‹ L'Afrique centrale et la Conférence géographique de BruxellesChapitre 18 sur 20 · AC P*YS HE L · texte numérisé non relu

AC P*YS HE L

adressée & la reine : « Leurs canons sont comme te tonnerre, leurs Tiisils comme lu grêle, n C'était sans doute l'excuse de l'abandon d'une position que nos généraux et nos orijciers jugeaient tous très difTicile à enlever, si elle eùl i5lé tant soit peu dérendue. Nos Français ont surnommé déjà le grand général howa Itam asse-Lon - Bazar.

Nuit désolante, marquée de nombreuses évacuations dyssentériques d'un ténesrae Fort douloureux. De très bonne heure je conduis au port un groupe important de malades évacués sur Ankaboka, rencontre surnotre route le capitaine Roulet qui va faire une reconnaissance jusqu'aux Hauteurs-Dénudées. 11 vient se rendre compte des futurs emplacements de la brigade Voyron. .le rentre le plus tnt possible pour ne plus quitter ma case, vivant de lait et de quelques pilules d'opium, dont je ne retire aucune amélioration sensible.

Une légère 'rémission me permet de regarder passer, tssis devant ma case, un long convoi du train, admi- CSblement conduit par des Sénégalais. Pendant le déjeuner auquel j'assiste sansy prendre part, arrivent Ouilgaud, les lieuLenantsde Salnte-Koy et l'etitjean avec leur convoi de bipufs. .le me permets d'inviter à notre popote le charmant Ferry pour ce soir; des douleurs atroceset des selles sanglantes me ramènent aussitôt dans ma cngna que je ne peux quitter de la jour-

née, ni de la soirée. La nuit, Sendral esta tout instant réveillé par mes entrées et sorties continuelles. Julia avait raison de dire que ma case était inhabitable.

19 juin.

L'infirmier Périsse accompagne à bord du Btiéni une longue théorie de fiévreux qu'il m'est impossible de conduire moi-même. Couché toute la journée, je soupire après la nuit qui, hélas I est encore plus affreuse que le jour.

20 juin.

A peine puis-je, soutenu par Périsse, faire, malgré de fréquents repos, l'examen de mes malades. Les forces m'abandonnent de plus en plus, elles s'évanouissent avec une rapidité dont les plus sérieux accès de fièvre ne m'avaient pas donné le soupçon. Journée aussi accablante que les précédentes. Au milieu de la nuit, menacé de syncope, j'appelle Sendral pour recourir à ses soins Je reviens tout de suite à moi.

21 juin.

Sendral quitte le camp de bon matin pour accompagner vers Ambalalaty une reconnaissance conduite par le lieutenant Gaulipret me prie de le remplacer auprès de ses malades du 200^ Aurai-je la force de me lever pour l'heure de la visite? A huit heures (j'ai renvoyé d'une demi-heure l'examen des hommes) on frappe h ma porte, a Entrez. — Le médecin? — C'est bien ici, approchez, que désirez-vous? répliqué-je sans me retour-

ner. — Directeur Emery-Desbrousses. — Pardon, monsieur le directeur, de me trouver encore couché, je viens de passer une nuit horrible; donnez-moi le temps de m'habiller, je suis à vous. y> Pendant ce temps, il examine lui-même les soldats du 200" réunis près de ma porte, en attendant ma visite. Après m'avoir remercié de mon travail sur l'Infirmerie d'Ambato qu'ila trouvé trop complet et trop documenté, il me demande ce que je pense de l'état sanitaire du 200*. Je le déclare déplorable, du moins dans les compagnies qu*il m'a été donné de voir tant à Androtraqu'à Ambato. Il a fait la même constatation. Il me félicite (je me demande pourquoi) de l'état du 3* bataillon d'Algérie qu'on avait dit très précaire et dont il croyait venir recueillir les débris; je le détrompe et lui dis son erreur. Il est vrai que presque tous ont été malades dans les débuts difllciles de la période hivernale, mais leur force de résistance et leur énergie morale leur permettent de lutter plus victorieusement contre laûèvreque nos petits Français. Il me déconseille de faire des injections de quinine^ à moins de cas absolument désespérés. Je ne réponds pas; je n'en ferai rien, convaincu que les cas de tétanos qu'il leur impute ne peuvent être dus qu'à des injections faites avec des aiguilles malpropres sur des téguments non nettoyés sérieusement et nullement à une action simplement mécanique de l'aiguille sur un lilet nerveux. A ce compte-là il fallait les empêcher toutes: morphine, éther, caféine, etc.... C'est donc vrai qu'il s'était opposé à l'usage fréquent de ce procédé! On me l'avait chanté sur tous les tons; je ne pouvais croire à une pareille hérésie de la part d'un médecin, surtout du plus

