Fournel, 1, p. i44-145; Ibn Khaldoun, I
LA CONQUÊTE DE L'AFRIQUE PAR LES ARABES 5"ïl
lonla, qui, barrant les défilés du Djebel Ousselet, fermait la grande route qui de la plaine côtiëre conduit vers Tintérieur du massif central: un accident qui, s'il est exactement rapporté, atteste que les murailles des citadelles byzantines étaient assez mal entretenues, livra la ville aux agresseurs^ : elle fut pillée et saccagée de fond en comblCi Puis, chargés de butin, arrêtés peut-être par l'obstacle que leur opposaient les diverses forteresses de cette région, les musulmans évacuèrent le pays : cette fois encore, comme en 647, ils s'étaient contentés de faire une incursion rapide et de rançonner les populations africaines.
Mais dès ce moment le succès de leurs premières expéditions suggérait aux Arabes l'idée d*un établissement plus durable, et le khalife Moaviah décidait d'entreprendre sérieusement la conquête de l'Afrique'. 11 trouva dans Okba ibn Na.fi le fidèle instrunient de ses desseins. Sous la conduite de l'enthousiaste et fanatique général, les musulmans, à peine revenus de la campagne de 66S, reprirent bien vite le chemin de l'Occident. Pendant qu'un de leurs chefs s'établissait à demeure dans la Tripolitaine et poussait jusque dans Tile de Djerba les armes de ses soldats, Okba soumettait successivement, dans une première campagne, les oasis de Ouaddan, du Fezzan, de Kaouar, et après avoir imposé l'Islam aux habitants de ces régions, il revenait attendre à Barca les ordres du khalife'. C'était en 668. A ce moment même, la mort de Constant 11^ assassiné à Syracuse, semblait livrer l'empire à toutes les attaques des musulmans. En Orient, un usurpateur se soulevait en Asie Mineure, et, appelant à son aide les Arabes, leur permettait
1. Fonrnel, I, p. 145-146. Ibn Abd-el-Hakem, ï, 307-308. Cf. sur des accidents de cette sorte, Bell. Vand,, p. 330-331.
2. Oq en trouve une preuve dans ce fait qu'en 667 Masiema ibn Mucballedi émir d'Egypte, joignit officiellement pour la première fois le gouvernoment du Mighreb à celui de sa province (Abd-el-Hakem cilé par Roth, p. 31 et 51).
3. Fournel, I, p. 147-148; Abd-el-IInkem, I,p. 309-310. Pour la date j'ai suivi Weil, l. c, I, p. 283-286. Sur les difOcultés delacbronologie,cf. ibid., p. 283* n. 6.
de s'ouvrir un chemin jusqu^à Ghalcédoine, en face de Consianlinople; en Occident, un autre prétendant se proclamait empereur en Sicile, et pour réprimer cette révolte, le nouveau basileus Constantin Pogonat, venu de sa personne dans Tile, était obligé de faire appel à toutes les forces disponibles dans cette portion de la monarcbie * : et par là l'Afrique se trouvait dégarnie de troupes. L'occasion était favorable pour attaquer la province sans défense : par surcroît de précaution, et pour empêcher qu'une flotte ne vînt, comme en 665, apporter des renforts de Sicile, Moaviah fit faire en 669 une descente à Syracuse* ; en même temps il lançait Okba sur l'exarchat de Carthage, et pour bien marquer le but de l'expédition nouvelle, il constituait en un gouvernement indépendant de FÉgyple l'ifrikiya à conquérir et confiait à Okba radministration de la province*.
Le général arabe avait sous ses ordres 10,000 cavaliers d'élite : sans peine il grossit son armée, dans les oasis de la Tripolitaine, des Berbères fraîchement convertis qu'il entraîna à sa suite \ Rapidement il soumit le pays des Mezata au sud de Tripoli, et les oasis de Ghadamès; puis, se jetant sur le pays de Kastilia, il le conquit; parla prise de Gafsa, il força Tentrée de laByzacène,et sans rencontrer aucune résistance, il parvint dansia région où s'élève aujourd'hui Kairouan*. Toute sa route avait été marquée par d^épouvantables ravages : les chroniqueurs byzantins, qui ontcompris toute l'importance de Finvasion de 669, racontent que les Arabes firent en Afrique 80,000 prisonniers ^ En même temps — et ceci était plus grave encore — Okba prenait définitivement possession de la Byza-