DERNIÈRE LEHRE DE STANLEY
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Loaoda, 5 septembre 1877.
Pour éviter des explications continuelles, je commencerai par faire quelques remarques sur le nom donné en général au plus considérable des fleuves africains, qui est le troisième du monde comme grandeur.
La rivière • Congo • n'existe pas, en réalité, en Afrique. Il y a une contrée de ce nom ^ui s'étend au sud a'un grand cours d'eau et qui le suit parallèlement à une distance de cinq ou six milles. Elle occupe la chaîne de hauteurs qui sépare le littoral septentrional des plaines de l'intérieur. Suivant l'exemple des indigènes au milieu desquels ils vivaient, les colons portugais du XV* siècle appelaient cette rivière le Conffo , comme les incugènes de Middlesex en Ancfleterre nommaient m Tamise la rivière de Miofdlesex. Les Kabingas,qui habitent à l'embouchure du fleuve, ainsi que les habitants de la
région des cataractes le nomment le « Kwango • , mais les indigènes qui vivent ^entre le Mosamba et les montagnes du Tala-Mugongo donnent également à la rivière Nkusu, près de sa source, le nom de Kwan^^ Gomme le pays de Congo n'occupe qa'une.faible partie des bords du grand âeuve, il n*a pas plus le droit de lui donner son nom que 1 un des cent autres districts qu'il arrose.
Je l'ai entendu nommer par une petite tribu près de l'Equateur, le Jkutu ya Congo, ce qui, je suppose, signifie rivière de Congo; mais, après cette contrée, ce nom n'est plus connu et n est mentionné que dans les livres concernant la côte occidentale de TAfrique. J'espère que désormais il ne sera plus désigné que sous le nom de • Livingstone • .
Livingstone, qui a découvert le Lualaba, consacra les dernières années de sa vie à explorer les sources de cette rivière, qui sont le Chambezi et le Karunffwesi, alimentant le lac Bemba ou Bangweolo. Il suivit le Luapula iusqu'au lac Mweru; mais du lac Mwerujusquà la rivière Luama, aucun Européen n'a mit d'observations personnelles sur son cours ou ses affluents. Traversant la contrée en partant du lac Tanganika, Livingstone arriva à Nyangwe. Près de ce dépôt arabe, le Lualaba coule au nord-ouest avec un volume de 124,000 pieds cubes d'eau par seconde. Le célèbre voyageur, manquant
d'hommes et d'araent, dut renoncer à continuer ses explorations dans cette direction. Il espérait que le Lualaba n'était autre que le « grand vieux Nil ». 11 n'aimait pas, disait-il, à consacrer ses efforts à une autre rivière; il ne voulait à coup sûr pas risquer d'être mangé par les noirs pour découvrir le Congo ; il me prouva à moitié qu'il avait raison, et je désirais sincèrement que le bon vieillard ne se vît pas démenti. Des savants, sur lesquels l'influence personnelle de Livinçstone n avait pas pu peser, déclarèrent, d'après ses propres lettres, qu'un aussi fort volume d'eau ne pouvait appartenir au Nil. Non-seulement son volume, mais l'altitude de ce cours d'eau à Nyangwe étaient incompatibles avec cette opinion. On écrivit et on parla beaucoup du Lualaba à cette époque parmi les hommes les plus compétents, et la conviction que c'était le Congo finit par s'établir. Beaucoup de personnes s'étonneront qu'un voyageur aussi expérimenté que Livingstone ait pu se tromper, mais il faut tenir compte des influences qui l'aveuglaient, n confessa lui-même qu'il avait soupçonné à un moment donné que ce n'était pas le Nil; mais il était absent dfepuis si lon^mps qu'il ignorait les découvertes de Sch weinfun; ; il admettait les dires des Arabes qui prétendaient que cette rivière coulait pendant lon^mps vers le nord ; et pour dire Fexacte vérité, je crois qu'il s'était laissé influencer par ses sentiments
religieux et son amour pour le Nil, à cause des souvenirs biblioues et classiques yii s'y rattachent. Pour un nomme comme Livingstone, quelle importance pouvait avoir n'importe quelle rivière • parvenue •, quelles oue fussent les facilités pour (le commerce qu'eue présente? Il aimait réellement l'Afrique, mais il ne se doutait
{»as de l'importance de ses découvertes et de l'utiité qu'elle avait pour la réussite de ses projets de civilisation et de rédemption auxquels il sacrifia sa noble existence. Avant que Livingstone n'eût décrit le Lualaba à Nyançwe, personne ne s'était imaginé que cette rivière avait autant d'importance. Quoique les explorations du capitaine Tuckev dans les environs des chutes de YeUala, en I0I6, eussent fourni les éléments du travail du D' Behm sur le volume d'eau du Congo inférieur, les géographes n'eurent l'idée que le Lualaba pouvait bien être le Congo qu'après l'arrivée de Livingstone à Nyangwe et celle de Schweinfurt à Monbuddu. On se rappellera que précédemment les savants cherchèrent a prouver, par des arguments compliqués, que ce grand volume d'eau n'était autre chose que la réunion du Kasai et du Guango, ou Cango, lui donnant ainsi une longueur approximative de 800 milles seulement. — Ah ! si Speke s'était intéressé à cette rivière, s'il l'avait vue seulement à son embouchure, ou s'il avait pu recueillir deux ou trois faits de la bouche des
indigènes, je crois qu'avec son instinct géographique aussi admirable qu'extraordinaire, il aurait indiqué le cours du âeuve avec plus d'exactitude. Quand le lieutenant Cameron arriva à Nyangwe, il fut aussi convaincu que le Lualaba n'était autre que le Congo, mais il ne parvint à jeter aucune lumière nouvelle sur son cours réel.