grand de tous en galons. Je me contente de lui

dire que j'en ai faitprès de cinquante, sans autre acci-

deDt qu'un abcès, survenu d'ailleurs chez un turco en pleines convulsions et difQclle à maîtriser. J'en avais été réduit à Tinjecter à Tavant-bras, ne pouvant le piquer dans une autre région. Il avait été guéri de son accès pernicieux, et n'avait pas tardé à reprendre son service avecun simple pansement sur la région ulcérée. Après lui avoir expliqué l'absence de Sendral pour raison de service, je lui demande Tautorisation de rejoindre mon bataillon dès l'arrivée du médecin-major Alvernhe qu'il a désigné pour me remplacer. Il m'y autorise, tout en ajoutant que cet officier avait reçu un contre-ordre, en raison de l'installation prochaine à Ambato d'une section de l'hôpital n® 2. Sendral me succédera. En le conduisant à traverslescases de l'Infirmerie je lui dis ma pauvreté en médicaments et la situation qui me fut faite par le commandant du 200^ « Pourquoi ne m*en avez-vous pas rendu compte? — Parce que, monsieur le Directeur, je ne vous savais pas encore arrivé, mais j'ai avisé le général Metzinger. » Il part, 1 air satisfait. Journée et nuit affreuses.

ââ juin.

Je ne puis abandonner mon lit. Dans l'après-midi on frappe î\ ma porte. C'est le docteur Alvernhe qui n'a pas encore reçu le contre-ordre de notre grand chef. Il arrive de Maroway avec un gros approvisionnement de quinine. Je lui dis mon état, lui demande un peu de sulfate de soude dont je suis absolument privé. 11 s'empresse de descendre au port et m'en rapporte toute une boite. J'en absorbe de petites doses espact^es. La nuit se passe comme les précédentes, douloureuse et poignante.

AU VAYS [JE LA flËVRE

>3 juin.

De toute la journée je ne puis quitter iim case u médecin-m^jorAlvernbe, qui a visité mes malades pour me rendre service, vient à tout instant me voir. Dans la soirée il m'annonce qu'il vient d'être rappelé à Marowa)' et m'engage fortement à me faire hospitaliser. Devant mon refus énergique il répond qu'il rendrai compleau Directeur de mon état et saura en obtenir une hospitalisation d'urgence. Mon parti est arrêté; il faut de toute façon que je quitte Amb;ito avant qu'il ne puisse rencontrer le ^rnnd chef. Un petit mot très aimable du capitaine d'ilenuezel me prie, vers sept heures, de faire mon possible [H)ur assister au dîner ofi les deux compagnies d'IienneKel-Courties sont réunies. Au bras de Toumi je m'y rends, respecte tous les plats, essuie de sourire h des camarades tous charmanta, de temps en temps mesquive [>our donner mes soins i\ Ztiber en plein accès dans la cagna voisine. A l'entrée de la nuit le Buéni s'annonce au port. Impossible d'aller serrer la main du brave Kerry ce soir, demain matin je lui amènerai un convoi de malades.

De grand matin les Qévreux Ront installés dans le \ Bueni qui retourne à Ankaboka. Tout près de nous une 1 petite canonnière est ft l'ancre ; c'est la Précieuse, commandée par l'enseigne Guépini qui remorque uo I chaland de vivres à Marololo où est encore notre bataillon. Quelle ticcagion de luir vers mon corps! Je ' m'aboucbeavec l'enseigne; iU-st entenduque vers trois I heurea il me prendra à son bord. Mon ordonnança et i

