‹ L'Afrique byzantine;Chapitre 62 sur 539 · Jo/t · texte numérisé non relu

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drotis berbères se précipitent dans la plaine, faisant tourbillonner autour des lignes romaines leurs légers chevaux numides, s'efforçant d'envelopper le détachement ennemi et de lui couper la retraite. Une terrible mêlée s'engage, où Ton ne combat plus qu'avec Tépée : et sous la masse toujours croissante (le leurs adversaires, les cavaliers byzantins écrasés se replient tant bien que mal vers une hauteur voisine, et s'apprêtent à vendre chèrement leur vie, quand fort heureusement le gros de l'armée accourt pour dégager son avant-garde. L'affaire est manquée, et sans plus attendre, les Berbères •prennent la fuite et regagnent le sommet des collines.

La grande bataille du livre IV de la Johannide est peut être plus instructive encore. En face des lignes byzantines, les Berbères ont construit un énorme camp circulaire, formant avec leurs chameaux et leurs troupeaux de bêtes un rempart que défend Tinfanterie : une partie de la cavalerie se tient en réserve fiur les collines ; le reste- commence l'action en couvrant de javelots les lignes byzantines, et, suivant l'usage, le combat s'engage à. distance entre les deux cavaleries *. Bientôt, en une charge furieuse, les Berbères se jettent sur les escadrons grecs : repoussés en désordre, ils tournent bride et se replient au galop sur leur infanterie, entraînant en une poursuite folle les Romains à leur suite jusqu'à la lisière même du camp; mais là, ils se reforment, de nouveau ils recommencent la charge , et une vaste mêlée de cavalerie s'engage dans la plaine. Enfin les Maures en déroute sont ramenés jusque dans leurs retranchements, et la bataille semble perdue^ quand des hauteurs, d'où elle observait la lutte, la réserve se porte d'un élan furieux sur le flanc des troupes byzatHines, qui, surprises, affolées, s'enfuient en désordre, abandonnant leurs chefs au milieu du combat. Pourtant, grâce aux efforts des officiers grecs, la bataille se rétablit, et reprend plus ardente devant le camp berbère. Retranchés dans leur citadelle vivante, les indigènes font une défense désespé-

t Joh,. W, 619-1171

rée : les femmes, les enfants, les vieillards, toul le monde prend pari à la lutte ; on repousse les assaillants à coups de pierre, on les écrase sous d'énormes meules, on leur jette des masses de plomb et des torches enflammées, tandis que l'infatigable cavalerie maure prodigue les sorties et déploie, à la voix de ses chefs, un courage auquel ses adversaires mêmes rendent hommage ^ Mais enfin on les refoule; et à grands coups d'épée les Byzantins s*ouvrent un passage à travers les vivants remparts *. Les chameaux, le jarret coupé, s'abattent sur le sol, les bêles se dispersent et s'enfuient : alors de toutes parts, les troupes pénètrent dans le camp forcé, massacrant tout ce qu'elles rencontrent, pillant tout ce qu'elles trouvent, cependant qu'à travers la plaine s'enfuient les débris de l'armée berbère, poursuivis jusqu'à la tombée de la nuit par les escadrons byzantins.

J'ai insisté — un peu longuement peut-êlre — sur ces détails si curieux et si pittoresques. C'est qu'en effet, dans ces indigènes si différents d'eux-mêmes, les Grecs ont rencontré, jusqu'à la conquête arabe, les seuls, mais constants, adversaires de leur domination, ils ont pu réussir à les vaincre, ils ont pu parvenir à paralyser leurs attaques par une solide chaîne de forteresses, ils ont pu même les réduire momentanément à une vassalité transitoire : toujours ils ont dû reprendre contre eux les armes, toujours ils ont trouvé en eux l'obstacle irréductible à l'occupation totale de l'Afrique. C'est pourquoi, dès celte première guerre, qui est en quelque manière le prototype de tant d'autres, il n'était point inutile de marquer en quelques traits les habitudes militaires des deux adversaires, d'expliquer leurs méthodes de combat, de faire comprendre le caractère de leurs luttes : dans ce tableau général on trouve en effet, avec Texplication de plus d'une défaite subie par les impériaux, comme une image réduite de ces guerres incessantes qui ont ensanglanté l'Afrique byzantine.

l.Joh., IV, 30-33. •

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