Seize mois après le départ du lieutenant Cameron pour le sud, j'arrivai à Nyangwe, et j'appris alors définitivement qu'il avait abandonné le projet de suivre le Lualaba. Comme cette exploration me semblait la plus importante de toutes, je résolus de l'entreprendre. Quoique les Européens puissent considérer les marchands arab^ et les sauvages africains comme des païens ignorants, les discussions qui eurent lieu a propos de ' la grande Rivière • dans les huttes de Doue de Nyangwe, furent aussi animées que les disputes les plus chaudes entre les savants sous le aôme de Ërighton ou le toit classique de Burlington House. Mon enthousiasme pour ce nouvoftAchamp d'exploration — la partie inconnue de l'Afrique et ces eaux gigantesques qui s'en allaient • personne ne savait où « — était aussi stimulé par les discussions ardentes des Arabes et des indigènes, que si tous les membres de la Société royale de géographie m'avaient accordé leur bénédiction scientifique et m'avaient souhaité bonne chance à l'unanimité.
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Nyangwe est à 4*1 6' de latitude sud. Si vous suiVez le parallèle de latitude 4"* à Test de l'océan Indien^ vous observerez que de là il y a 13 1/2 degrés de latitude, soit 810 miliesgéoçraphiqvtt. Si vous mesurez la distance de Nyangwe à l'Atlantique, vous trouverez, le long du même parallèle, 15 1/2 degrés de longitude, soit 930 milles géographiques. La moitié orientale de* rAfrïque est généralement connue, mais la moitié occidentale était encore entièrement inexplorée. Pour un voyageur arrivant de l'est et aimant à explorer des contrées inconnues, quelle immensité s'étendait là devant lui ! La plus grande moitié de l'Afrique n'était qu'une
Sage blanche, une région mystérieuse peuplée e nains, de cannibales et de gorilles, à travers laquelle cette immense rivière coulait vers l'Atlantique sans profit pour la civilisation. Partout l'obscurité et l'ignorance concernant son cours ! Quelle était cette crainte vague qui empêchait les explorateurs de s'avancer de ce côté? Moi aussi je ressentis cette impression, comme sr quelque chose d'horrible et d'indescriptible m'attendait. Je pense que ma position m avait rendu assez indifférent à la vie; sans cela, je ne sais pas si je me serais décidé à m'avancer an devant de ce que je croyais , comme l'avaient cru mes prédécesseurs, être une mort certaine. ie ne m'étais pas attendu à entendre des récits aussi terribles sur ces régions du Nord, ni à
rencontrer des obstacles tels qu'il devait s'en présenter.
Aucun de mes prédécesseurs n'avait pu obtenir des canots à ^fyangwe, et ie ne réussis point davantage. Les Arabes de cet endroit, oui prétendaient s'intéresser beaucoup à ma sécurité, ne voulaient pas me permettre de partir. Mais mon destin semblait me pousser en avant. J'écoutai les histoires qu'ils me contèrent des cara-^ vanes sans nombre qui avaient essayé de traverser ce pays et qui avaient été massacrées, mais j'avais calculé mes ressources et mesuré mes forces et ma persévérance. Je déclarai aux Arabes que j'avais l'intention d'essayer la chose. J'étais préparé à m'entendre dire que Je serais assassiné, mangé, que mes gens m abandonneraient,, que Je rencontrerais des obstacles dont je ne pouvais pas me &ire une idée et qu'eux (les Arabes) ne pouvaient pas même entendre parler d'un projet aussi périlleux. Etant préparé, ces avertissements ne me sur{)rirent pas. Ise moment était peut-être arrivé où j'allais être assassiné ; il était peut-être impossible de pénétrer dans ce vaste pays barbare qui s'étendait devant moi, mais ce n était pas une raison pour m'empêcher de tenter cette exploration dangereuse. On aurait pu dire et avec raison : • Mais si vous n'avez pas suivi cette rivière pendant une semaine ou deux, comment saviez-vous qa'ilestimpossibled'aUer plus loin? •— «Vous
dites qu'il y a des cannibales qui me mangeront. Soit; mais ils ne peuvent pas me manger avant de m'avoir tué? — Non, naturellement. — Vous dites qu'ils m'attaoueront. Mais j'ai eu assez de luttes à soutenir dans cette expédition pour ne pas en craindre une nouvelle. J'ai avec moi quelques hommes qui savent ce que nous pouvons faire quand il s'a^t de se battre, et nous avons la bonne intention de veiller à notre sûreté et de nous défendre avec vigueur contre tous ceux ^ui voudraient nous couper la gorge. Etant admis que nous aurons à combattre, qu'y a-t-il encore à craindre? — Bien des choses, mais vous verrez. • — Nous avons vu, en eflFet; mais je réserve cette histoire pour une autre lettre.
