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L AFMQUE CENTRALE

faisait le tour de ce lac et réduisait à néant Topinion de Burton.

L'idée de Speke gagnait donc de plus, en plus et, pour la faire triompher complètement, il suffisait de donner la preuve de la réunion du Nil Blanc et du Nivoutan. Cette preuve, nous Tavons vu, a été fournie par Gesu.

C'est donc à Speke que revient, indiscutablement et de plein droit, la gloire d'avoir trouvé les sources du Nil.

Le colonel Gordon, à son arrivée à Gondokokoro, le 15 avril 1874, envoyait de ce point, dès le 21 du même mois, le colonel Long, de l'étatmajor égyptien, en mission auprès de M'Tesa, chef du district d'Ouganda. Le but de la mission, confiée au colonel Long, était d'offrir des Srésents au roi M'Tesa et d'obtenir sur ses États es renseignements portant plutôt sur l'état politique et la statistique du pays que sur des détails géographiques, ceux-ci ayant été déjà, en majeure partie, fournis par Speke et Grant. Accompagné seulement de deux soldats et de deux doinestiques, Long arrivait, après une marche de cinquante-huit jours, renoue plus pénible encore nar la mauvaise saison, en vue des collines d'Ouganda. Ouganda, dit le voyageur, fait contraste avec le plat et marécageux district de rOunyoro. C'est un pays riant et montueux, trèspeuplé, mais dont le climat est, pour les Européens, nuisible et anémiant. Les vallées sont fré-

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Juemment converties en marécages, où s'ébattent e nombreux troupeaux de buffles et d'éléphants. La fièvre y sévit parfois avec véhémence; les indijB^ènes mêmes ne sont pas à l'abri de ses atteintes. Le sol est fertile et offre les productions les plus variées. Le café y croît à l'état sauvage; les Nigandi en mâchent le fruit. — Le tabac de qualité supérieure a quelques analogies avec le Périgne de la Louisiane ; cette plante est très-cultivée; il en est de même de la canne à sucre, etc. Tout le pays n'est qu'une forêt de bananiers; le fer s'y trouve à l'état naturel. — La population peut être évaluée à un demi-million aâmes. Tous les Nigandi, à l'exception de cinquante hommes armés de fusils et qui constituent en quelque sorte la garde du souverain, portent la lance et le bouclier; mais la population est douce et naïve, superstitieuse et craintive et, par suite, nullement guerrière.

M'Tesa règne en nrince absolu; depuis q[uatre ans, il a embrassé l'islamisme, qui a été introduit dans le pays par des trafiquants de Zanzibar; mais il ne sait rien de la pratique de cette religion. Quelques gens du pays possèdent des

Slanches, sur lesquelles sont gravées, en carac- ^res ovales, des passages du Coran. Les heureux possesseurs de ces tablettes sont, de la part de leurs compatriotes, l'objet d'une considération toute spéciale.

La réception faite au colonel Long fut remar-

quable. MTesa l'appela son frère, lui permit de prendre un siège à côté de lui, ce qui, dans l'esprit des Nigandi, accrut tellement sa considération, qu'ils se prosternèrent à ses pieds. A sa première visite a la cour, M'Tesa nt décapiter trente de ses sujets en l'honneur de son visiteur; lors des visites suivantes, huit à dix. Enfin, après bien des tergiversations, le roi consentit à laisser partir le colonel pour l'Oukéréoué et le Sommerset; mais il fallut encore auparavant, par un sacrifice de sept hommes, se rendre favorable le génie du lac.

C'est sous de pareils auspices aue, le 14 juin, Loïig arrivait à Hurchison-Bay, a trois journées de marche de la résidence royale. Plus de mille guerriers, dans leurs canots d'écorce, le reçurent au bruit des tambours et des trompes.

Un ciel sans nuages permettait de distinguer la rive opposée. L'eau du lac est douce, et sa

frofondeur varie entre 25 et 35 pieds (entre 8 et 2 mètres). Les craintes superstitieuses des indigènes, craintes qu'il ne put vaincre, l'empêchèrent de dépasser les cnutes du Risson. ije voyageur fut, par suite, contraint de retourner auprès de son royal hôte; mais, dès le 19 juillet, il reprenait congé de M'Tesa et gagnait, par la voie de terre, Ouroudoçani, où il arriva le 7 août, malade à bout de forces, et, pour comble de malheur, volé et abandonné par ses porteurs. Le surlendemain de son arrivée.

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Long continuait son voyage. Par P 30 de latitude nord, ayant sur sa droite une haute montagne, U pénétrait dans un grand lac, traversé Sar le fleuve. Assailli par la tempête et privé 'instruments, il resta quarante-huit heures dans l'ignorance absolue de ce qu'il allait devenir. Ce lac, auquel il donna le nom d'Ibrahim- Pacha, paraissait avoir 20 à 25 milles anglais (31 à 37 Kilomètres) de large. Lé 17, Long eut à soutenir à M'rouli, depuis midi jusqu'au, soir, un violent combat contre quatre cents personnes de Kaba-Réga, combat qui,heureusement, tourna à son avantage et se traduisit, pour ses adversaires, par une perte de 82 hommes tués. Luimême était blessé au visage. Enfin, le 20 août, il atteignit, mourant de taim et épuisé par la msdadie, le fort Fooueira, où le commandant égyptien lui fit le plus cordial accueil. Le 15 septembre. Long se remettait en route; le 18 octobre il était à Gondokoro.

A Ouganda, Long avait obtenu de M'Tesa l'engagement de fermer à son ivoire les chemins de Zanzibar et d'assurer au gouvernement égyptien le monopole de ce commerce ; il avait ennn exploré la partie septentrionale du Victoria- Nyanza et tout le cours du Bar-el-Abiad, depuis Ouroudogani jusqu'à Fooueira; le fleuve, dit le voyageur, serait navigable, même pour le Great- Eastem. .

Peu de temps après, Long et Stanley visitaient également TOukeréoué.

Ici se termine cet exposé de la marche et des

Erogrès des Egyptiens dans l'Afrique centrale, eur développement de ce côté sert puissamment la cause de la civilisation. Un de ces jours, une voie ferrée permettra peut-être de remonter, en toute sécurité, le Nil jusqu'aux lacs. Les explorations scientifioues dans ces régions deviennent désormais des plus faciles, et les Egyptiens pourront donner un puissant concours à l'Europe dans la réalisation de ce grand projet, dont le roi des Belges a pris l'initiative, de civiliser l'Afrique, d'y ouvrir de nouvelles routes au progrès et d'en extirper entièrement l'esclavage.

Emile Bujac.

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