‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 112 sur 245 · Victor de Vite. Ibid.. II · texte numérisé non relu

Victor de Vite. Ibid.. II

rendre ce spectacle avant de mourir. Le zèle apostolique du nouvel évêque provoqua la persécution une ibis encore. L’intarissable charité des catholiques lui permettant défaire d’abondantes aumônes, les ariens, et particulièrement le patriarche Cyrila, qui en pareille matière ne souhaitait pas qu’on instituât un parallèle d’eux à lui, obtinrent de Hunérich l’interdiction pour l’évêque de Carthage de monter sur son siège et de prêcher, et même on lui enjoignit d’interdire l’entrée de son église à tous ceux qui ne seraient pas habillés à la mode vandale Eugène répondit : « La maison de Dieu est ouverte à tout le monde, on ne peut en chasser ceux qui s’y présentent2. » Alors commencèrent les voies de fait, les

1. Les mosaïques découvertes dans les cimetières chrétiens de Lamla cl de Tabarka sont de précieux documents pour l'histoire du costume, en particulier pour l’histoire du costume en Afrique à l’époque vandale puisque la majeure partie de ces mosaïques date du v° siècle, cf. Saladin, 1er Rapport sur une mission en Tunisie, dans les Archiv. des miss, scient., 3° série, t. XIII, 1887, p. 11-20;- R. Cagnat, même recueil, t, XIII, p. 113-114; Comptes rendus de t’Acad. des inscr., 1883, p. 189 sq. Bit//. des anliq. a fric., 1884, p. 121 sq. ; 1885, p. 7 sq. Comptes rendus de l'Accul. des inscr., 1890, p. 330-331; Bit//, du Comité, 1892, p. 193-196; T. Gaucki.er, Guide du visiteur au musée du Bardo, p. 315-316. Les hommes portent la dalmatique talaire, verte ou blanche, ornée de laticlaves brodés, avec le manteau triangulaire de laine brune enveloppant le buste et Vorarium passé autour du cou ; femmes en étroites robes collantes brodées au cou et aux poignets, serrées à la taille par une ceinture rouge et que recouvre une ample tunique aux larges manches de couleur éclatante, avec les bijoux sur la poitrine, l'écharpe claire flottant sur les épaules et pat fois encadrant le visage; enfants en culottes collantes alternées de jaune et de rouge, en courtes tuniques blanches à bandes de couleur. Cf. R. de la Blanchère, Tombes en mosaïque de Thabraca, dans les Collections du musée Alaouï, in-4°, Paris, 1890; Héron de Villefosse, dans la Revue de l’Afrique française, 1887, fasc. 32. Voir pour la bibliographie, H. Leclercq, dans D.' Carrol, Dict. d’archêol. de liturg., p. I, col. 715 sq.

2. F. Dahn, Die Konigc der Germancn, t. I, p. 228; Bausteine, Gesammelte kleine Schriften, in-8°, Berlin, 1880, t. IL p. 214 sq.; Pflugk-Hartung, dans Zeitschrift für Savigny Slifl. fur Rechtsgesch., German Ab-

abus de pouvoir, les dénis de justice impudents dont il faut lire le récit dans Victor de Vite, contemporain de tant de misères.

Hunérich n’avait pas l’unique préoccupation des catholiques. D’après les clauses du testament de Geiserich, le trône devait revenir au plus âgé de tous ses descendants mâles au moment où chaque prince régnant venait à mourir5. Ceci éloignait fort les chances de succession d’un fils de Hunérich, nommé Hildericli. Afin de le rapprocher du trône, son père résolut de faire périr tous ceux d’entre ses parents qui avaient des droits primant le sien. Une série de meurtres, telle qu’il s’en trouve dans la plupart des histoires de ce temps et dont le détail n’offre guère d’intérêt, commença. Les individus dont on ne craignait rien ou peu de chose pour la succession royale n’étaient pas mis à mort aussi rapidement, Hunérich cherchait à tirer d’eux le plus de profit qu’il pouvait. Un décret avait exigé des fonctionnaires de l’État et des catholiques revêtus de charges de Cour la profession de l’arianisme ; l’immense majorité refusa. Aux termes du décret, tous devaient être privés de leur charge, mais il en fût résulté une perturbation considérable parce que les ariens n’étaient ni assez nombreux ni assez compétents pour assurer tous les services brusquement interrompus, force fut donc de ne pas se montrer trop exigeant. Toutefois, on ne laissait pas en paix les catholiques; ceux qui après un certain temps ne venaient pas à résipiscence étaient privés de tous leurs biens et déportés en Corse ou en Sicile. A la mort d’un évêque catholique, on réunissait au fisc les terres qui le fai-

theil.. 1890, 1. XI, p. 182; L. SCHMIDT, op. cit.. p. 165; H. Schilze, De testamento Genserici, in-8“, Ienae, 1859 et Zeitschrift für Jtechtsgcschichtc. t. VII. 1868. p. 3'il sq.