Le voyape à travers cette partie, jusqu'alors inconnue de l'Afrique, étant terminé, les diflBcultés et les périls, les guerres, les travaux, le découragement et le désespoir étant vaincus, il n'est pas étonnant ^ue nous puissions respirer plus librement maintenant qu'au moment de commencer l'entreprise. Nous avons fait de tristes expériences et nous avons payé cher notre témérité et notre persistance.
En réunissant les terribles épreuves de tous les voyageurs africains, on pourrait à peine dresser une liste de difficultés comparables à celles que nous avons rencontrées. Pourtant, nos pertes ont été relativement minimes. La
distanceparcourue depuis Nyangwe est d'environ 1,800 milles, et nous ayons perdu un Euro- Çôen et trente-quatre Wanguanas. Le capitaine 'uckey perdit dix-huit Européens et onze indigènes dans l'espace de trois mois ; Mungo Park périt lui-même ainsi aue tous ceux qui étaient avec lui; dans rexpéaition de Peddie, sur le Ni^er, le commandant et tous les principaux oinciers moururent et l'expédition avorta. Certainement, il fallait de l'énergie pour arriver au but ; mais si moi je n'avais pas entrepris l'expédition, un autre l'eût fait et serait arrivé au même résultat. Pourtant, j'ai payé mon triomphe de la perte de l'un de mes compagnons dont la mort me fait presoue regretter de ne pas m'être laissé dissuaaer de pénétrer dans ces régions inconnues. Quoique de condition inférieure ^ Francis Pocock était un homme extraordinaire, qu'on aimait et qu'on respectait; un homme d'un sangfroid et d'un courage indomptable. C'était un gai et aimable compagnon, une âme pieuse et cbuce et un ami fidèle dans les épreuves. Yoîçi un exemple de son énergie. Les indigènes d'Ibaka se préparaient à nous attaquer et s'avançaient vers nous dans cette intention. Je me levai dans ma barque pour leur adresser la parole et, pendant que j'étais en pourparlers avec l'un des chefis, Frank s'aperçut au'un canot s'avançait à la dérobée et ou il était le point de mire de plusieurs fusils. Il épaula sa carabine
pour intimider Tennemi; mais, craignant aue cet acte n'amenât instantanément la lutte, îe lui criai d'abaisser son arme. 11 obéit immédiatement et laissa approcher les indigènes jusqu'à 30 mètres de lui sans faire un mouvement» quoique nous fussions tous fort inquiets. Voyant ses yeux fixés sur eux, deux des sauvages qui visaient Frank changèrent brusquement d'avis et déchargèrent leurs armes sur l'équipage de mon canot dont quatre hommes furent blessés. Un des indigènes seulement tira sur l'embarcation de Frank, où il blessa un homme. Ayant enfin reçu la permission de riposter, Frank leur fit payer cher leur trahison.
Depuis les temps les plus reculés, les marchands et les Européens désireux de pénétrer dans l'intérieur des terres de la côte occidentale, ont l'habitude de distribuer du rhum, ce qui ne se fait pas sur la côte orientale, et ie crois que cette habitude a une mauvaise influence sur les chefs des petits villages que nous étions forcés de traverser. Ne possédant pas de provision de liqueur, nous ne j)ouvions pas accéder à leurs demandes, ce qui excitait chez eux un vif mécontentement. Quoique nous n'eûmes pas besoin de recourir à la force pour nousfirayer un passage, ils se montrèrent souvent disposés à nous arrêter par la violence. Nous n'avions pas non plus d'uniformes brodés pour satisfaire leur goût inné pour le clinquant.
