P. I., LXXXVII
suivit avec im intérêt passionné les procès politiques que, quelques années plus tard, on fit au pape Martin et à Tabbé Maxime, et qu'elle voulut connaître dans tous leurs détails les tourments infligés au pieux confesseur et la « passion » souiïerte par le saint pontife ^ : tant elle avait pris ardemment sa part de leurs efforts, de leurs luttes et de leurs espérances. Si l'on tient compte de lagitation profonde qu'attestent ces sentiments, si l'on songe d'autre part au désarroi extrême où se trouvait vers le milieu du vu* siècle la monarchie byzantine, on admettra sans peine que la province révoltée en 646 ait accueilli volontiers, après la mort de Grégoire, un autre usurpateur, et que pendant quelques années l'empereur ait été incapable d'y rétablir son autorité. Ne reprochait-on point, un peu plus tard, au pape Martin d'avoir, par ses intrigues, détaché de Byzance « l'Occident tout entier* ? »
Ce n'est pas tout. Lorsque enfin Constant II — nous ignorons à quelle date et de quelle manière — réussit à reprendre possession de l'Afrique, il ne recouvra que fort incomplètement les territoires qui jadis composaient l'exarchat. Assurément il y aurait quelque naïveté à croire, comme l'affirment les historiens arabes, que dès ce moment l'Islam avait fait parmi les tribus berbères de nombreux prosélytes • : il est certain pourtant que, converties ou non, beaucoup de populations indigènes avaient mis les circonstances à profit pour se soustraire à la domination grecque. Dès l'année 665, tout le sud de la Byzacène échappait, ce semble, à l'autorité du basileus : du moins El-Bekri raconte que vers 668 Okba ibn Nafi conquit le pays de Kastilia, c'est-à-dire la région de Nefta et de Tozeur, et s'empara de Gafsa, sans que les Grecs paraissent le moins du monde s'être préoccupés de ces événements*. Fait
1. p. L., LXXXVII, 111. La lettre sur la passio du pape est adressée aux évêques qui <f suntin Occidente seuRomae et in Aftica». CF. P. G., XC, 13i, la lettre d'Anastase, disciple de Maxime, aux moines de Calaris.
2. P. I.jLXXXVn, 112, 113 :« subvertitetperdidit uoiversum Ocddentem. »