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EXPLORATION DE GESSI

Gessi a, en effet, été chargé par le colonel Gordon d'explorer la partie encore inconnue du Nil entre Doufli et le Mvoutan, de déterminer la position de Magoungo, de se mettre en contact avec les troupes égyptiennes stationnées sur la rive orientale du lac, enfin d'en entreprendre la navigation.

Deux barques en fer, de 30 pieds de longueur, furent mises à sa disposition, et, bien muni de tout ce qui pouvait être nécessaire, il entreprenait le 7 mars son vovage, accompagné de 18 matelots et de 12 soldats. Il avait, de plus, comme compagnon de route, l'Italien Piaggia, faisant également partie de l'état-major de Gordon et déjà connu par ses voyages sur le Haut-Nil.

Sur un parcours d'environ 164 milles anglais

vire

kilomètres) entre lioii/fi et le Mmulon, le ?>t un fleuve puissant, profond et partout navigable, présentaDt en certains endroits une largeur de 700 yards (640 mètres). Aux 2/3 environ de ce parcours à partir de Doufli, un •and cours d'eau au courant très rapide et fant à son confluent une largeur de 200 yards TSO mètres) se déverse dans le NU. Ce fleuve roviendrait de la direction du N,-N.-0. et l'une région située, au dire des indigènes, très avant dans les terres. Gordon l'identifie avec le Yeh ou Djeï, qui, d'après le dire de Petherick, se détache, vers i^SO de latitude nord, du BahrfemiV, qui lui-même se jette dans le Nil Blanc, contrées riveraines sont extrêmement peuet offrent les productions les plus variées „ne, bananes, miel, tabac, pois). L'élevage bétail paraît être la principale industrie de populations, qui semblent jouir de ta plus ide pospérité.

La saison des pluies, un vent neu favorable, le courant contraire retardèrent la navigation, et ce ne fut que le 18 mars que Gessi atteignit le Mvoutan; mais, là encore, il eut à subir les tempêtes équinoxiale», qui le contraignirent à chercher un refuge sur la rive septentrionale du lac. Le 20 mars, l'aspect tranquille des eaux "luvant lui faire espérer un veni favorable, le i^ageur tenta la traver.-*ée. Mais, arrivé en ■~ de la rive, il fut assailli par un violent

vent de terre qui vint mettre obstacle à son atterrage.

Le vent devenait de plus en plus fort, le lac lui-même s'agitait et la rive sablonneuse n'offrait aucun site favorable pour une descente. Les chaloupes furent donc obligées de fuir devant la tempête; après une course de 35 à 40 milles (62 Kilomètres), Gessi aperçut un promontoire qui semblait devoir lui offrir un refuge pour la nuit orageuse oui s'annonçait. Mais son espoir fut de nouveau aéçu; des milliers d'indigènes, sujets de Kaba-Réga, occupaient le rivage, paraissant animés des dispositions les plus hostiles; des groupes considérables suivaient sur le rivage la marche des canots, comptant que, tôt ou tard, la tempête les jetterait à la côte ; mais enfin, lasses de leur poursuite, leurs bandes menaçantes se dispersèrent, et le navigateur put mouiller alors dans une baie qui s'offrait à lui ; malheureusement; le fond de sable ne présentait qu'une résistance très limitée; les chaloupes chassèrent sur leurs ancres et furent totalement jetées sur le rivage. Tous les approvisionnements étaient perdus. La situation se tendait de plus en plus. Heureusement, les sauvages habitant la contrée ne s'aperçurent pas de la position critique des navigateurs, qui, le matin étant venu et la tempête s'étant également calmée, remirent leurs embarcations à flot. Le 20 mars,, les voyageurs revenaient à Magoungo. L'ac-

cueil hostile qui leur fut fait ne leur laissait d'autre alternative que de remonter le Somerset jusqu'aux cataractes de Marchison, afin dV chercher, dans un village soumis au chef Âufina, une station de refuge, d'où il serait possible d'entrer en relations avec le commandant des troupes égyptiennes les plus rapprochées.