Pourtant il n'y eut pas de rupture ouverte. On nous laissa passer, nous considérant plutôt comme des objets de curiosité ou comme des
Sus venant cfes pays sauvages où jamais les mes n'avaient pénétré jusqu'alors. Il est possible qu'une impression de respect se soit mêlé à ce sentiment d'nostilité que nous leur inspirions. Je parle, en ce moment, des tribus appelées Basundi et de celles qui habitent le Mabinda oriental. Les tribus au-dessus de Babmende et de Bateke étaient mieux disposées pour nous. Je leur dois de la reconnaissance pour plus d'un service pénible et peu payé, ex pendant cin<) mois nous eûmes tes relations les plus amicales avec elles. Celles de la rive sud rivalisaient de zèle avec celles de la rive nord. La nourriture était plus abondante, du reste, sur la rive sud, et souvent les indigènes étaient plus prévenants encore.
Le bassin du Livingstone comprend une étendue de 800,000 milles carrés. Il prend sa source sur le plateau élevé qui se trouve au sud du Tanganika, dans un pays nommé Bisa ou Ubiza par les Arabes. Le Chambezi est le principal affluent du lac Bemba. C'est «une large et profonde rivière, dont les sources doivent se trouver à la longitude E. 33^. Le lac Bemba, que Livingstone nommait Bangweolo, est une vaste nappe d'eau peu profonde, d'une étendue de 8,400 milles carrés environ. C'est un reste d'un
lac énorme qui a dû couvrir un espace de 500,000 milles carrés, jusqu'au moment où une grande convulsion intérieure a fendu les montagnes de la côte occidentale, et le Livingstone se fraya un passaj^e à travers la fracture. Au moment de sa sortie du lac Bemba, le fleuve est connu sous le nom de Luapula ; il se jette, après un cours de 200 milles, dans le lac Mweru, dont rétendue est de 1 ,800 milles carrés. Â partir de Mweru, les indigènes de Rua lui donnent le nom de Lualaba. Dans le Rua du nord, il reçoit un affluent important, le Kamalondo. Coulant ensuite dans la direction du nord-ouest, il traverse le Manyema où, à une altitude de 1,450 Sieds au-dessus de la mer, il atteint une largeur e 1 ,400 mètres près de Nyangwe, à la latitude sud de 4*15'45" et à 2&*5' de longitude est. Livingstone, s'étant trompé de deux semaines pour la date, semble avoir placé Nyangwe suivant la carte de Stanford, de 1874, à 4T de latitude sud et à 24''16' de longitude est. Mais cette grande différence est due peut-être à la négligence du dessinateur. Ceux qui s'intéressent à la question peuvent comparer cette carte ou celle qu'a donnée le journal des voyageurs avec la mienne. La distance parcourue par le Livingstone depuis la source du Lualaba,
SIX se trouve dans le Bisa oriental, jusau'à yan^we-Manyema, est d'environ 1,100 miUes. Je m'informai avec le plus grand soin du lac
Ulengo, mais je ne puis confirmer ce que Abedben-Salîm et Mohammed -ben-Said en avaient dit au docteur. La rivière du Kamalondo, qui traverse le Rua avant de se jeter dans le Lualaba, rencontre dans sa course plusieurs petits lacs. Probablement que Tun d eux se nomme Ulengo. A Nyangwe-Manyema, le Livingstone est connu sous diverses appellations. Les Arabes et les Wanguanas le nomment TU^arowa; les porteurs de Wagubha prononcent LuàJaba, en appu^rant beaucoup sur la seconde syllabe. Les indigènes de Nyangwe, accentuant aussi la seconde syllabe, prononcent Lu-âlawa, tandis
Îue les wagenyas prononcent distinctement Lu-àrowa. Pour empêcher toute confusion, il vaut mieux adopter la prononciation européenne du mot, c'est-à-dire Lualaba. A Quelques journées de Nyangwe, vers le nora, le Lualaba 5 rend une direction nord-est. Mais il rencontre es obstacles. Les arêtes des collines de TUregga traversent la rivière et forment des cascades écumantes. Auprès de ces chutes on rencontre des tribus de sauvages féroces qui firent payer cher aux Arabes leurs tentatives d'exploration.
