Bell, Vand., p
de la frontière se laissèrent enlever ou surprendre; la population des campagnes, ne trouvant nulle forteresse où chercher un refuge, fut massacrée ou réduite en esclavage : et bientôt plus de 50,000^ Berbères coururent la Byzacène^ sous les ordres de quatre chefs, Coutsina, Esdilasa, loupbrout et Hedesinissa*. C'étaient là d'inquiétantes nouvelles : bientôt un incident plus grave acheva d'alarmer les esprits. Un corps de cavalerie de plus de 500 hommes, troupe d'élite commandée par deux officiers solides, jadis attachés à la personne de Bélisaire, était cantonné en Byzacènes: ce détachement essaya de faire tète à l'ennemi, et un moment il sembla y réussir; mais bientôt, attaqués par des forces supérieures, cernés de toutes parts dans un étroit défilé, les cavaliers byzantins, après une résistance héroïque, succombèrent sous le nombre; la plupart d^entre eux restèrent sur le champ de bataille ; quelques-uns, moins heureux, tombèrent au pouvoir des indigènes, et parmi eux Tun des commandants du détachement. C'était un prisonnier de marque : tout aussitôt il fut massacré, et sa tète promenée, comme un trophée de victoire, à travers les camps berbères. La nouvelle de ce désastre jeta la panique à Carthage : et on le comprend sans peine, si Ton songe à l'émoi que produirait, dans notre Algérie française, au début d'un soulèvement, l'annonce de la destruction totale d'un de nos régiments de cavalerie \ En même temps on apprenait que la Numidie était envahie, et que 30,000 hommes d'Iabdas, descendus de l'Âurès,' parcouraient sans trouver d'obstacle toute l'étendue des hauts plateaux*. Du coup, l'armée byzantine, déjà si ébranlée, acheva de perdre toute confiance*, et son nouveau chef lui-môme, placé dès sa prise de commandement en d'aussi difficiles conjonctures, s'effrayait
3. Id., p. 447, 449. Sur le chiffre des troupes byzantines, id., p. 454. 4 W., p. 447.
non sans raison de la lourde responsabilité qui lai incombait ^ Solomon disposait pourtant de forces assez importantes. Il conservait avec lui la presque totalité du corps expéditionnaire, Bélisaire s'étant décidé, au moment de partir, à lui laisser la plus grande partie de la cavalerie d'élite qu'il comptait d'abord emmener à Constantinople ' ; de plus, l'empereur avait senti la nécessité de renforcer l'armée d'occupation, et des troupes fraîches étaient en route et sur le point d'arriver '. Le général byzantin allait donc avoir à ses ordres tout près de 18,000 hommes^ : toutefois la nécessité de faire un détachement en Numidie, l'obligation de laisser des garnisons dans un certain nombre de villes diminuaient assez sérieusement l'effectif de l'armée combattante. Cependant Solomon n'hésita point : rappelant à lui toutes les unités disponibles, se contentant d'assurer sérieusement la défense de Carthage, il marcha à Tennemi avec le reste de ses forces.
Il trouva les Berbères en Byzacène, campés, sous les ordres de leurs quatre chefs, dans la grande plaine de Mamma^ A la vue de la petite armée byzantine, qu'ils jugeaient — non