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L'AFRIQUE ÉQUATORIALE

*40ft-

Après son expédition sur le Nil blanc supérieur, sir Samuel Baker écrivait au président de la Société de géographie de Londres r

• J'ai complètement détruit le commerce des

• esclaves sur le Nil blanc et soumis à l'Egypte

• les contrées visitées car moi dans mes précé-

• dents voyages. L'avenir dépend de la conduite

• que tiendra le çouvernement du Khédive. • Les années qui se sont écoulées depuis ont

démontré que ce n'était pas pour obéir à un simple caprice passager que le gouvernement égyptien avait dirigé, sous la conduite de Baker pacha, une expédition militaire au pays des nègres, sur le Haut-Nil. Aussi, malgré l'im-

1 Extrait de la Revue Géographique internationale^ éditée à Paris, 37, rue Scheffer. Prix pour la Belgique, H francs par an.

mense dépense de cette entreprise (26 millions environ), malgré la ruine qui menace des milliers de ses sujets, devant non seulement leurs moyens d'existence, mais encore leur fortune au commerce • du bois d'ébène •, il persévère dans cette voie et il a l'intention bien arrêtée de s'annexer ces lointaines régions, encore en partie inexplorées.

Baker eut, en effet, un successeur dans la personne du colonel anglais Gordon, lequel, avec les moyens mis à sa disposition, devait non seulement conserver les conquêtes de son devancier, mais encore les étendre.

Plus heureux que lui, il n'a pas encore encouru la disgrâce du Khédive, si douloureuse pour Baker, et dont nous devons, suivant toute

S réhabilité, trouver l'origine dans les grandes épenses auxquelles son expédition donna lieu et dans les plaintes provoquées par les excessives mesures de rigueur employées vis à vis des marchands d'esclaves.

Cette dernière cause accrut, dans de notables

f)roportions, les difficultés qu'eut à surmonter 'expédition de Baker; elle aigrit contre ce dernier l'opinion publique et suscita de nombreux embarras au Khédive, vis à vis de ses propres sujets. Nous voyons, en effet, qu'un des principaux chasseurs d'esclaves, A ou Sand, traîné par Baker jusqu'en Egypte pour y être livré à la justice, non seulement a été mis en liberté après

le départ de celui-ci, mais encore a été adjoint comme lieutenant au colonel Gordon.

Il était dit expressément, dans le firman remis & Baker, lors de son départ, que le but de l'expédition était de soumettre a la domination égyptienne les pays situés au sud de Gondokoro et de faire cesser la traite des noirs, ce trafic infâme qui, à la honte de l'humanité, exista encore sur une large échelle ' . Le malheur de sir Baker — il l'a reconnu lui-même — est d'avoir suivi trop à la lettre les instructions reçues. Aussi la tache dévolue au colonel Gordon consistait-elle d'abord à asseoir sur des bases plus solides l'autorité du conquérant, puis à lui .

< On prétend rnûme qu'il subsiste encore sur le sol francaÏB, dans le midi de l'Algérie. On nous a cité des commcrtantï français, dans le midi de la province d'Oran, qui Kbftcraient des esclaves pour se procurer la main-d'œuvre nécessaire; seulemenl, ceux-ci passent aussilâl à l'étal d'hommes libres. Il n'en serait toutefois pas de même, si OOH renseignements sont exacts, chez certaines tribus arabes, installées sur le sol Transis, dans la réfjion susnommée. 0& les esclaves restent esclaves jusqu'au jour où ils apprennent que la loi française les fait libres; alors ils se aauvenl. Le gouverneur général de notre colonie ferait bien de porter son attention sur cette question et de oe pas s'en rapporter à cet ^rd aux rapports ofEiciels qui pourraient lui être remis. Une enquête spéciale faite par des personnes choisies avec soin pourrait seule éctaircir ce point délicat, G. R.

réconcilier, par une habile politique, l'esprit des

Sopulations, tout en s'eflforçant de faire abanonner peu à peu, pour d'autres branches de trafic plus lucratives, le commerce des esclaves â ceux qui le pratiquaient encore.

Les tempêtes des premiers jours ont fait place à une période relativement plus calme. La nouvelle politique, qui consiste à ménager toutes les susceptibilités, permettra-t-elle à l'Egypte d'atteindre le but auquel elle vise ? C'est a l'avenir de répondre.

