‹ L'Afrique centrale et la Conférence géographique de BruxellesChapitre 4 sur 20 · LETTRES DE FRANCIS POCOCK · texte numérisé non relu

LETTRES DE FRANCIS POCOCK

Nous extrayons du Daily Telegraph les deux lettres suivantes. Ces lettres, adressées à>des membres de la famille du jeune voyageur, complètent sous divers rapports le tableau de M. Stanley.

Ujiji, lac Tanganyika, 21 juillet 1876.

Mon cher oncle,

J'aurais désiré vous voir avant de quitter rAngleterre, mais j'avais tant de visites a faire

presque toutes nos marchandises et la lassitude commence à nous gagner nous-mêmes. Les longues marches sous un soleil brûlant, sans compter la fièvre et les autres maladies, nous accaolent.

Nous avons fait de çrands pas en avant. D'U-

50Ç0, notre point de aépart, nous nous sommes ingés vers le nord-est de la route suivie par tous les voyageurs précédents,jusqu'au Victoria Nyanza où nous sommes arrivés après un voyage

de 103 jours, depuis la côte. La caravane vous eût offert un spectacle réjouissant au moment où elle atteignait le sommet de la colline et où nous apercevions tout à coup le lac. J'ai cru un moment c^ue nos vieux nègres allaient devenir fous dejoie; car ils couraient, sautaient, criaient^ se roulaient sur le sol, battaient leurs tambours en peau de bœuf, dansaient, chantaient, gesticulaient, tiraient des coups de fusil... que sais-je encore ?

Nous avons pris quelques jours de repos ; cuis nous avons démonté les pièces de notre navire; huit jours après, M. Stanley nous quittait pour explorer le lac. L'autre blanc, Fréa. Barker et moi, nous répondions des marchandises et de la troupe. Mais avant le retour de Stanley, ce pauvre Barker mourut d'un refroidissement. Je suis resté pour ainsi dire seul, car je ne connaissais encore nullement la langue du pays; et, pendant Tabsence de M. Stanley, trois chefs se sont entendus pour nous chasser et nous enlever nos marchandises. En tous les cas, me suis-je dit, ils ne nous chasseront pas à bon marché; aussi ai-je distribué des munitions et des fusils, ainsi ûue des lances à ceux qui n'étaient pas munis aarmes à feu, et nous avons attenau de pied ferme l'ennemi qui s'avançait vers notre camp. Je n'ai pas laissé un seul homme arriver jusqu à nous. Nous étions sur le point de faire feu lorsque nous avons vu un nomme s'avancer pour

^^Fnoos entretenir. Il venait l'aire la paiiL. Nous nous sommes réconciliés et tout s'est pawsè tranquillement. S'ils ne se sont pas battus, c'est qu'ils eussent tué quelques uns de leurs frères, car les habitants de notre village s'étaient tous rangés de notre côté de sorte que nous nous sommes parfaitement tirés d'affaire. Nous avons séjourné à Usukuma quatre mois, et j'ai reçu l'ordre do me rendre à Ukerewe et d'y chercher des canuts pour conduire la caravane à Uganda. Ukerewe est une île située à environ 30 railles de l'emplacement de notre camp; c'est la plus grande île du lac. J'ai obtenu 52 canots du sultan Lukongie et je suis alors retourné au carap. J'étais le premier blanc que se fût jamais montré dans cette île. La nombreuse poiiulation qui l'habite est nue. Les éléphants et les léopards y abondent. Les habitants ont apporté de la nourriture à notre camp, pour l'y vendre. Les

Javementss'effectuaienten perles;le drapn'avait leurs yeux qu'une valeur très mince. De là, nous nous sommes rendus à Uganda, puis à l'Albert Nyanza, en passant par Unyoro ; mais n'y trouvant pas comme à la V ictoria Nyanza un emplacement convenable pour notre camp, pendant que M. Stanley allait explorer le lac, nous sommes retournés a Uganda, de là à Karagwe I etde Karagwe à Ujiji. Nous avons quitté Karragwe le 28 mars, et sommes arrivés ici le l!27 mai. M, Stanley s'est mis en route le 11 juin

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pour explorer le Tanganyika. Je n'ai cas encore reçu de ses nouvelles, âe sorte que je ne puis dire où nous nous dirigerons en quittant Ujiji. Mais le vous écrirai de nouveau avant mon départ. Pour le moment, je dois vous dire adieu; dans l'espoir de vous revoir bientôt.

J'espère aussi qu'au reçu de cette lettre vous serez en bonne santé et habiterez le bois de €ookliam.

Votre neveu dévoué.

Francis Pocock.

Ujiji, lac Tanganyika, 23 août 1876.

Mes chers parents,

Voilà bientôt deux ans que nous aurons quitté la côte.