270 AU PAYS DK LA FIÈVHE

mon infirmier éclatent de joie quand je leur ordonne de se tenir pnHs pour cette heure. Le service remis i\ Sendral, mes adieux et remerciements adressés aux officiers de la compa,s:nie d*Ilennezel et au lieutenant Waddington, nous voilà tous trois partis pour le port. (Contrairement aux prévisions du commandant, l'on ne pourra démarrer que vers cinq heures, en raison d'un retard dans la distribution de la viande. C*est plus qu'il n'en faut pour qu'un petit fantassin du 200' me rapporte mon revolver et ma jumelle de campagne oubliés à la popote, dans ma joie de rejoindre Tavant. Voyage charmant sur une riante Hctsiboka, aux rives couvertes^de bananiers et de longs roseaux aux extrémités touiru(»s : repas ex(ïuis servi par un matelot très fctylé, anrien garçon de la maison Laissus du quartier (le rodéon ; causerie intéressante sur Tananarive par le jeune Le ('hâtrier et un ai^ent-voyer, Haberer, autrefois employé chez Suberbie ; nuit parfaite sur le canapé de la cabine du commandant transformé en lit et doté d'une confortable moustiquaire. L'ancre avait été jetée au Cocoti(»r, point nommé ainsi parce (lu'il est reconnaissable î\ cet arbre, le S3ul d'ailleurs de tout le trajet. 11 s'y trouve par erreur, comme moi sur la canonnière. La joie m'a rendu la santé ; r'est à peine si de timides in(]uiétudes intestinales ont osé me taquiner, aisément réprimées par (luebiues gouttes de laudanum.

2*1 juin.

Matinée des plus ai^^réabies, traversée idéale sur une large rivière bordée d'arbrosù gaucbe et à droite, mais hérissée de difficultés dues aux caprices des bancs de sable. Pas un échouage, le commandant est sans cesse

à la barre, même pendant le déjeuner où il me passe la présidence.

26 juin.

Vers dix heures nous croisons l* Infernale, plus loin rencontrons au plein une canonnière commandée par , IVogues, peu après nous échouons nous-mêmes en face de Bépaka. Pendant cinq heures les marins, courageusement entrés dans la rivière, essaient de nous désensabler; enfin l'on repart. En face des Hauleurs-Dénudées un sergent agite en vain un pli devant nos yeux, un banc de sable nous empêche de prendre sa lettre et d'approcher de la rive droite du fleuve. 11 est bientôt cinq heures quand nous arrivons au confluent de la Betsiboka et de Tlkopa. Nous nous reprenons à trois fois pour passer entre un banc de sable étendu à bâbord et un rocher émergeant à tribord. L'obstacle franchi, nous entrons dans Tlkopa, rivière presque aussi large que la précédente, aux bords ombragés, au courant rapide. Sur la gauche les turcos construisent la route de Marololo au confluent, qui se continuera avec le pont que le génie doit bientôt jeter sur le fleuve, large de 450 mètres en ce point. Ouand nous mouillons, la nuit vient de tomber. Au lieu de débarquer, Guépin nous propose de dîner et de coucher à bord, proposition joyeusement accueillie par les cinq passagers. Non loin de la Précieuse est à Tiincre la Poursuivante, sous les ordres de Convers, qui seule assure, en ce moment, le service de Marololo à Sakoabé au milieu de périls réels. Je ne me sens plus malade.

27 juin.

J'essaie de bien exprimer ma recoQaaissaace à Guépin pour son empressement à me rendre service, car il n'avait aucune réquisition me concernant. A terre ce no sont qu'accolades et franches poignées de main au a tebib » revenu. Bourgeois, peut-on en douter? m'offre la moitié de sa case. Béringer reçoit ma visite ; il est cloué sur place par une hfydarlhrose du genou. J'en fais une réglementaire au commandant d'armes, le chef de bataillon de Sainte-Marie, qui me reçoit très aimablement. Déjeuner où j'ai retrouvé ma gaieté d'antan avec les officiers dont j'ai partagé les joies et les tristesses dans des circonstances pénibles; tous sont là sauf le brave Royer. Je crains qu'il ne puisse plus être des nôtres .

iS juin.

