‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 114 sur 245 · J lia Fulgenlii, c · texte numérisé non relu

J lia Fulgenlii, c

h. Victor Toxnoxensis, p. 5 et Isidore; cf. L. Sciijiiot, op. eit., p. 117.

5. Paui. Diacre et l’auteur du Clironicon breve publié par Ruinart, p. 115.

6. Cf. Flore.ntinüs, In laudem regis, v. 6 sq. ; Anthologia tatina (édit.

d’une partialité sans mesure , accordant tout aux ariens , rien aux catholiques, auxquels il promettait d’ailleurs sa bienveillance s’ils se convertissaient à l’arianisme. Il affectait néanmoins de se montrer libéral et répétait qu’il ne souhaitait rien tant que d’être convaincu de son erreur, mais que les adversaires ne parvenaient pas à la lui démontrer. On lui indiqua un personnage qui aurait quelque chance d’y réussir, c’était saint Fulgence, évêque de Ruspe, alors déporté en Sardaigne. Le roi le fit mander aussitôt et leurs discussions théologiques furent sans résultat, néanmoins Trasamund trouvait un si grand charme dans la conversation de l’évêque de Ruspe que les ariens alarmés durent s’agiter beaucoup afin d’obtenir son renvoi en exil1.

Après la disparition de saint Augustin, l’Afrique, semblant avoir conscience de ce qu’elle avait donné au monde, ne produisit plus rien qui sortît de l’ordinaire. Ses littérateurs, ses philosophes, ses théo-

Riese), t. I, v. 576 ; Phocope, l, 8. Cassiodore, Variar.,\,h 3; Fulgence,

Ad Tlirasim., I, 2 : «... Iioc ingenii sludiique tuisagacitas rccognoscit

I’cr le disciplinac studia moliunlur jura bavbaricae gentis inva-

dere ». Sous Geiserich, il n’y avait guère paru d’écrivains, cf. cependant Gennaüius, De script., n. 74, 78, 79. Le réveil d'attention pour les choses de l’esprit sous les Vandales n’a pas eu son retentissement dans les arts du dessin. 11 suffit pour s’en convaincre de voir où en est l’architecture dans la basilique de Bénian, cf. S. Gsell, Les monum. antiq., t. Il, p. 175 sq. et dans la chapelle vandale d’Aminaedera, cf. S. Gsell, Édifices chrétiens d’Ammaedera, dans Atli dcl II ° Congresso intemazionale de archeol. crist., 1900; in-4°, Roma, 1902, p. 229.

1. Vita Fulgentii,22. On lit dans la notice de Symmaque (f 514) au Liber Pontificalis : Symmachus omni anno per Africain vet (= el) Sardiniam ad episcopos qui exilio erant retrusi, paecunias et vestes ministrabat. En 517-520, nous trouvons un évêque africain, nommé Possessor, réfugié à Constantinople. Cf. Güntiier, Epistolae Ponlifcum, n. 131 , 230, 231; Langex, Gescliiclile der romischen Kirche bis zum Pontifllcat Leo's I, in-8 ", Bonn, 1881, t. Il, p. 205 sq., 286 sq. Sur la persécution de 499 et l’évêque Rufinianus, cf. Hasenstar , Sludien zur Ennodius , in-8, München, 1890, p. 35 sq.

logiens n’offrent rien de particulièrement original; cependant il se trouva que pendant les règnes des derniers souverains vandales la réunion de plusieurs esprits distingués et exercés donna l’illusion d’un mouvement littéraire de quelque importance ' . Les emprunts que nous avons laits à Victor de Vite ont suffi à faire connaître son œuvre et sa manière comme littérateur et comme historien. On ne sait, à vrai dire, si l’un ou l’autre titre lui conviennent. On ignore de quelles sources il a tiré le fond de son histoire ayant rapport au règne de Geiserich, peutêtre de récits qui lui furent faits par les contemporains, peut-être un peu aussi de son imagination, car on ne peut s’interdire de remarquer que la quantité des faits précis est très différente dans cette partie et dans la suivante où l’auteur rapporte des événements dont il a été personnellement témoin. Ici les documents sont insérés dans le texte, les récits sont d’une vérité évidente, les personnages sont désignés par leur nom, les localités également. Tout ce qui a trait à la persécution de llunérich est un document historique du meilleur aloi1 2. Le style présente quelque intérêt parce que la violence calculée du langage n’a pas rompu avec le classicisme sinon comme préoccupation du moins comme ordonnance habituelle et en quelque sorte instinctive. C’est,