Le lonp de la rivière, sur les deux rives, habitent des pécheurs que les Arabes nomment les Wagenyas — nom prononcé Wainyà par eux-mêmes. C'est une tribu des plus curieuses, remarquablement lâche, mais traître et rusée et tout à fait insensible aux avances qu'on peut
lui faire. Au nord d'Uviza, il y a une autre
Eeuplade très-agressive, mais ne se livrant pas abitueUement au cannibalisme. Ghaoue fois que les Arabes ont essayé de pénétrer dans ces régions, ils ont été complètement repoussés. Les Arabes nomment cette tribu les Waron-
faras-Menos, et eux-mêmes s'appellent Waroiros. ils habitent une vaste contrée sur la rive droite du fleuve. Sur la rive gauche, on trouve encore les Wagenyas , qui touchent à Touest à la tribu guerrière des Bakusu. 0*est ici que l'explorateur doit surtout montrer de rénergie. Ces sauvages ne considéreraient tout un congrès d*évéques et de missionnaires qu'au
toint de vue du • roast-beef •. ils donnent au lualaba le nom prononcé très-distinctement de Ruwarowa. Le fleuve coule encore à 2©* de longitude est. 11 commence à se grossir de nombreux afQuents dont les principaux sur la rive droite sentie Liru, TUrmeli ou Urindi, le Rowa ou Lowa, et le Kankora. Par la rive gauche arrivent le Riuki, le Kasuku et le Rumani. On voit, en outre, en descendant le fleuve, un grand nombre de rivières de moindre importance s'y jeter des deux côtés.
Pour bien comprendre la configuration de cette région même sans étude préalable, il faut se rendre compte que le Livingstone, après être sorti du lac Bemba ou Bançweolo, suit, à une distance de 200 milles, la cnaîne de montagnes
ui borne le Tanganika à l'ouest, et comme si ë lit où il coule se rattachait à la même dépression qui forme les lacs Nyassa , Tanganika et Albert, il se dirige parallèlement à la base de c«s collines, longtemps encore après avoir quitté la latitude du nord du lac Tanganika. Une série d'importants affluents lui arrive du versant occidental de la région des lacs, tandis que sur le versant opposé il n'y a que des torrents et de petits cours aeau qui se précipitent dans les lacs Albert, Kivu et TanganiKa. Sous l'Equateur, le grand fleuve, après avoir reçu tous ses tributaires de Test et contourné la base des montagnes du district des lacs entre les longitudes est, de 25® et 26*, coule dans un lit moins élevé, dans la direction du nord-ouest, à travers les
Îrands plateaux qui s'étendent depuis la région es montagnes maritimes jusqu'à celle des montagnes qui bornent les lacs. C est ici que s'opère la jonction du Congo avec un affluent trèsimportant, l'Aruwimi (le Welle de Schweinfurth), qui sera d'un immense secours, plus tard, pour pénétrer dans les terres, car il peut porter tout bâtiment qui naviguerait sur le Uongo supérieur.
Au-dessous de ce confluent, nos relations avec les cannibales devinrent si difficiles, que nous dutmes renoncer à explorer les rives du fleuve où nous étions exposés à des attaques terribles et continuelles de la part de puissantes tribus.
C'est pour cette raison que je suis convaincu que nous n'avons pas pu voir une quantité d'autres affluents. En outre, le lit du Livingstone est si large et souvent si divisé que je préfère tracer son cours sans m'arrêter aux hypothèses. J'avais observé que les îles étaient ordinairement inhabitées, et ce me fut d'un grand secours pour les distinguer de la terre ferme. Quand nous étions forcés par la famine de nous exposer aux rencontres avec les cannibales, nous descendions sur la rive droite et nous en profitions pour
Sousser nos explorations aussi loin que possible, tais les idées des tribus indigènes se trouvent ici complètement opposées aux intérêts de la géoffrapnie. Ces sauvages n'avaient jamais entendu parler des hommes blancs; ils n'avaient janlais vu des étrangers pénétrer dans leur domaine, et ne pouvaient pas comprendre l'intérêt que pouvaient trouver ni blancs ni noirs à entrer en relation avec eux. Jamais une tribu ne pénètre dans les terres d'une autre. Le commerce se fait de la main à la main, de clan à clan : et comme les forces sont assez bien équilibrées, trois de ces tribus seulement ont réussi à vaincre toute résistance. Ce sont les Warungas, les Wamangalas et les Wzanzis. Après notre bataille avec les Wangalas, nous abandonnâmes la rive droite et nous découvrîmes bientôt après, sur la rive gauche, le principal affluent du Livingstone, l'Ikelemba, que je crois
être le Kas-sye. Il est presque aussi grand que le fleuve principal. La couleur particulière de ses eaux, qui ressemble à celle du thé, ne se mêle aux flots argentés du Livingstone qu'à une distance de 130 milles au-dessous de leur confluent. Cest la réunion de ces deux cours d eau qui donne au Livingstone inférieur sa couleur légèrement brunâtre.