Quelle agréable promenade à cheval que celle de ce matin, faite d*après le conseil de Guertz, sur la route que nos tirailleurs construisent entre Marololo et le confluent î véritable avenue large, ombragée, soigneusement ratissée. La pelle et la pioche rivalisent d'ardeur, transformant nos hommes en terrassiers dirigés par les officiers, improvisés eux-mêmes chefs de chantier. Et partout il en est de même; toutes les troupes à l'avant et h l'arrière sont désormais condamnées à ce travail ingrat et dangereux. Que deviennent les prescriptions (le tous les inédecins coloniaux qui posent en principe fondamental que letravail de la terre, en pays tropical, est absolument interdit aux Européens? à quoi sert lecoaseil de séjourner le moins

possible dans lea terres basses? La station dans te Uuéni nous cortle iléjft bien cher, combien de temps ■•ntrore les voitures l.prebvre vont-elles lii prolonger? l'iiissent-elles ne pas nous conduire 4 des fautes irréparables! Souhaitons qu'après avoir di^cimé le génie ''t snns tarder lis 200", le 40' et l'infanterie de marine. ri'lle-ci moins sérieusement, nlles laissent assoK d'ATritains pour arriver ît Tiinanarive! Les légionnaires, los turcos, les haoussos, les sakalaves, les volontaires de la Héunion, les convoyeur» kabyles, somalis, abyssins et sénégalais survivront- ils assez nombreux pour liisser le drapeau tricolore au-dessus du palais de la reine llanavalo/ — A la popote Vernadel le plus doux accueil m'est réservé pendant le dîner. Il me faut raconter Ips moindres détails sur mon existence, loin de mon corps d'origine. Ses oflicîers, le capitaine Vitlu de Kéraoul qui y prend popote, écoutent, en riunt, mes démêlés avec le commandant d'armes actuel de Marololo, Le capitaine Gatel me propose une promenade dans le camp, dès que j'ai pris congé de mes hi'itos. Nous parlons des tout premiers jours de la campagne, des demi-tours nombreux, des - contreordres désespérants : tout h coup l'éclair d'une baîonnelle brille à hauteur de ma lôte. « Malheureux! crie le capitaine, vous ne voyez donc pas que ce ne sont pas des llowas? » Rt nous allons nous asseoir près de sa case, p'rès rie nos bonsturcoa. « Cet homme est certainement du 200' ? la même histoire a failli m'arriver à Ambalo. — C'est évident ii, ri^pond le capitaine G.il'd. AprËs une assez longue causerie il s'obstine h me recunduire l'hez moi; ne tenant pas ^ ce qu'on tue le ■• l<'bib des tirailleurs, n (Quelques camarades grillent de* cigarettes, je m'allonge auprès d'eux. Ils me rn-

content les inventions du commandant de Saiotô-Marie: le « llalte-là ! qui vive ? » remplacé par un cri d'animal auquel il fallait répondre par le même cri si l'on voulait rentrer dans le camp ; ou encore le a complétez à cinq » que je ne comprends pas. La sentinelle, pour moins attirer l'éveil du Ilowa farouche, frappait de la main un, deux trois ou quatre coups et celui qui voulait passer était tenu, à son tour, de frapper le nombre de coups complétant le chiffre 5. Ainsi une sentinelle frappant deux fois, l'on devait lui répondre par trois coups; sans quoi l'on tirait sur vous. Je frémis en songeant que si ce système avait prévalu encore, j'aurais pu, ignorant cette fantaisie antiréglementaire et indevinable, descendre la nuit de la canonnière la Précieuse et me faire percer de part en part, croyant à la rage d'un homme contre des moustiques. On n'est pas plus inconscient. Mais oui, puisque ce soir aucune sommation ne nous a été faite et qu'on a croisé la baïonnette. Le camp de Marololo est trop dangereux, j'ai hâte de le quitter après-demain. Et c'est ce chef qui me dit malade et demande mon rappel !

29 juin.