1. Mamtius, Geschichle der cliristlich-lateinischen Pocsie , p. 327-355.

2. Cf. A. Ailer, VilUor von Pila. Ilistorisclic Vntersuchungen, A .

Schüfcr gewidmet , in-8n, Bonn, 1882, p. 253-275; W. Plütz, Piktor

von Pila und die hirchenverfolgung im flandalenreiche , in-5°, Dob fin, 1887; F. Gürres, Kirche und Slaal im Pandalenreich, 529-535, dans la Deutsche Zeitschrift für Geschichlswissenschaft, 1893, 1. 11, p. I, p. 15-70; Le Même, Bcitrdge tur Kirchengeschiclite des I andalenreiches, dans la Zeitschrift für ivissenscliaftl. Théologie, 1893, l. I, p. 595- 500; Schonfelder, De Viclore Pitensi rpiscopo, in-8°, Breslau, 1899.

comme chez saint Augustin, un abus ordinaire de locutions archaïques à tel point que la langue qui sort de là diffère assez peu des plus anciens documents du latin populaire. La confusion introduite aboutit à l’altération de la langue et à une transformation parfois radicale du sens des mots. On voit s’exercer l’influence des événements de l’heure présente sur ce style tout « de circonstance ». Les Vandales ont pénétré en Afrique moins en armée qu’en peuple, ils demeurent tels et, à la bataille suprême de Tricamarum, Gélimer traînera avec lui non seulement les guerriers, mais les femmes, les enfants, les chariots de chaque famille. Cette circonstance a fait dévier le sens d’un mot cependant bien fixé depuis longtemps et lorsque Victor de Vite emploie exercitus ce n’est pas « armée »,mais « nation » qu’il faut entendre 1 .

Un autre évêque africain, Vigile de Thapsus, après avoir assisté à la Conférence du 1er février 484, fut banni et se réfugia à Constantinople. Son œuvre est peu considérable et paraît se réduire à deux ouvrages : Contra Arianos et Sabellianos dialogus et Contra Eulychen libri V. Ces ouvrages ont trait à des controverses théologiques et on peut attribuer au même écrivain quelques écrits perdus qui, comme ceux que nous possédons, alimentèrent d'arguments les controversistes de l’époque2.

Les deux écrivains les plus remarquables à tous points de vue de ce mince groupe littéraire sont Fulgence, évêque de Ruspe, et le poète Dracontius.

1. F. Feruèue, La langue et le style de Victor de Vite , dans la Ilevue de philologie, 1901, p. 121 sq.

2. G. Ficker, S Indien :ur Vigitien von Thapsa, in-8°, Leipzig, 1897; G. Morin, dans la Revue bénédictine , 1898.

Bossuet a qualifié Fulgence de Ruspe d’un titre qui les résume tous ; c’était, a-t-il dit, « le plus grand théologien et le plus saint évêque de son temps 1 » (468-533).

La vie de saint Fulgence écrite par un anonyme contemporain 2 * * S. — peut-être un moine de Ruspe — est un des écrits les plus importants pour l’histoire de l’Église d’Afrique pendant la dernière période de la domination vandale. Né à Thelepte, l’enfant n’apprit d’abord que le grec, afin de n’en pas gâter la prononciation, et on lui fit retenir de mémoire tout son Homère et un grand nombre de passages de Ménandre. Le biographe nous dit que beaucoup plus tard, l’évêque pouvait parler en grec avec l’élocution d’un hellène. Après avoir administré quelque temps sa fortune, il se sentit le désir de suivre la vie monastique. Il avait étudié ce genre de vie dans ses visites aux monastères des environs et il semble, à ce propos, que la persécution vandale se soit plutôt acharnée à la ruine du clergé séculier qu’à celle du clergé régulier. Nous voyons en effet que l’évêque auquel il va demander son admission est un exilé de la persécution de Ilunérich qui a pu néanmoins fonder un

1. Bossuet, Défense de la Tradition et des Saints Pères , 1. 1, c. 14.

2. A. Mally, Dus Leben des lieil. Fuhjcnlius, Bischofs von Ruspo, von

scincm Scliiltcr und der fortgesctzte Kulturlcampf der Vandalen , in-8°,

W ion, 1885. Sur les écrits de la jeunesse de Fulgence, cf. Helm, dans le Rkeinisches Muséum, noue Folge, t. LII, 1897, p. 177 sq. ; t. L1V, 1899, p. 111 sq. -134, qui identifie Fulgence de Ruspe, Fulgence le mylhographe et Fulgence rabréviateur do l’histoire universelle; cf. Le Même, Ptanciadis Fulgentii v. c. opéra, in-12, Leipzig, 1898; Ficker, dans Zeitschrift fiir hirchcng eschich te , 1900, t. XXI, p. 9-42, montre l’intérêt que présente, surtout pour l’histoire du monachisme en Afrique, la curieuse vie do