Un peu après avoir dépassé la longitude E. 18*, nous arrivâmes à la rivière que les Euronéens indiquent sur leurs cartes sous le nom de Kwanço ; c'est un fleuve profond , large de 500 mètres, descendant vers le Livingstone à travers des coUines qu'on voyait dans le lointain s'élever à la hauteur de vraies montagnes. Les indigènes nomment ce Kwango la rivière de Nkutu. Un peu à l'ouest de la longitude E. 17', le grand fleuve, dont le lit avait atteint une largeur prodigieuse, se resserre peu à peu et se heurte contre des rochers brisés, des îlots escarpés, des barres de lave, et se précipite d'assise en assise, sur une longueur de 180 milles, pour s'épandre ensuite dans le bassin calme et majestueux du Livingstone inférieur. Pendant ces 180 milles, il descend de 585 pieds. On peut traverser cette région en un mois de marche ordinaire, soit sur la rive du sud, soit sur celle du nord.
Nous n'eûmes aucune difficulté avec les habi; tants de cette région. Après avoir dépassé lesr
cataractes, le voyageur peut, je crois, s'avancer hardiment jusqu'à Koruru ou Monbuttu, ou même jusqu à la limite méridionale du Grand- Bassin ; et s'il surgit quelque différend avec les indigènes, c'est qu'il 1 aura bien voulu. Si l'on considère que chaaue jour on a affaire à de nouveaux chefs et à ae nouvelles peuplades, on ne peut qu'admirer la bienveillance et la douceur avec lesquelles ils accueillent les étrangers. Les Basundis sont peut-être plus ombrageux, mais l'explorateur partant de la côte occidentale, bien pourvu decotonnade, de rhum, pourra, avec un peu de tact et beaucoup de patience, se tirer plus facilement d'affaire que moi dont les provisions étaient épuisées. Nous n avions plus que très-peu d étoffes et de verroteries à échanger contre des vivres chez les sauvages de la nve méridionale. Comme les voyageurs se dirigeant vers le Grand-Bassin partiront à l'avenir de la côte occidentale et prendront probablement la route que j ai suivie et qui n'est donc pas impraticable, ils me pardonneront si je me permets de dire que c'est le manque d'énergie et de fermeté qui a fait échouer jusqu'à présent la plupart des expéditions. U n*y a pÂs de sauvages féroces ni même guerriers dans les environs de la côte occidentale, ni à gauche ni à droite du Livingstone après les chutes de Yellalla. Ni les Bacongos, ni les Basundis n'oseront employer la force pour barrer le passage, et il ne faut pas s*effrayer
de leurs menaces, ^i je faisais partie d'une expédition nouvelle, mon expérience de toutes ces peuplades me ferait préférer la rive méridionale, parce ou'on s'y procure plus facilement des vivres. Pendant que nous suivions les cataractes inférieures sur la rive septentrionale, nous eûmes beaucoup à souffrir de la faim.
En parlant de la rivière inférieure, je suis obligé de relever les erreurs de Texpédition de 1816. Je sais que ses membres principaux étaient des hommes de science. Le capitaine Tuckej est l'auteur d'un ouvrage sur la Géographie maritime ; cependant, ayant découvert une douzaine de chutes où il n'en a indiqué qu'une sur sa carte, je dus bien constater que sa science était parfois en défaut. Depuis ce point jusqu'aux chutes d'Isangala, sa carte n'est qu'un tissu d'erreurs. D'Isangala nous arrivâmes à Borna, après cinq jours de marche, avec des hommes malades et atmmés, parcourant ainsi une distance que Tuckey estime devoir être de 100 milles en li^ne directe ou 130 milles en suivant la route. Quoique je n'aie pas fait d'observations en chemin, nous n'aurions pu franchir une semblable distance, surtout en tenant compte des difficultés du chemin et de la faiblesse de nos gens. Selon le podomètre, cette distance n'est en réalité que ae 57 milles, soit 45 milles géographiques.
Voici une phrase du capitaine Tuckey qui
expliquera peut-être la différence de nos appréciations : « Marche difficile, plus ardue que la retraite de Moscou. « Joignez à cela la mortalité terrible qui décimait indigènes et Euroi)éen8, et il n'y a rien d'étonnant a ce qu'un mille eur fît l'effet d'une lieue. Ceux qui faisaient partie de cette désastreuse expédition doivent avoir été réduits à un état de faiblesse tel, que je doute que l'un d'entre eux ait encore été capable de faire des observations astronomiques. Dans la carte de Stanford, qui a été imprimée d'après les renseignements de cette expédition, avec des annotations des Pères de San Salvador, je trouve encore quantité de noms de localités et de contrées sur lesquelles personne n'a pu me donner des informations. • Lombo, le nom général des terres de l'intérieur • ne signifie pas du tout cela; mais Mpumbus est le nom d'un grand marché ou foire tenu par les Basesses, près de la longitude E. 16®. • Auzico • imprimé en grandes lettres noires, est inconnu. • Monsol, ville rovale • également inconnue, signifie peut-être Mossul, ce qui veut dire petite rivière. • Concobella • signine peutêtre Nchuvila. • Les rois de Nkuda, d'Esseno, de Hondi, de Ganga, de Dinjee, de Condo Yonga, de Pangwelunghi , • sont tous inconnus. Je m'enquis particulièrement de * Vambre », ainsi que de la rivière de ce nom, sans pouvoir découvrir un seul indigène en ayant jamais entendu
parler. * Mosongo • est probablement Misongo en Uyanzi. Mopendea et Fungeno sont absolument inconnus. La rivière Bancora est probablement une corruption de Bançala ou Bangara» le nom d'une tribu habitsmt le Mangala.
