept siècles après les événements qu'ils racontent ; et les plus anciens même d'entre ces chroniqueurs, tels qu'Ibn Abd-el-Hakem, El-Beladori ou Ibn Koteiba, sont encore éloignés par un intervalle de deux siècles environ des faits dont ils nous ont laissé le récit. Ce qui est plus grave, c'est que dans la plupart de ces écrivains, les traditions purement légendaires se mêlent constamment et se substituent à l'histoire ; pour rehausser le prestige des héros de llslam, des Sidi Okba, des Hassan, des Mouça, on entasse les anecdotes merveilleuses, on accumule les miracles, on se complaît en des aventures dignes des Mille et une Nuits : et les auteurs anciens eux-mêmes, bien qu'en général leur exposé soit plus simple et moins fleuri d'épisodes, n'échappent pas entièrement à ces fâcheuses tendances. Sans doute, à les en croire, tous peuvent, par une série de traditions orales, remonter jusqu'au témoin oculaire dont ils rc-

produisent le récit ; mais outre que Timaginatioa orientale est peu propre à assurer rexactitudë de la transmission^ plus d'une fois les traditionistes qu'on nous cite pour garants ont été inventés de toutes pièces par l'historien : et en tout cas, comme les arabisants se sont peu préoccupés jusqu'ici d'étudier au point de vue critique les chroniqueurs qu*ils ont édités, il faut nous résoudre à ignorer si, parmi ces récils, quelques-uns reposent sur des sources vraiment authentiques et anciennes ^ Dans ces conditions, on le comprend, il faut une singulière prudence dans l'emploi qu'on fera de ces documents ; et quelque séduisant qu'il pût être de parer cette histoire de romanesques broderies, on suivra de préf érence la sage réserve que Weil a apportée dans son Histoire des khalifes. On ne retiendra que les faits essentiels et à peu près sûrement attestés ; on s'attachera le plus volontiers aux récits des chroniqueurs les plus anciens et les plus simples ; on s'efforcera, dans la mesure fort restreinte où la chose est possible, de contrôler leurs informations à Taide des rares renseignements épars dans les écrivains grecs ou latins. Sans doute le tableau y perdra en éclat pittoresque ; peut-être y gagnerat-il en vérité ; à tout le moins il suffira à mettre en lumière les traits caractéristiques qui ont marqué en Afrique les derniers jours de la domination grecque.

1. Sur le degré de confiaoce qu'il faut accorder aux historiens arabes et les procédés qu'ils emploieot, cf. de Slsiae, Journal asiat., 18U, p. 349-351 ; Aoiari, StoriadeimusulmanidiSiciliay I, p. 82-84; Bury, /. c, II, p. 263,272; Roth, Oqfta ibn Nafi, p. 19-21, et surtout Dozy, Rech, sur Vhùil. et la litt. de C Espagne^ I, p. 32-38 et 41-43, où Ton voit que Ibn Abd-el-Hakem même est singulièrement sujet à caution. Cf. ce que dit Abou U-Mahacin de Tépoque tardive où Thistoire écrite remplaça chez les Arabes la tradition orale (Foumel, I, p. 178, n. 6) . Il faut en conséquence, pour toute la période qui va nous occuper, ne jamais oublier la déclaration formelle que fait de Slane:« Pour ce qui regarde TAfrique septentrionale, i*exposition des événements qui eurent lieu pendant cette époque ne peut soutenir nu examen critique » (//f«^ des Berb.t IV, p. 565).

Après riovasloQ de 647, les querelles intérieures qui troublèrent Tenapire des khalifes laissèrent à l'Afrique byzantine près de quinze années de répit. Certes le péril arabe n'était point pour cela conjuré; et durant cette période même, plus d'une fois des incidents graves vinrent rappeler à l'Occident les dangers dont le menaçait Tlslam : dès 6S2 les musulmans tentaient une descente en Sicile % et Abd-el-Hakem raconte qu'en 654 ils poussèrent jusqu'aux frontières de la Byzacène une nouvelle expédition '. Cependant, en fait, aussi longtemps que durèrent les guerres civiles soulevées entre Ali et Moaviah, les Arabes n'eurent guère le loisir d'entreprendre rien de sérieux au dehors. Ce n'est que vers 659, lorsque le khalife eut renvoyé Amrou dans cette Egypte jadis conquise par ses armes, que les hostilités se rouvrirent d'une manière décisive ; le vieux général n'avait point oublié en effet cette Afrique oii Tordre formel d'Omar l'avait empêché autrefois de porter sa course ; et aussitôt qu'il eut solidement établi dans sou gouvernement Tautorité des Omméiades, il tourua ses regards vers l'Occident. C'était en 661.

Le gouvernement byzantin avait-il du moins mis à profit ces quelques années de tranquillité pour pacifier la province et la mettre en état d'opposer à l'invasion une sérieuse résistance ? Il semble tout d'abord que malgré la disparition de l'usurpateur Grégoire, l'empereur eut quelque peine à rétablir en Afrique son autorité. Les écrivains arabes racontent en effet que le patrice eut pour successeur un certain Habakiah ou Djenaha, dont on ne peut retrouver avec certitude le nom

Page 1