Quoi Qu'il en soit, la puissance égyptienne semble, depuis cette époque, avoir pris décidément racine. Les hostilités ont cessé ; les troupes sont paisiblement réparties sur toute l'étenaue du territoire, et l'autorité du Khédive est reconnue sans contestation jusqu'à la rivière Somerset ou "Victoria (2*^ de latitude nord). Le drapeau égyptien flotte déjà sur les rives du Mt')Outan (ou lac Albert), mais l'organisation politique de ces récentes conauêtes n'est pas encore arrêtée. La province equatoriale, sur laquelle le colonel Gordon exerce la souveraineté la plus absolue, s'étend jusqu'à YOunyoro. Ce pays et son roi jouissent encore d'une indépendance relative; c'est ce même principicule qui, lors du passage de Baker à Masindi, chercha à l'empoisonner, lui et son escorte. Comme il ne cessait de témoigner au gouvernement égyptien une sourde hostilité, Gordon pacha se

AFRIQUE CENTIULE

^f vit coBtraiat d'opérer contre lui. Aujourd'hui,

ce roi n'existe plus, et Aoflna, un autre chef,

instrument du nouveau pouvoir, a été mis à sa

place. Le district limitrophe d'Ouganda a été

^^ respecté, son chef ayant depuis longtemps noué

^^L des relations amicales avec la vice-royauté

^Bi^ptienne.

^V Au commencement de l'année 1875, les garnt- ^^" sons égyptiennes étaient réparties ainsi qu il suit dansles diverses localités au gouvernement :

1* Au midi du confluent du Sobat avec le Bahr-el-Abiad (nom du Nil dans son parcours central), et sur l'emplacement d'un ancien fort tore, 80 hommes, ayec un petit poste à quatre journées plus à l'est-,

&*AG^(aôa-C/iflî»&i7(ouGaba-eI-Chambil),sur la rive gauche du Bahr-el-Djebel, dans le district de Kilck-Soh, avec détachement à Rofil (voir la carte du nord-est de l'Afrique de Stïeler), Dans la carte de Stieler, cette partie du fleuve porte encore le nom de Bahr-el- Aoîad ; 3' Dans le district de Bor plus au sud, sur la rivedroite du Bahr-el-Djebel, 100 hommes^détachement à Jemalk et Ook); 4? A Ladô, dans le district de Bari, sur la luche du Bahr-el-Djebel et au sud du

tLad/} ou Nyerkani. — Gondokoro ayant ■e abandonné, cette autre localité est e la station principale et la résidence du nementflOO nommes);

5** A (humia, dans le district de Moro, situé assez loin à Fest du district de Kochi, sur \^ rivière lei, avec détaqhements dans les districts voisins de Moundo et 4e Makraka (le pays dies Niam-Niam);

& A Reàjiaf, au sud de Gondokoro, sur la rive gauche de Bahr-el-Djebel et au pied du Djebel-Rediiaf (garnison 1(X) hommes) ;

T A Laooré, à Test du Bahr-el-Djebel, par 4** de latitude nord;

8** A Doufli, située sur la rive gauche, vis à vis dUbrahtmia ou Apuddo, au coude que fait faire au Nil le Djebel ou mont Koukai;

9" A Fatiho, par 3° r26" de latitude nord et 32° 27' 49" de longitude est (Greenwich);

10* A Foveira ou Faouira, sur la rive gauche du Somerset, un peu au dessus des cataractes de Katouma^.

11 faut remarquer que toute cette région est extrêmement élevée. A Gondokoro, l'altitude

1 Voir les MiUheUungen de la Société de Géographie de Vienne; communication du consul Hansal, cahier n<* 5, 1875. — E. Maroo, même publication, cahier n» 4, avec carte. — Hansal donne, en outre, les stations suivantes : Faho^ à Touest de Fatiko, et Magonga, mais sans de plus amples détails. Ce dernier nom s'applique peut-être à la môme contrée que le Magoungo de Baker, à Tembouchure du Somerset dans le Mvoutan. La carte de E. Mamo indique la situation de ces localités, mais elle ne les signale pas comme occupées par Gordon.

LAFRIQL'F: CENTlt-M-R

tait déjà de 609 mètres; à Ibrahimîa, elle n'atleint encore que 690 mètres ; mais h Faouira, on est déjà à l.UnU mètres.

Baker avait autrefois formé le projet de naviguer sur le Mvoutan et amené dans ce but de Gondokoro un vapeur en fer démontable- Gordon en a fait usage.