Comme je l'ai déjà dit, • le fleuve Congo • arrose une étendue de ^30,000 milles carrés, dont 450,000 se trouvent entre la région des lacs et celle des montagnes. La longueur du Livingstone est d'environ 2,900 milles, dont 1,100 milles de la source à Nyangwe, et depuis Nyangwe jusqu'à l'Atlantique, (f environ 1,800 milles.
J'ai étudié la rivière depuis le 1" novembre 1876 iusûu'au 11 août 1877, soit pendant une périoae ae plus de neuf mois. La crue la plus forte dura aepuis le 8 j[usqu'au 22 mai, et fut causée par les pluies périodiques connues sur la côte orientale sous le nom de Masika. Cette inondation facilite la navigation du fleuve supérieur, mais elle augmente la difficulté de franchir les cataractes où l'eau se précipite alors avec un redoublement de fureur du haut des rochers d'où elle descend vers la mer. La crue varie selon la largeur du fleuve. Au-dessus des chutes elle est d'environ 8 pieds ; mais dans la partie étroite, elle varie de 20 à 50 pieds. A certains endroits de la région des cataractes, le niveau des eaux montait de 15 pouces par jour ; mais à cet endroit le fleuve n'a que 500 mè-
ires de larçeur. Quels que soient les efforts que les explorateurs pourront faire à l'avenir pour rendre ce fleuve utile au développement commercial du pays, il est inutile de tenter de franchir les cataractes au mojren d'un bâtiment
Juelconque, car il est impossible de remonter es chutes de 6, 10, 20 et même 25 pieds. Du reste, quand il n'y aurait pas de cataractes ni de chutes, la violence du courant entre ces parois rocheuses est telle, que ce ne serait vrai* ment oue l'œuvre de Sisyphe.
Le Livinçstone est l'Amazone de l'Afrique, comme le r)il en est le Mississipi. Ce dernier est plus long, mais le Livingstone suffirait pour alimenter trois Nils. Il faut une largeur énorme ou une grande profondeur pour contenir une telle masse d'eau d'un cours si rapide. Quoique le Nil soit précieux pour le commerce, le Livingstone l'est encore davantage. Le cours du premier est fréquemment interrompu , tandis que celui du second n'est obstrué que deux fois. Le premier obstacle qui se trouve entre le 25* et le 26* degré de longitude est, consiste en six grandes chutes ou doit s'arrêter la navigation qui
Sourrait s'établir au-dessus de la première série e cataractes, laquelle est formée de 66 grandes chutes et rapides, outre les petites que je ne compte pas. Je me rappelle avoir dit à Frank, en quittant Nyangwe, que j'espérais trouver toutes les chutes en • un tas «. Après avoir
franchi les cataractes inférieures, on traverse la ïAoiiiè de rAfrique sans obstacle, et non pas, comme sur le Nil, a travers le sable du désert, mais en -pénétrant dans une plaine riche et fertile regorgeant d'habitants. Excepté TUçogo, je ne connais pas d'endroit en Afrique qui soit plus populeux. Le nom de village au'on^ donne à ces rassemblements d'habitations n est pas Juste, car ce sont plutôt des villes. J en ai vu qui avaient plus de deux milles de lonç, coupées par une ou deux grandes rues bordées de maisons proprement bâties, bien supérieures à ce qu'on trouve dans l'Afrique centrale et orientale. Les. indigènes sont aussi très-différents. Toutes leurs pensées sont tournées vers le commerce, et partout on trouve des marchés et des foires. Le bruit a couru récemment que Tivoire allait devenir un objet de curiosité, mais je puis répondre qu'il n'en sera pas ainsi, avant trois ou quatre générations pour le moins. G*est ici le pays des temples d'ivoire où les objets les plus usuels sont faits de cette matière. Le peuple semble ne pas comprendre pourquoi on se aonne la peine de payer pour en avoir quand il y en a tant dans chaque village. Toute cette plaine abonde en huile de palmier. On trouve des forêts immenses èe cette essence d'arbre près d'Ukusu. Presque tout ce que produit l'Afrique se trouve dans le bassin du Livingstone : le coton, la gomme arabique, les noix, le sésame, lecopal (rouge et blanc),
les fruits et Thuile du palmier, Tivoire, etc. Au moyen de ces cours d eau si praticables, on arrive aisément au district de Katanga, si riche en or et en cuivre. Le Grand Fleuve a un cours navigable de 110 milles au-dessous et de 835 milles au-dessus des premières cataractes, et ses grands affluents, arrosant tout ce pays, sont autant de routes nouvelles pour faciliter les communications. Llkelemba aoit être long d'au moins 1,200 milles. Le Nkutu doit avoir plus de 700 milles et TAruwimi, plus de 500. Il v a encore quatre ou cinq autres rivières qui , a en juger par leurs dimensions, doivent être navigaoles à de grandes distances. Je ne conseillerais pas à un explorateur isolé de trop s'approcher des cannibales ; mais le commerce une fois établi sur des bases équitables, ramènerait même les plus difficiles à la raison. Un commerçant remontant la rivière aura plus de chances de bien disposer les indigènes pour lui. Gomme il devra s arrêter assez longtemps dans chaque capitale pour ses affaires, sa réputation de justice et de bonté le précédera et lui attirera des clients en foule. La plus grande difficulté est de restreindre leur goût d'échange vraiment désordonné. Les îles de la rivière offriront aux marchands des camps sûrs et abrités, car il vaudra mieux, et pour lui et pour Tindigène, que les dépôts de marchandises soient organisés sur les îles jusqu'à ce que la confiance mutuelle soit bien établie.