A l'heure de la sieste, je me promène sur le bord de la rivière, heureux de me sentir revivre, quand une voix m'interpelle: « Docteur! » C'est celle du bravo Gharbonnel qui m'envoie un youyou pour monter h bord de sa canonnière la Rusée, Il me prie d'examiner un rie ses marins atteint de dyssenterie Puis c'est le tour du capitame Delbousquet dont l'ordonnance viendrait de tomber dans le coma. Ce matin elle lui avait paru un peu bizarre, mais le turco interrogé avait répondu

n'avoir rien d'anormal. A n*en pas douter, c'est un accès pernicieux. Aussitôt je lui injecte une dose massive de quinine, puisque mon Directeur la permet dans ces cas. Je ne sais si elle le sauvera, en tout cas je puis garantir qu'elle ne le mettra pas en tétanos. Encore un de perdu sans doute ! Quel doit être le nombre des morts dans les hôpitaux et les ambulances ?

A Suberbieville.

.(30 juin-16 juillet.)

A cinq heures et demie le camp est levé par une matinée froide et humide, due au voisinage de l'Ikopa, qui nous forc(î à garder nos caoutchoucs pendant les premières heures de la marche. Le bataillon, complet pour une fois, doit gagner hératsimanana aujourd'hui et demain entrer à Suberbieville. Pendant lespreniîères lieures un brouillard intense nous cache le lleuve et aussi le paysage: des baîs-fonds marécageux et boisés bientôt nous en éloignent. La route aménagée avec soin, signée en rertains points « La Légion », bientôt emprunte des ravins profonds ou domine des précipices elVrayants..Ie ne suppose pas qu'on ait la prétention de risquer dans de tels chemins les 120 courts et les 80 de campagne dont 1p. corps expéditionnaire s'est encombré. Les artilleurs des deux batteries montées deviendront sans doute de simples convoyeurs et leurs ofliciers des chefs de convoi tout comme nos fantassins

AU PAYS DE LA FiftVRB 283

(levienneDt terrassiers et leurs officiers deB ageotsvoyers, Ce ne sont plus que montées et descentes, ravins et mamelon». Vers dix heures la poussière souievée par ia colonne s'augmente, à l'occasion d'une pause, des flotsque vient grossirle passage d'un convoi de 100 mulets par lequel nous notfs sommes laissé devancer. Les mulets comme toujours marchent au cordeau. On vient de se ri'rnettre en marche, quand un cavalier est signalé dans la direction du sud, venant à bride abattue. Arrivé à hauteur de la colonne, il remet un pli au commandant Uebrou et repart vers Suberbieville. Tous se taisent nurieux, on n'entend que le bruit des pas et les bidons heurtant les baïonnettes. Bientôt la nouvelle se roiporte. Il nous faut doubler l'étape pour occuper ce soir même Suberbieville. Une compagnie de tirailleurs aété attaquée hier matin, à Tsarasotra, par un Tortparti ennemi nous tuant unofQcieret un caporal, bles^suntsix hommes. Le 40° bataillon a quitté Suberbieville hier .'i midi pour repousser les Howas massés tout près de notre premier poste ; la légion h son tour attend notre arrivt^e pour partir sur l'avant. Nos tirailleurs sont en émoi et jurent de venger leurs camarades et leur officier. Il s'agirait du lieutenant .Vngey -Du Tresse. La grand 'halte h Bératsimanana est l'objet de toutes sortes de commentaires. Les Ilowas s'cnhardissaient-ilg contre d'autres adversaires que les Sakalavesde .Manounga?les blani;s de Mévatanana seraient-ils des chefs audacieux ? b:ntrerait-on dans une phase toute dilTérenle"? Nul ne songe à siester,

A deits heures et demie le bataillon se remet en route par une chaleur torride. L'hygiéno n'a qoe faire aujourd'hui. A moitié chemin, de la direction de Suberbieville arrivent dix mulets destinés aux éclopés ou aux

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sacs des traînards ; il est naturel de supposer qu'il y en aura avant l'arrivée à l'étape. Déjà six hommes tirent la jambe ; ils se refusent à monter à mulet et s'obstinent à aller à pied jusqu'au bout Ouand à cinq heures et demie nous arrivons à Suberbieville, un, seul,

ne marche pas. L'allure et l'entrain des turcos réjouissent lesofliciers do la place et de 1 etat-major qui, surpris, manifestent leur admiration en bravos enthousiastes. Sur la rive gauche une haute colline isolée, à flancs presque verticaux, une véritable acropole, domine la plaine; c'est Mévatanana. Elle paraît imprenable.