En novembre 1874, deux officiers du génie anglais, MM. Wnlson et Chippendale, le rejoignaient à Ladô, pour surveiller le transport du vapeor jusqu'à Dou/fi, la partie du Bahr-el- Égehet, comprise entre ces deux points, étant impropre à la navigation, par suite des nombreuses cataractes qui s'y trouvent; antérieurement déjà, rinffénieur J. Kemp avait été chargé parle colonel Gordon de l'exploration du Bahrel-Djebel, entre Redjiaf et Doufli. Le premier de tous les voyageurs auijuel il avait été donné de voir le Nil au delà de Gondokoro, il avait pu longer sur la rive gauche le cours du fleuve, ce qui lui avait permis d'en déterminer exactement le tracé.

Au point de vue pratique, cette partie du fleuve est évidemment la moins importante, puisque les nombreuses cataractes qui s'y trouvent rendent la navigation impraticable; mais il n'était cependant pas sans intérêt, au point de "^■.fae des connaissances géographiques, d'avoir ^es données certaines sur cette partie du Nil.

Keinp efi'ectua son exploration en septembre

et octobre 1874, et, du récit déjà très concis de son itinéraire, nous extradons les renseignements ci-après : de RedjiafdM Kya, on compte 42 milles anglais (56 kilomètres). La première cataracte est a 12 milles (16 kilomètres) de Redjiaf, et la seconde à Tembouchuro du Kya, Ce cours d'eau, assez volumineux, vient de l'ouest et, au dire des indigènes et des Arabes, il descendrait des monts Koukou, Ses rives sont escarpées. A 5 mètres au dessus de son embouchure, il forme une chute de 50 à 60 pieds (anglais) de haut (20 mètres environ). Du Kya à Doufli, on a constaté une distance de 92 milles (122 kilomètres environ). A 72 milles (96 kilomètres) du Kya apparaissent les premières cataractes. A Doufli, le fleuve est resserré par les deux chaînes de hauteurs qui, après l'avoir longé sur une certaine longueur, viennent brusquement se terminer en ce point.

Il restait alors à explorer la partie du Bahr-el- Djebel, comprise entre Doufli et l'endroit où ce fleuve sort au Mvoutan. Par suite du départ de Kemp et de Watson et de la mort de Linant cle Bellefond, Chippendale se trouva seul chargé de cette tâche. Le voyage qu'il entreprit en mars 1875, l'amena près du village de Fachora, situé à une certaine distance du lac, mais il ne

fut obtenir des renseignements certains sur endroit où le fleuve sort du lac ; quoiqu'il ne fût qu'à trois journées de ses rives ; une épidémie

de petite vérole, qui sévissait dans la région, contraignit Chippendale à abandonner une entreprise que le succès semblait devoir couronner.

Ce ne fut qu'en mars et avril 1876 qu'un autre ingénieur de Gordon, le signor Gessi, put, en remontant le Nil blanc depuis Doufli jusque dans le Mvoutan, établir la certitude de 1 écoulement de ce lac par le Bahr-el-Djebel et de la parfaite navigabilité de cette partie du fleuve.

Le 10 juin 1876, le général Stone pacha, président de la Société de géographie du Caire, s'empressait de communiquer à siy^ Henry Rawlinson, président de la Société de géographie de Londres, un télégramme de Gordon pacha, en date du 29 avril 1876. Gessi avait quitté Doufli, le 8 mars précédent, arec deux chaloupes en fer et le vapeur le Khédive; le 31 mars, il était à Magoungo, contraint de se rendre à Aufina, où il devait rejoindre Mahomed-Aga-Wal-eUMek, Après Quelques jours de repos, il revint, le 12 avril, à magoungo,o\i possession était crise, au nom du vice-roi, des rives de \ Albert Niyanza. Le 15 avril, Gessi partait pour l'exploration du lac. — Le 19, il estimait sa tondeur à 140 milles anglais (186 kilomètres environ) et sa larçeur à oO milles. D'après son récit, le lac serait oorné, à son extrémité méridionale, par des bois; l'eau, dans cette partie du cours du fleuve, n'aurait qu'une profondeur très

minime. A l'ouest, le lac est entouré d'une haute chaîne de collines et de grands bois, de telle sorte que l'impossibilité d'un passage paraîtrait exister dans cette direction ; à r est, le voyageur vit un cours d'eau se déversant dans un lac, mais il ne put le remonter à cause des nombreux obstacles qu'il aurait eu à surmonter. Gessi était accompagné dans son exploration par l'enseigne Saiaetga et 12 soldats.

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