saient vivre lui et son clergé, et son successeur ne pou vait être ordonné avant d’avoir versé au trésor cinq cents solidi. Toutefois cette mesure fut abandonnée crainte de représailles de l’empereur sur les ariens répandus dans la Tlirace et les pays limitrophes.

Pour discréditer les ministres du culte on recourut au moyen suivant. On obligea des vierges consacrées à Dieu de subir la visite corporelle la plus révoltante. On leur donna l’estrapade et on les suspendit en attachant à leurs pieds de lourds fardeaux, alors on leur appliqua des lames rougies au feu sur le dos, sur le ventre, sur les côtes et sur les seins, les pressant d’avouer des crimes imaginaires. Plusieurs moururent pendant ce supplice, d’autres restèrent estropiées pour toujours1.

Les plus optimistes devaient se rendre à l’évidence, la persécution était ouverte. Hunérich, dont les dispositions hostiles ne se dissimulaient plus guère, ne cherchait qu’un prétexte pour éclater. Il le prit assez maladroitement lorsqu’il chercha dans la situation des ariens en Orient une raison de sévir contre les catholiques de son propre pays. On frappa d’abord un groupe de 4.970 fidèles, clercs ou laïques, la plupart domiciliés dans la Proconsulaire, qu’on relégua dans le pays des Maures. Victor de Vite a raconté quelques-uns des incidents de cette route suivie par les exilés qu’on rassembla tous à Sicca Veneria (= le

1 Victor de Vite, op. cil., Il, 7. Praccepit deinde sacras virgines congregari, dirigeas J andalos, cum suae genlis obstrctricibus ad inspicienda et contrcctanda contra jura verecundiae verecundapudoris , ubi nec maires aderant , nec aliqua calholicarum matronarum. Quas torguentes gravi suspendio, atque ingenlia pondéra pedibus colligantes, laminasque ferri ignitas dorso, venlri, mamitlis et lateribus apponebant. Quibus inter supplicia dicebatur : Dicite quoniam episcopi vobiscum concumbunt et clerici vestri. Quarum acerbitate poenarum plurimas tune scimus exstinctas.

Kef] et à Lares (= Lorba) où les Maures venaient les prendre pour les conduire en caravane de Sicca par la route de Cirta et Sétif à Macri et à Tubuna; une autre bande fut emmenée de Lares à Théveste, Capsa et de là s’enfonça dans le pays des Gélules. Les exilés s’édifièrent de voir la constance d’une troupe de jeunes enfants qui ne se laissèrent pas entamer par les larmes de leurs mères moins courageuses et moins attachées qu’eux à leur foi. Après bien des années, Victor de Vite ne se rappelait pas sans admiration, le trait héroïque d’une vieille femme qui faisait l'étape avec les confesseurs, une besace sur l’épaule et tenant par la main un petit garçon, à qui elle répétait de temps en temps : « Cheminez, mon petit seigneur L ne voyez-vous pas cette gaîté des serviteurs de Dieu et combien ils se hâtent vers la couronne du martyre. » Les confesseurs qui s’imaginaient que la vieille cherchait à se mêler à la troupe des hommes l'ayant gourmandée un peu rudement, elle leur dit : « Bénissez-moi, bénissez-moi, priez pour moi et pour ce petit enfant qui est mon petit-fils ; car si grande pécheresse que je sois, mon feu père était évêque de Zuccaritana. » On lui dit : « Mais pourquoi faitesvous pareil voyage et en tel équipage. » — « Je me rends en exil, répondit-elle, avec ce petit enfant, de peur que le diable le trouvant tout seul ne le fasse choir de la vie en la mort. » « Nous ne pûmes l’entendre sans pleurer, dit Victor, et ne souhaitâmes rien d’autre sinon l’accomplissement de la volonté de Dieu1 2. »

Il semble que tout le pays que traversaient les con-

1. Ibid., II, 9 : Domne meus. Sur ce terme de respect appliqué aux enfants, cf. H. Leclercq, art. Accusations contre les chrétiens, dans D. Cabrol, Dict. d'arch. et de liturgie, t. I, col. 299.