Je ne comptais recevoiraucune nouvelle avant notre arrivée à UUji; mais même à Uiiii nous n'avons trouvé ni lettres ni journaux d Europe; pas le moindre mot de consolation en arrivant ici. Nous avons trouvé le viUage entier en proie à la petite vérole, à la fièvre et a plusieurs autres maladies. Après avoir marché pendant deux mois dans la boue et dans l'eau, nous ne trouvions aucune nouvelle de chez nous. Cela n'était pas réjouissant. Nous comptions sérieu-

sèment sur quelques lettres ; si elles nous ont été adressées, elles auront été égarées ou volées; ou bien encore elles peuvent avoir passé par ici et avoir suivi Caraeron, car les Araoes ne savent pas déchiffrer notre écriture; ils savent seulement distinguer récriture d'un blanc (Kuzungr). Nous sommes arrivés le 27 mai 1876. Nous avons écrit une lettre en chemin. Noua l'avons adressée à Unyanyembe, à dix jours dé marche de l'endroit d'où je l'ai fait partir. Nous étions arrivés à deux mois de marche de la côte. Nous nous sommes alors dirigés à l'ouest verà ITjiji. En arrivant ici, j'ai écrit à ma mère. Cette lettre a été confiée, avec celles de M. Stanley, à cinq hommes. Voici trois mois qu'ils sont partie et ils ne sont pas encore de retour. Ils avaient pour mission de porter nos lettres et de nous rapporter à Ujiji nos lettres d'Angleterre : mais nous n'en avons plus entendu parler, et l'on craint bien qu'il faille renoncer à l'espoir de les revoir.

M. Stanley a consacré 51 jours à l'exploration du Tanganyika. C'est un grand lac où le Soisson fourmille ; les indigènes des côtes sont 'une nature plus cordiale que les sauvages de la Victoria-Nyanza. Ils trafiquent le blé, rhuUe de palme, etc.; et les Arabes trafiquent l'ivoire et les esclaves, qu'on amène surtout à

Ujiji.

Mes chers parents, — nous avons fait beau-

coup de chemin, mais nous ne sommes pas au bout. Nous avons découvert les sources au Nil et sommes maintenant en voie de compléter la grande tâche du docteur Livingstone. Nous quittons Uiiji demain pour traverser le Tanganyika et résoudre le mystère qui se rattache au Nil et au Congo. Nous trouverons queloues éclaircissements à Nyangwe. Nous avons à cnoisîr entre trois routes, mais nous ne savons pas laquelle prendre. En tous les cas, si nous pouvons nous rendre de là directement à la côte occidentale, nous pourrons rentrer en Angleterre assez prochainement. Mais si nous sommes obligés de retourner à Zanzibar, le chemin à parcourir sera long. On ne nous parle que de la route située au sud-ouest et nous ne trouvons aucun renseignement au sujet de la route que nous voulons suivre. J'espère que, lorsque cette lettre vous parviendra, nous aurons accompli notre tâche et serons en route pour rentrer dans notre pays.

Des épidémies ont fait ici de grands ravages, mais tout commence à reprendre un aspect plus rassurant. J'ai été à trois reprises atteint de la fièvre; mais, Dieu merci ! ma santé est actuellement excellente, et je compte, si tout marche à souhait, vous revoir l'été prochain. Je me demande souvent si vous vous portez tous bien. C'est tout ce que je puis faire, car je marche toujours sous un soleil brûlant, la lan-

^H l'afriqur centrale

^Boe et les lèvres sèches; mais celtevie.tiut offre ^^H

a chaque pas Ans nouveautés, des tribus bî- ^^^|

zarres, des contrées dont pas une ne ressemble ^^H

à l'autre, me plait énormément. La traite des ^^H

^^claves se poursuit ici d'une façon atroce. Vous ^^H

^Briez surpris de voir les fouets et les chaînes ^^H

^Kat se servent les Arabes pour maltraiter leurs ^^H

Mes chers parents, excusez la brièveté do ^^H cette lettre, car j'ai beaucoup à faire aujour- ^^H i|'but,et nous entamons demain matin un voyage ^^^| de cinq jours jusqu'à L'guka, puis jusqu à ^^H Nyangwe, 4U jours, ensuite- le long du grand ^^H Ht'uve, 50 ou 60 jours; mais je ne puis vous ^^H lionner plus de détails. Mes amitiés à tout le ^^^| monde. Je n'ai pas le temps de citer des noms. ^^H Veuillez faire parvenir à leur destination les ^^H lettres ci-jointes. Vous me croyez sans doute ^^H perdu, mais je suis assez bien portant et assez ^^M heureux relativement au climat. Nos ma^chan^ ^^M liisea commencent à s'épuiser, mais il nous en ^^1 reste suffisamment pour découvrir la rivière. ^^1 D'apr-^s les renseignements qu'on nous fournit, ^^M la route que nous allons parcourir est bonne; la ^^^| nourriture y est abondante et la population ^^^| aimable. ^^H

Si nous trouvons une i-oute qui nous mène ^^H directement à la côte occidentale, nous la sui- ^^H TTons. et les Wanguana retourneront à Zanzi- ^^H bar. J'aspire à vous revoir et à me procurer des ^^H

vi\Tes et des vêtements anglais, lesquels nous font complètement défaut ici. Peut-être Jem ou Harr;^ diront-ils : • Pourquoi ne m'écrit-il pas? • Mais je ne puis écrire à tout le monde. Je voudrais bien recevoir quelques mots de chez moi, n'importe de qui. J'ai écrit à George et à William et vous donnerez de mes nouvelles à tous les autres. Je suppose, toutefois, que les voisins m'ont tout à fait oublié à l'heure qu'il est. Etant très affairé, je dois prendre congé de vous pour le moment. Mes amitiés à tous, embrassez pour moi les enfants.

Votre fils dévoué,

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