Ouelle déception en entrant en ville ! Non loin delà route aménagée par les chasseurs à pied, sur la rive droite de l'Ikopa, une usine aux apparences peu grandioses ; plus loin trois ou quatre constructions en pisé avec véranda, à simple rez-de-chaussée, affectées aux bureaux et aux ofUciers de l'état-major général. \ gauche du chemin, deux constructions à étage, d'apparence confortable : les maisons de M. Guilgaud et de M. Suberbie, cette dernière louée au général en chef. Au fur et à mesure que l'on avance l'impression devient de plus en plus décevante : encore quelques constructions en pisé sur notre gauche réservées àPambuIance et précédées de nombreuses tentes coniques, le loni^de la route, traversant le village, une voie de chemin de fer Decauville aboutissant aune agglomération d'une trentaine de cases indigènes, le village de Kangamanasïaka. C'est en face de ce hameau, totalement abandonné et inutilisé par nos soldats ou nos malades- qu'est Uxé le terrain de campement, à droite de la route. On y accède après avoir franchi un tout petit pont de bois assez peu solide. Le pays très raviné et accidenté

àU PaVS de L* FifcVRB

présente un sl-uI jirbre; toutes les tentes sont exposées en plein soleil ; seules les rives de l'Ikopa sont bordées de roseaux. Los tirailleurs sont déjà près de I» rivîôre et en coupent pour couvrir leurs tentes et celles de leurs oniciers. Blaguinville ! répètent les tirailleurs français désappointés. Sous m.i tente admirablement installéeJ j'étouffe, une soiT ardente me dévore. C'est aussi le coal de mon médecin-major qui me propose d'aller mendiot'l à l'ambulance un ou plusieurs verres d'eau. Tandisqu'&a l'ombre d'une véranda nous nous épongeons, nous! voyons arriver, tout près de nous, le général en cherfl avec quelques oltlciers d'élat-major. Il pénètre diinf.J une grande tente murabout où des brancards occupésjl gisent sur le sol ; c'est, nous apprend-on, celle qui con-P lient les blessés du combat de Tsarasotra , Nous pouvonvil saisir les dernières paroles qu'il prononce: uCe ne gcr&'l rien, on voussoigaera bien, vous serez bientôt guéris; quant aux llowas ils viennent de recevoir une TameuH 1 pile, vient de m'écrire le général Metzinger, voubI avez été bien vengés, j) Celte dernière nouvelle noua I rassure, malgré le vague de ce langage intenlio lement simple et k la portée du soldat.

I La décision Rxe h cinq heures, ce soir, les funcniil s du lieutenant Augey-DufresBe et du caporal Sapin

lont les corps sont attendus b Suberbieville dans la soi^, . Toute la journée les commentaires volent, parfois- J

K>Dtradîctoires; h cinq heures tout le monde est réuni i face de l'ambulance. Tournés vers le sud, nous re-

jardons anxieux et en silence. Les minutes s'écuulcnt Lgues al angoissées, rien n'upparatt et la nuit vu

Dufresse ! cette imposanteet émouvante cérémonie des funérailles dont chacun se retire bouleversé et ému jusqu'aux larmes.

2 juillet.

Un court billet de Thiel me prie dans la matinée de vouloir bien visiter quelques malades de la légion et du 2« tirailleurs laissés par leur corps. Deux d*entre eux très gravement atteints sont immédiatement transportés sur des brancards à l'ambulance. Aussitôt après le déjeuner, envahi par la fièvre, je fais avertir mon médecin- major que je ne puis quitter ma tente et raccompagner à Mévatanana, comme je le lui avais promis. Il brille de monter au village indo-sakalave pour remplacer certains objets indispensables dont le priva l'incendie de Trabondjy. Sous latente je souffre plus peutêtre de la chaleur que de la fièvre.

:) juilh't.