2. Victor de Vite, op. cil., II, 9. Sur les fidèles envoyés in locis squa-

fesseurs fût rempli de catholiques, car, au témoignage de Victor de Vite, l’affluence du peuple sympathique aux exilés était si considérable que les chemins étaient rompus et ne suffisaient plus aux multitudes qui s’en allaient jusque dans les montagnes, elle long de la route par laquelle passeraient les confesseurs, afin de les voir, de les approcher, de leur faire toucher les petits enfants; mais les Maures ne permettaient rien de pareil.

Tandis que ces malheureux mouraient de misère le long des chemins, Hunérich s’occupait de venir à bout de ce qui restait de catholiques dans son royaume. L’empereur Zénon lui ayant député Regino en faveur des persécutés, le roi des Vandales accorda à l’ambassadeur grec la convocation à Carthage, le 1er février 484, de tous les évêques orthodoxes du royaume. L’édit de convocation, rendu le jour de l’Ascension, 19 mai de l’année 483, s’adressait à l’évêque de Carthage, Eugène, et devait être lu à l’assemblée des fidèles. Il était ainsi conçu ' :

« Hunérich , roi des Vandales et des Alains, à tous les évêques homousiens.

« Ce n’est pas qu’une seule fois, mais à plusieurs

lidis mctatlorum, cf. Notilia provinc., num. 76 : métallo, et Victor de Vite, op. cit., lit, 6, 8. La liste épiscopale de 484 présente, à la suite des noms de 88 évêques, le sigle prbt que Tillemont et Schônfelder expliquent par péril t. L. Schmidt, p. 109, donne pcribal et tous ils entendent ce terme d'une apostasie. Cette opinion n’est pas fondée, cf. Met. d'arch. et d'hist ., 1894, t. XIV, p.318, n. 1 ; il faut lire sans hésitation probatus comme le prouve cette note qui termine la liste : ex quibus perierunt octoyinUi duo; cf. Toulotte, Géographie de l'Afrique chrétienne , in-8°, Montreuil, 1894. Byzacène, p. 33, Numidie, p. 38, Maurétanies, p. 31 : S. Gsell, dans Mél. d'arch. et d’hist., 1901, t. XXI, p. 200. Sur la persécution d’Huuérich, cf. Pelage PP., E/nst. ad episcopos Dardaniae, 1 févr. 496 (édit. Guntfier) ; Corp. script, ccct. latin., t.XXXV, p. 391, cf. p. 328 ; Procope, De bell.Vand., I, 8 ; Gorres, dans Deutsche Zeitschrift für Geschiclite, t. X, p. 53, note 2.

1. Sur la date, 17, 19 ou 20 mai, cf. L. Schmidt, op. cil., p. 106, note 4.

L’AFRIQUE CI1RÉTJELNNE.

reprises que vos prêtres ont reçu défense de tenir des assemblées dans le royaume, afin de ne pas dévoyer les âmes chrétiennes. Plusieurs ont méprisé ces ordres et célébré la messe malgré la défense portée, se vantant d’observer la vraie règle de foi chrétienne. Afin d’obvier à tout scandale sur les terres que Dieu nous a confiées, nous vous faisons savoir que du consentement de nos évêques et par la miséricorde divine nous avons décrété que vous vinssiez tous à Carthage le premier jour de février, sans qu’il vous soit loisible de vous y soustraire en raison de ce qui pourrait vous arriver de fâcheux. Vous pourrez disputer de votre foi avec nos évêques, défendre par l’Ecriture votre croyance homousienne, afin qu’on sache si vous êtes dans la foi véritable. Copie du présent édit a été envoyé à tous vos collègues d’Afrique. Le XIII des calendes de juin dans la septième année de notre règne ».

