XIV PREFACE
hôpitaux, les sanatoriums. les lazarets et les familles ! Qui pourrait seulement donner le chiffre exact des Kabyles morts à Madagascar et depuis leur retour, au cap Matifou, où leur état de misère poignante les avait fait parquer en une rigoureuse quarantaine? Un tel relevé serait à lui seul lacondamnation des organisateurs d'une expédition qui aurait produit des deuils infiniment moins nombreux, pour atteindre le but désiré, si l'on avait seulement lu ce qu'avaient coûté les croisières et opérations militaires de 1885 sur la côte de Mada- ^rascar, ce qu'avait coûté simplement le mouillage dans la baie de Diégo-Suarez. Encore cette fois ce fut le <i Douloureux recommencement » aggravé par les travaux de terrassement, par le séjour prolongé dans les régions basses qu'on eût dû faire passer au vol par les troupes blanches. Qui oserait dire que demain la même erreur ne se produirait pas? Pendant combien de temps encore son fatalisme décevant rondra-t-il le Français incorrigible ?
Quelle pluuKî, encore dolentr à leur seul souvenir, os<;ra raconter à côté du grand désastre certains épisodes non moins tristement suggestifs? Un officier découvrant, à quelques centaines de mètres du poste occupé de Marololo, un soldat reconnaissable à son uniforme, étendu près d'un arbre, avidement fouillé par des fourmis nécrophages.
un orbite déjà entièrement virlé, ilotit le n cadavre » lorsqu'il le puusse instiiiclivttnicnt du pied, répond par un Taible ràlo « oh ! le dernier ». sous le regard i^uliitenient consterné de ce témoin de hasard : — un médecin de marine du Ponceau, avec uDe sollicitude émouvante cliargeant luimême sur les cacolets de pauvres dyssentériques, ÎDcapables de s'excuser de souiller son cou et ses épaules de leurs déjections sanglantes ruisselant le long de sa veste cachou ; — un petit chasseur à pied rapatrié descendant péniblement de sa voiture pour y installer, h sa place, le coolie chargé de la diriger qui vient de torubcr défaillant sur le milii-u du chemin, le conduisant jusqu'il l'étape de la cote 700, où, après avoir constaté avec surprise le décès du Kabyle, il s'aiïaisse, mort lui- ' même, victime touchante d'un dévoAment deux i foi* inutile; — â Andriha, faute de bras, 18 ca- I davres entassés péle-méle dans une fosse comf mune; le lendemain li enfouis dans les mêmes 1 eoDilitions; — aux alentours de ce même poste. [ un officier inspectant la campagne, attiré par une ['odeur fétide auprès de quelques cagnas isolées, F? pénétrant, l'wil inquiet, et trouvant dans cha- Fêune d'elles deux ou trois cadavres insoupi;onnés fde convoyeurs, gisant côte à côte, rapprochés ï mâme dans la mort; — des malades et éclopés, abandonnés par la colonne volante continuant, elle,