Dans la matinée je prie le capitaine Vernadet de me cé(l*r, pour installer Tlnfirmerie de garnison, quelques c.ii:!ias occupées par ses tirailleurs. A cinq heures du soir elle reçoit déjà quel quesûévreux; deux légionnaires, incapables de marcher, sont transportés à Tambulance. La tente est intolérable, aussi presque tous couchent-ils en dehors d'elle, les lils transportés en plein air. Nulle pluie à craindre, pendant des mois entiers il ne tombe pas une goutte d'eau. Quelle ne doit pas être la situation des soldats malades de l'ambulance couchés sous lestenles marabouts? que ne lesinstalle-l-on au village indigène, dans les cases autrefois habitées

AU {'AVS DE LA ['l£VRK 3S£|

par les travailleurs nègres de l'exploitation de M. Suberbio tant qu'enessuiit.ab;mdanni^esf Les Manguiers, (juand le balaillan arrivait Majunga, durent Hrc abandonDés pour Murrotni après l 'expérience des otiits d'orage Iraneibrmant le camp en lacpuisen marais; faudra-t-il attendre quedcscoupadechaleur aient aggravé l'étaldéjàppfîcairedesliévreux poursedt^cideràremplacerl'étiive asphyxian tedCGlen tes pnr l'air pitisrenouvelé et iiioinsbrillant de itangain;inaBtiik;i 7 Les indigènes nous montrent quels abris sont suppurlables en ces régions et plus radies à construire; ils nous les abandonnent pour l'instant; quel motif en prive nos soldats et d'abord nos mourants? L'état-major j^énéral préfère les maisons en pisé â touti lesautres genres d'habitation et les accapare en pleine sanlé uu du moins en état de santé très convenable ; ne peut-on pas an moins faire l'aumdne de cases vidus à des troupiers qui ont pi'iiné davantage et sont victimes de leur dévouement au pays et à leurs chefs? Nul n'élèvera donc la voix en faveur des humbles et des petits sans qui les grands ne pourraient rien faire?

IJans l'après-midi il me fut donné de recueillir les renseignements les plus précis sur les combats des 39 et 30 .juin.

Le 18 juin, un détachement- sous les ordres du cornmandant Leutonnet, quittaitSuberbieville.il avait reçu pour mission de chasser du village de Tsarasotra, distant de 2â kilomètres dans la direction du sud, l'arrière-garde que les llowas y auraient lai.^sée. si l'on en croyait les renseignements n/cueillis par l'élal-major, de faire quelques reconnaissances au delà de ce point. Il comprenait trois compagnies du â' lirailleurs : la 5° (.l'radal), la 6" iCastel), la 7' (l'illot), une section d'ar-

290 AU PAYS l)B LA FiÈVilB

tilierie de montagne de la 10* batterie (Poncet), un peloton de chasseurs d^Afriqiie (Corhumel). Le capitaine Aube, du service des renseignements et le capitaine Pons, de l'état-major du génie, lui étaient adjoints. Ce petit groupe, en occupant le poste indiqué, permettrait la continuation des travaux de la route entre ce point et Suberbieville. Quand le détachement se présenta à Tsarasotra, il le trouva évacué. Le commandant renvoya i\ Héhanana les compagnies Pradal et Pillot dont il jugea la présence inutile à côté de lui et les alTecta à la construction de la route. Couvertes par la compagnie Castel elles pourraient s y livrer sans inquiétude. — Le 24 juin, une reconnaissance envoyée à 9 kilomètres sur le massif montairneux du Béritzoka trouva également ce point inoccupé. — Le i8. à neuf heures du soir, le camp futmisen ômoi par une fusillade du côté de l'est et les roulements du tambour de guerre des Howas. Quelques instants après un Fran^^ais du petit poste situé à un kilomètre onvirim sur la route du Béritzoka vint avertir que les enutMuis étaient sur tux. Une patrouille fut aussitôt envoyée à son secours; elle rentrait vers dix heures et demie, rendant compt'?que le petit poste sur le p.nnt détro o-:rr»è .iv.ut d'X b.ittro en retraite derrière unpli deterrair.. r.'.ii .iej^-.iis vi.^it renlrê dansleca'me. Le lonJeir.i :; f^^. i Li |.V':nte da jour, vers cinq heures trv.s vju-.rls. les svr.t::".e'"-;s des j«eti:s p:*strs ve n À i 0 r. t i o u ; -; s a v r r: . r q ue d- s ii: a sse s de H : w is ie*- IvuchAi-:::: i>vir uu s-.::::r. le !.!:.: ie :lk.r,i. es rraiuîeuvAie::: À t se Allier '.«fs l^hIis .:u riv::: q*.:. s'étend au su.i iu j:.iteiu .ie rs^irÀs;:r^. Les ::ri:.,eurs rrf-

qu .i^v.»- u;;;r\SA j.>*i'.if .es CAiiv-rs -.■::-e:r;es :-:vri:ez.: un :eu :rfs v.f sur '.: .juv.:^ f*:-i!iiiz: l-*s c^enles sel