L’évêque de Carthage eût désiré que, pour assurer la liberté des conférences, on lui permît de convoquer les évêques d’Italie, de Gaule et d’Espagne, mais il ne put l’obtenir. Les évêques catholiques furent donc contraints de se rendre à la convocation; ils y vinrent au nombre de 466 L La Proconsulaire en envoyait 54; la Numidie, 125; la Byzacène, 107, en outre cinq Eglises y étaient dépourvues d’évêques; la Maurétanie Césarienne, 120 et trois sièges vacants; la Maurétanie Sitifienne, 44 ; la Tripolitaine, 5; la Sardaigne et les îles Baléares, 8. Afin d’intimider ceux qui pourraient être tentés de croire à la liberté des débats, Hunérich fit disparaître un des plus qua-

1. Voir la Notitia, dans Corp. script, ecct. lat., t. VU, p. 117-1.%.

lifiés parmi les évêques *, Laetus de Nepte, et fit bâtonner et fustiger plusieurs autres prélats. Les catholiques qui gardaient le souvenir des conférences contradictoires tenues à l’époque de la querelle avec les donatistes avaient l’illusion tenace, ils déléguèrent dix d’entre eux pour porter la parole au nom de tous. Ces dix évêques ne cachèrent pas leur surprise et leur mécontentement de se voir contraints de demeurer debout tandis que le patriarche arien, Cyrila, était assis sur un trône élevé. Après quelques discussions, les évêques catholiques demandèrent à Cyrila de leur poser des questions , mais l’arien déclara qu’il ne savait pas le latin. « Comment, lui dit-on, mais tu parles latin, nous le savons; allons, pas de subterfuges, toi surtout qui as allumé l’incendie. » La conférence se passa en chicanes ; mais les catholiques qui s’y attendaient avaient rédigé un traité contenant l’exposition de leur foi, ils le présentèrent à l’assemblée 1 2.

Les ariens, confus, n’avaient qu’un faible effort à faire pour pousser le roi aux mesures de rigueur. Le 25 février 484, fut promulgué un édit qui mérite attention 3.

Nous l’allons transcrire, car sa longueur même est instructive. L’édit montre qu’il s’agissait moins encore de croyance que de vengeance. Avec une érudition assez rare chez les Vandales , il rappelle les lois

1. Victor de Vite, H, 18, donnerait lieu de croire que Laetus fut brûlé avant la conférence, mais à lire le texte de plus près on voit qu’il ne contredit pas l’affirmation de Victor Tonnoxen’sis qui place la mort de Laetus au 20 septembre 480, cf. L. Schmidt, p. 107.

2. Victor de Vite, op. cit., Il, 18. Eugène de Carthage était l’auteur du Libellus fidei catliolicae, cf. L. Schmidt, p. 108, note 1.

3. Le Latcrculus reg. IV and ; place le début de la persécution en 083. Marcei.linus, eu févr. 480 ; cf. L. Schmidt, op. cit., p. 108, note 2.

portées par les empereurs contre les sectes dissidentes du catholicisme. Outre le fait à noter et que nous prenons sur le vif du maintien de la législation impériale en Afrique après la conquête vandale, nous voyons que pendant les cinquante premières années de cette conquête, le parti donatiste, détruit en apparence, a survécu et s’est assez rapproché du parti arien pour que celui-ci consentît à se faire l’instrument de la haine dont nous avons marqué jadis un premier éclat dans le procès du comte Marcellin. Si le roi vandale traitait indistinctement d’homousiens tous les évêques non ariens, catholiques ou donatistes, ce n’était là qu’une parole et les donatistes s’étaient mis en mesure de supporter les paroles mais d’échapper aux actes.

Edit du roi Hunérich contre les catholiques

« Hunérich, roi des Vandales et des Alains, à tous les sujets de son empire.

« Il appartient à la majesté triomphale et au pouvoir royal de faire tourner les mauvaises actions controleurs auteurs. Celui qui fait mal ne doit s’en prendre à personne qu’à lui-même de ce qu’il lui en coûte. Notre Clémence se conforme sur ce point aux voies de la justice divine qui distribue le bonheur et l’adversité à chacun en raison de ses actes. Nous allons donc procéder sévèrement contre ces mutins, qui ont cru pouvoir résister aux ordres de notre père de glorieuse mémoire, et à ceux de notre mansuétude. Nous avions fait savoir à tous nos sujets par qui de droit que les prêtres homousiens ne pourraient tenir de conciliabules dans les terres des Vandales, ni y célébrer leurs mystères qui sont une pro-