Je suis conyaincu que la question de cette im* Dortante voie de communication deviendra, avec le temps, une question politique. Jusau'à présent, aucune puissance européenne ne cnercne à ac* quérir un droit de contrôle exclusif. Le Portugal le réclame comme ayant découvert Tembouchure du fleuve ; mais les grandes puissances — l'Angleterre, l'Amérique et la France — refusent de reconnaître ces droits et ont exprimé clairement l'intention de disputer la possession de cette rivière. Si je ne crai^ais de fatiguer l'intérêt que vous portez à l'Alriaue et à ce ma* gnifiq[ue fleuve par la longueur de ma lettre, je vous indiquerais des raisons très-sérieuses pour prouver qu'il faudrait trancher la question le plus tôt possible. Je pourrais vous démontrer comment le possesseur du Livinffstone aurait le monopole du commerce avec le bassin im* mense qu'il arrose. Ce fleuve est et sera toujours la grande route commerciale de l'Afrique centrale de l'Ouest. Pourquoi donc ne pas décider immédiatement qui régnera sur ses rives. Pourquoi laisser ce pays à la merci des pirates Mussolanços? J'ai vu que des navires de guerre anglais avaient châtié ces brigands avec des obus d'une manière bien plus terrible que celle que j'ai emplovée pour venir à bout des cannibales de Tinterieur, probablement à la même époque. Mais châtier ces scélérats ne suffit pas; des vaisseaux de guerre devraient empê-
cher la destruction des navires européens; et la question est de savoir quel sera le pavs qui sera le protecteur du commerce naissant dans ces régions inconnues.
Un explorateur est rarement appelé à exposer ses vues sur ces matières, et je ne m'avancerais pas sur ce terrain politique si je n'jr étais poussé
Sar rintérêt particulier que m'inspire TAtrique. e vais donc vous donner un exemple de ce qui pourrait arriver si cette question n'est pas tranchée. Les marchands européens intéressés au commerce africain établissent des habitations et des dépôts de marchandises sur les rives du Livingstone, soit au nord, soit au sud. Les indigènes, troublés dans leur digestion ou poursuivis par de mauvais rêves, se mettent en tête de voler ces hommes blancs, de brûler leurs maisons et de les assassiner. Les journaux et l'opinion publique apprenant cela, s'émeuvent et attaquent violemment les puissances intéressées. Les cuirassés anglais arrivent à la hâte, bombardent tout le pays, et l'innocent est puni avec le coupable. l)'un autre côté, si les marchands sont capables de se défendre et font les assaillants prisonniers, ils les noieront tous dans le Livingstone sans autre forme de procès. Je ne dis pas que cela soit arrivé, mais je suppose simplement un cas possible. Seriez -vous étonné que cela arrivât? Qu'y a-t-il donc à faire pour empêcher les Mussolangos et les indigènes de détruire
dans son fferme le commerce légal, légitime et humain? Que doit-on faire pour empêcher des marchands sans pitié de se mettre au ban de la chrétienté? Je le répète, que l'Angleterre s'arrange avec le Portugal pour proclamer sa souveraineté sur le Livingstone, afin que le monde ne soit pas forcé d'entendre un beau jour le récit d'horreurs sans nom. J'ai indiqué quelques raisons sérieuses pour qu'on s'occupe de la question. Je pourrais en donner davantage, mais l'espace me manque et, du reste, • un mot suffit pour les sages «.
Henri-M. Stanley.