S. Fulgence de Ruspe, écrite par un compagnon de cet évêque, peutêtre par un moine du monastère de Ruspe; rien ne prouve eu effet que cette biographie soit, comme on l'a cru, l'œuvre du diacre Ferrand.

monastère au lieu même de sa relégation. Dès que les rigueurs de Ilunérich reprennent, l’évêque est obligé de se séparer de son monastère qui cependant ne paraît pas inquiété et Fulgence va s’établir dans un monastère voisin dont l’abbé le fait son collègue. Cette situation est assurément notable et ne ressemble à rien de ce qui se passe à l’ordinaire. Il faut l’imminence d’une invasion de tribus Berbères pour décider les moines à la fuite et ils vont s’établir dans la région de Sicca. La malveillance d’un prêtre arien devient la cause de violences et de pérégrinations qui n’ont pas de rapports avec notre sujet. Enfin, Fulgence revient en Afrique et construit un monastère en Byzacène. Dès qu’il y a groupé un nombre assez considérable de disciples, il le quitte et va se faire simple moine dans un autre couvent; mais l’évêque dans le diocèse duquel il avait fondé un monastère lui impose le retour et lui confère la prêtrise ; peu après il est élevé à l’épiscopat sur le siège de Ruspe qu’il devait rendre illustre, et, ici encore, il construit un monastère. Exilé en Sardaigne, il en revienl, remonte sur son siège de Ruspe et prend sa demeure dans le monastère. Quoique l’auteur de cette vie soit un moine évidemment préoccupé de ce qui a trait aux choses monastiques plus que de tout le reste, on ne peut manquer de constater l’importance prise par le monachisme dans l’Afrique vandale.

L’œuvre théologique de saint Fulgence est presque entièrement consacrée à la polémique avec les ariens et les semi-pélagiens. Il semble que de son vivant son autorité dans l’Eglise d’Afrique ait été telle que son talent' la lui méritait. Néanmoins, si on ne lui trouve pas de pareil à son époque, il faut se garder de relever son mérite à la haute me-

206 L’AFRIQUE CHRÉTIEME.

sure de ces grands hommes qui n’ont point d’égaux en leur temps, ni en aucun temps et qui n’en sauraient avoir. Tout son génie allait à être un disciple excellent de saint Augustin qu’il savait à merveille; il ne pensait qu’en second. Dans l’immense pénurie du vie siècle, il fait illusion, et comme dans ces associations ingénieuses où les vieillards qui survivent héritent de tout le bien de leurs confrères morts, les contemporains se sont plu à accumuler sur sa tête l’admiration et la reconnaissance que l’on avait un peu trop ménagées de leur vivant aux grands maîtres disparus. Il était, suivant un joli mot, un homme de génie par survivance.

Son style est moins pur et moins châtié que celui de saint Augustin ; mais il est net et facile. Il montre partout beaucoup de vigueur et de force d’esprit, soit dans ses expressions, soit dans ses raisonnements, et met les matières les plus abstraites dans un si beau jour qu’il les rend intelligibles aux esprits les moins pénétrants. Toutefois, soit dans la crainle de ne les avoir pas assez développés, soit je ne sais par quel autre motif, il les explique souvent de différentes manières, ce qui lui occasionne des redites et le rend trop diffus et trop abondant. On voit par plusieurs de ses écrits, surtout par ce qui nous reste des livres contre Fabien, qu’il se plaisait dans les questions épineuses et qu'il les traitait avec beaucoup de subtilité. Quand il décide, c’est toujours en s’appuyant sur l’autorité des divines Écritures dont il était très instruit. Il allègue aussi les témoignages des Pères, particulièrement de saint Augustin. Il donne pour maxime, et il la suivait lui-même, que dans toutes les questions qui forment quelque doute par leur obscurité, il faut s'en tenir à leurs définitions.