AL' PAYS l)E f.A FIËVKE

el GEi]iiissant sur l'ouest un mouvement très eignîlica'J tif, près du fleuve. La compagnie en queliiueg ins- ' tunts se déploya : trois sections face au sud. la qua--l trièuie en réserve sous les ordres directs du capitains'l Caslel; le peloton de cavalerie gardait la droite do I camp, face A l'Ikopa: la section d'artillerie se meltaitl en batterie également face au sud. Dès les premièrci J salves le lieutenant Aiigey Dufresse tombait frappé ' d'une balle en plein ventre. Un chasseur d'Afrique était au même muraeiit envoyé, h bride abattue, pour demander du renfort aui deux compagnies de Béhanana, puis de lâ rendre compte au général en chef, ft. Suberbieville, d'une attaque que d'ailleurs le commari'-l dant Lentonnet croyait pouvoir repousser. Les enne- ' mis tombaient en grand nombre, mais n'en pt^rsistalent pas moins & aflluer déboute part, malgré nos tirs d'infanterie et d'artillerie ices derniers iï mllraille). De noire côté nous avions déjà à déplorer depuis le début de la lutte la mort du caporal Sapin, la blessure évidemment mortelle du lieutenant Dufresse et six autreu blessés dont un artilleur. Vers six heures et quart, une nouvelle rolonne howa, descendant du mont Béritzoku, débouchait bienlM à l'est du plateau esquissant d'une façon très nette un mouvement tournant. Simultanément du càté de l'ouest le mouvement analogue 6'accentu.iit, malgré la résistance énergique du peloton de cavalerie. Les minutes devenaient précieuses. Le commandant Lentonnet donna l'onlre au capitaine Aube de se mettre à la tête de la section de réserve et de pousser fi la baïonnette une contre-attaque sur la colonne du Dérltitoka. Cette troupe s'élançait aussitôt au pas gymnastique contre l'ennemi, le mettait en fuite, remontait derrière lui les pentes qui dominent

Tsarasotra, à deux kilomètres vers Test, pour s'y installer. Du côte ouest, près de Tlkopa, les Howas voyant la retraite s'eiTectuer à i*extrémité opposée, tentaient un dernier efîort avant de commencer à se replier. Le capitaine Castel ordonna au capitaine adjudant>major Mahéas de diriger à son tour sur ce point une contreattaque avec la section du lieutenant indigène Kacy. Le succès fut immédiat; Tennemi se retira, sans tarder, devant nos baïonnettes, laissant plusieurs cadavres sur le terrain. Mais voilà que des masses très denses, constituant une troisième colonne, et munies d'artillerie se mettent à descendre le mont Béritzoka et se dirigent contre la section du capitaine Aube. Il est près de neuf heures. Cet officier s'attcndant à une attaque vigoureuse, (car l'ennemi s'avance en nombre,) fait demander du renfort et du canon. Le commandant lui envoie une section d'infanterie et les deux pièces de la section d'artillerie. Le feu de notre infanterie n'est plus aussi nourri, les munitions commencent à manquer, les salves sont moins fréquentes. Encore quelque temps des coups de fusil et des obus s'ëchangent sans résultat appréciable; cependant les Howas semblent délinitivement battre en retraite pour aller s'établir au Béritzoka. En ce moment (neuf heures et demie) arrivent h Tsarasotra, venant de Béhanana, la 7" compagnie (Pillot) et une section de la 5' (Grass) ; ce dernier lieutenant, au troisième coup de canon et sans attendre d'ordre, s'était hâté vers le lieu du combat. Ce détachement reçut l'ordre de se porter au secours du capitaine Aube; il entrait en ligne bientôt après et faisait reculer les troupes les plus avancées des Howas jusqu'à 4 kilomètres. Le gros de l'ennemi se décidait à céder la place et se fixait résolument au bois qui

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