Après 10 jours de navigation, Gessi eut avis de l'arrivée sur le Somerset àe Mohammed- A ga- Wal'Cl'Mek, S'étant abouché avec ce commandant de troupes, il se remit en route pour l'exploration du lac. 11 signalait le 12 avril sa présence à Magoungo par la prise de possession, au nom du Khédive, de toute la contrée riveraine ; le même jour, avant la tombée de la nuit, les

rremières îles, situées à 5 ou 6 milles (18 ou 9 kilomètres) de la côte, offraient un abri aux navigateurs. La journée du 14 amena la découverte de trois chutes d'eau qui, d'après les indigènes établis dans le voisinage de la seconde, portaient les noms de Mouina, Wahamba^ rianza, et appartiennent à un grand fleuve, le Tisa, que Gessi croit être le Kaiigiri de Baker.

D'après le dire des nègres, ce cours d'eau viendrait de l'Ouganda, mais sa source leur était inconnue, quoiqu'ils se fussent souvent

avancés loin dans les terres pour les besoins du

16, l'expédition mouillait dans

commerce. Le

une excellente baie de 250 yards (227 mètres) de large sur 700 (640 mètres) de profondeur, oue Baker place dans la région nommée par lui Vacovia; mais ce nom n'avait plus de raison d'être, les tribus qui le portaient ayant été chassées et remplacées par d'autres. Aussi Gessi baptisa cette baie du nom de Port Choubra, Le 17 avril, à 50 lieues environ de Port Choubra, l'explorateur atteignit l'embouchure d'un fleuve, qu'il remonta pendant 7 lieues environ ; mais, bientôt, sa marche fut arrêtée par la plantureuse végétation fluviale et par une chute d'eau de 500 pieds (169 mètres). Sur la rive gauche se trouvait un petit village, dont les nabitants s'étaient enfuis avec tout leur avoir. Grâce à uelques présents, Gessi réussit à les amener et se procurer des renseignements. Suivant eux, il ne pourrait continuer sa navigation sur le lac, l'eau n'ayant plus au delà que la hauteur du genou. L'extrémité méridionale du Mvoutan se terminerait par une vaste forêt, dite forêt d^Ambàtchy au sol marécageux. Derrière cette forêt s'étendait une plaine, limitée elle-même par une chaîne de hauteurs. Le 19 avril, l'expédition quittait cette station à la recherche d'un passage à travers la forêt d'Ambatch; mais toutes les tentatives de ce genre demeurèrent infructueuses, les arbres étant tellement rapprochés, que les indigènes eux-mêmes, dans leurs plus petits canots, ne parviennent pas à forcer

cette infranchissable barrière. A tout instant, les embarcations touchaient le fond, Teau n'ayant pas une profondeur de plus de 2 pieds à 2 irZ pieds (moins de 1 mètre). Elle est ae couleur noirâtre et elle n'est pas potable; elle repose sur un fond sablonneux; on n'y observe pas la moindre trace de courant. Du haut du mât de sa chaloupe, Gessi put s'assurer que la forêt s'étend encore loin au sud et qu'elle est suivie d'une plaine, couverte de végétation, allant jusqu'aux montagnes. Les hauteurs qui longent les deux rives du lac ne semblaient pourtant pas se rejoindre dans cette direction, laissant facilement admettre l'existence d'une vallée entre elles.

Après une navigation de 40 lieues, Gessi atteignit la rive opposée et chercha à nouer des relations avec les habitants d'un village côtier. Mais, devant leur hostilité bien manifeste, il dut renoncer à son projet. Dans la nuit, la Nogara (sorte de tambour) appela aux armes les guerriers de la contrée et, avec le jour, on put apercevoir des milliers d'indigènes cherchant à se dissimuler dans les hautes herbes. Il fallut poursuivre sa route, et, au bout d'une heure, on arrivait devant un autre village dont la population paraissait être animée de dispositions plus amicales. Matoungolo, le cheik de ce village, affirma qu'il n'existait aucune espèce de cours d'eau à Fextrémité méridionale du M'voutan ; il

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savait aussi que, derrière la forêt d'Ambatch,

forêt.