fanation. Mais on n’a pas tenu compte de notre avertissement, et nous avons appris depuis qu’il existait un grand nombre d’individus se prétendant en possession des véritables articles de la foi. Nous fîmes sommer ces gens de se rendre à Carthage, sans défiance, à neuf mois de là, et pour le premier jour de février de la huitième année de notre règne, afin d’examiner dans une nouvelle conférence, si l’on pouvait se rapprocher de leurs doctrines. Les catholiques vinrent de tous côtés dans cette ville; on leur accorda un nouveau délai de plusieurs jours après le temps prescrit; et, lorsqu’ils se montraient enfin prêts à conférer, nos vénérables évêques les invitèrent le premier jour à démontrer clairement leur homousion, rejeté par l’Écriture, ou de condamner ce qui avait été rejeté à Rimini et à Séleucie par plus de mille évêques. Ils s’y refusèrent, non sans avoir excité une sédition populaire. Le deuxième jour, lorsque nous leur eûmes enjoint de rendre raison de leur foi en répondant aux questions qu’on leur posait, ils poussèrent la témérité jusqu’à mettre partout le désordre par leur mutinerie et leurs cris, et à faire en sorte que la discussion ne pût être ouverte.

« Puisqu’ils ne demandaient pas mieux, nous ordonnâmes que leurs églises restassent fermées tant qu’ils ne viendraient pas à la conférence prescrite, mais ils persistèrent dans -les mauvais desseins qu’ils avaient formés dès le commencement. Il est donc juste et nécessaire de rétorquer contre eux ce qui est contenu dans les lois 1 qu’ils ont fait promulguer à différentes époques par les empereurs qui parta-

1. Cf. Code Tlléod., XVI, tit. V, 1. XXI (ann. 392); 1. XXXIX (ann. 405), 1. XI. (ann. 407); 1. LII (ann. 412); 1. LIV (ann. 414); I. XLYI (ann. 409).

geaient leurs erreurs. Voici la teneur de ces lois. Il n’y aura point d’autres églises que celles où les prêtres catholiques font l’office; il ne sera pas permis à d’autres personnes de former des associations cénobitiques, ni de tenir des conciliabules, ni de recevoir ou de faire bâtir des églises dans une ville et dans les moindres localités; les terres contre lesquelles sera invoquée la prescription seront dévolues au fisc; les biens ecclésiastiques de tous les schismatiques seront attribués au clergé orthodoxe ; les hérétiques n’auront nulle part libre entrée dans une place; on les chassera des villes et de tout lieu où ils se présenteraient; ils n’auront aucun pouvoir de baptiser ni de discourir sur des matières religieuses ou d’ordonner des évêques, des prêtres ou d’autres dignitaires ecclésiastiques. Ceux qui se laisseront revêtir de ces titres, et ceux qui les donneront, paieront chacun une amende de dix livres pesant d’or, on n’écoutera pas leurs demandes et pourvois; et, s’ils ont mérité une distinction quelconque, on ne leur en tiendra pas compte; enfin, dans le cas où ils s’obstineraient, on les arrachera à leur terre et domicile et on les enverra en exil sous bonne et sûre garde.

« Les susdits empereurs ont aussi sévi contre les laïques, les privant du droit de donner, de tester, de recevoir une donation ou une succession, soit à titre de fidéi-commis, de legs ou de donations, soit en qualité d’héritiers légitimes, soit enfin par un codicille ou par un autre écrit quelconque. Les gens de la cour étaient assujettis à des peines fort graves : on les privait de leurs dignités, on les marquait du sceau de l’infamie, et on les assimilait aux grands criminels d'Etat. Les fonctionnaires civils de tout rang qui relèvent des gouverneurs civils des provinces étaient

passibles d’une amende de trente livres pesant d’argent; s’ils persistaient dans leur erreur et que la loi leur avait été appliquée cinq fois, ils étaient, en cas de récidive, flagellés et exilés. Les empereurs avaient ordonné de brûler tous les livres des hérésiarques et de leurs partisans : nous ordonnons qu’on entasse autant des livres dans lesquels l’iniquité prêche les fausses doctrines du catholicisme. Voici ce que les empereurs avaient prescrit de faire à l’égard des personnes prises individuellement chacune d’après son rang :

Les illustres paieront 50 livres pesant d'or;

» spectabifes »

» senatores »

» populares »

» sacerdotes »

» decurion.es »

» circunicelliones »

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