Le pays environnant s'appelle Vanda et les habitant sont soupçonnés de cannibalisme. Sur la rive orientale comme ^Ur la rive occidentale, la chaîne des hauteurs se termine au-dessus. du lac en berges escarpées, couvertes de quelques broussailles.

Toutes les tentatives faites pour trouver un

Sassage vers le sud étaient restées stériles, omme les renseignements fournis par les indigènes (et recueillis sur les deux rives) étaient en parfaite concordance, comme enfin le manque absolu de courant, la faible profondeur et le fond sablonneux semblaient indiquer assez bien qu'il n'y avait pas lieu de soupçonner davantage l'existence d'un cours deau dans cette partie du lac, Gessi s'estima suffisamment renseigné et résolut de se mettre en route pour revenir.

Une violente tempête assaillit alors l'expédition ; mais le temps se remit au beau ; le 29 avril, elle arrivait à Kerri, Le ATvoutan, que Gessi vient d'explorer le

Ïremier, va bientôt recevoir de nouveaux visi- 3urs.

Le 30 mai, le voyageur anglais Lucas rejoi-

çnait, à Kerri, après avoir eu à lutter contre des difficultés de toute sorte, le général Gordon.

Tous deux avaient l'intention de refaire, avec le vapeur le Khédive^ l'expédition de Gessi et de vérifier les renseignements fournis par lui. Lucas devait essayer d'atteindre la pointe méridionale du M'voutan, puis se diriger au sudouest vers Nyangouè, situé sur le Loualaba, qui est peut-être l'affluent du Gonffo ou, selon le D* Pogge, de Berlin, celui de l'Ogooué. Toutefois, la première hypothèse nous paraît être la plu^vrafaemblable.-''^ ^

D'après de récentes nouvelles, ce voyageur 4uraii été retenu par l'état de sa santé. Gordon seid s'est mis en route.

L% communication faite par le Foreign Office à la Société de géographie de Londres (séance du 26 juin 1876, — Proceedings Roy. Geog. Society, vol. XX, p. 473) nous renseigne sur cette marche de Gordon. 11 s'est porté sur le Somerset, dans le district de ATrouli et une station a été établie à Masindi, capitale de l'Ounioro.

Kaba-Réga, souverain du pays, qui, comme nous l'avons dit, n'avait cessé de se montrer hostile au gouvernement égyptien, avait été obligé de chercher son salut oans la fuite. Âufina avait été mis à sa place dans l'Onnioro. Rionga, expulsé par Kaba-Kéga, et qui, depuis plusieurs

années, s'était placé sous le protectorat de l'Egypte, fut investi à M'rouli des mêmes pouvoirs qu'Auflna à Masindi. Le Nom-Aga, omcièr distingué et possédant une parfaite connaissance du pays, fut envoyé pour établir deux stations, 1 une dans TOuronoofifani, l'autre sur les rives du Victoria-Nvanza, dans le voisina^ge des chutes du Ripon, situées sur le Nil Victoria. On occupa également Magounço.

Aujourd'hui, tout le pays qui entoure les lacs Albert et Victoria se trouve placé sous la domination de l'Egypte. Le colonel Gordon peut donc désormais espérer que, d'ici à une ou deux années, les communications entre les différentes stations établies par ses soins offriront une telle sécurité, que tout voyageur, touriste ou négociant, pourra, sans aucune crainte, parcourir ces vastes régions. Dans tous les cas, l'extension de la puissance égyptienne dans l'Afrique équatoriale ne peut qu'être favorable au développement de la civilisation européenne en Afirique, en même temps qu'elle sert d'une manière efficace les intérêts de la science qui nous intéresse le plus spécialement.

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