L’Afrique ne nous a jusqu’ici montré aucun poète ; car il n’est pas possible de donner ce titre au rude ouvrier de vers du mc siècle, Commodien, dont nous avons rappelé les productions. Soudain, en plein règne vandale, apparaît un poète, — le seul, — mais un poète véritable, Dracontius. C’était un homme très rangé, né dans une famille employée à l’administration du pays et destiné, semblait-il, à la suivre dans cette voie pacifique et ignorée. Il prit fantaisie à ce malheureux d’écrire des vers et d’y célébrer le basileus de Byzance. C’était un sujet sur lequel les rois vandales ne plaisantaient pas. Le poète fut battu, enfermé, dépouillé do ses charges et de ses biens. Pendant qu’il se trouvait en prison, la réflexion lui vint et il fit promettre à Guntamund de ne célébrer désormais que les Vandales; mais le roi demeura inflexible et Dracontius misérable, abandonné, se trouva plus malheureux que jamais. Ce qu’il dit de son état nous laisse voir quelque chose du régime des prisons : « Les chaînes me serrent, les tortures m’accablent, l’indigence mc consume. Je ne suis plus couvert que de haillons. Connus et inconnus, tous se détournent de moi. Ceux à qui j’ai consacré ma vie me délaissent; mes parents ne me connaissent plus; mes nombreux esclaves ont fui ; mes clients me méprisent. » Ce fut alors que la veine poétique se déclara et que Dracontius composa un poème en trois chants intitulé : Carmen de Deo.

Cet unique poète africain mérite qu’on s’arrête quelques instants à son ouvrage. Il a eu la fortune d’attirer de nos jours l’attention d’un lettré délicat, M. Gaston Boissier, qui l’a jugé avec autant de goût que de mesure. « Dracontius, dit-il, a voulu célébrer la miséricorde divine, et comme la première et la

plus grande marque d’affection que Dieu ait donnée à l’homme est de le créer, le premier chant est consacré à raconter la création. Ce chant a été, pendant le moyen âge, séparé du reste de l’ouvrage et fort admiré sous le titre à' Œuvre des six jours ( Hexame ron). Il est certain qu’il soutient la comparaison avec le poème de Marius Victorinus de Marseille et celui de saint Avit. Si Dracontius est moins correct, il a par moments plus d’éclat et un sentiment plus vif des beautés de la nature. 11 a su mieux décrire qu’eux la vie nouvelle qui circule dans le monde naissant, la terre qui devient féconde et se couvre d’herbes, les forêts « vêtues de leur chevelure de feuilles et habitées par des nids bavards » ; puis tous les animaux de la terre et de la mer qui s'élancent à la vie, les oiseaux qui ébranlent l’air de leur vol haletant et qui chantent pour remercier le Seigneur qui vient de leur donner l’être :

Exilit Inde volans gens plumca laclaper auras,

Aéra conculiens pennis crépitante volatu

Ac varias fundunt voces modulamine blando.

Et, puto, collaudant Dominum mentisse creari.

« Pour représenter l’homme qui vient de naître et le distinguer, dès le début, par son attribut particulier, Dracontius a trouvé une invention ingénieuse : non seulement il le montre qui regarde avec admiration le beau spectacle du monde, mais il suppose qu’il pense, qu’il réfléchit; tandis que les animaux se laissent tranquillement vivre, lui veut savoir ce qu’il est, pourquoi il a été créé, et il cherche autour de lui qui pourra le lui dire. Quand il voit les bêtes se sauver à son approche, il s’inquiète, il a le sentiment de sa solitude : c’est alors que Dieu lui donne une com-

pagne. Les auteurs ecclésiastiques glissent généralement sur la création de la femme : Dracontius, qui est un laïque, se sent plus à son aise; il décrit Eve avec complaisance quand elle se montre à celui qui va devenir son époux : « Elle parut devant lui sans « voiles, avec son corps blanc comme la neige, sem- « blable à une nymphe qui sort des eaux. Sa cheve- « lure, que le fer n’avait pas touchée, flottait sur ses « épaules; la rougeur parait sa joue, tout était beau « en elle, et l’on voyait bien qu’elle sortait des mains « du Tout-Puissant » :

Conslilü ante oculus nullo velamine tecta

Cor pore nuda simul niveo, quasi nympha profuncli.

« Puis il est heureux de les suivre dans ces bosquets en fleur et ces parterres de roses où ils vont se cacher.

Ibant per flores et Iota rosaria bini,

Inter odoralas messes lucosque virentes.

« On trouverait encore de beaux vers dans les deux autres livres, quoiqu’ils y soient plus rares. L’auteur y insiste toujours sur la miséricorde divine; il a besoin d’y croire pour espérer qu’elle amènera la fin de ses maux. Dieu est bon, il écoute toutes les prières, il soulage toutes les infortunes. On n’a qu’à s’adresser à lui pour être exaucé : « Judas lui-même, « le misérable Judas, s’il avait eu confiance, pouvait « être sauvé. » Rien ne trouble cet optimisme tranquille ; il ne peut pas imaginer que Dieu condamne quelqu’un qui s’est accusé de ses fautes, et il lui semble que le repentir crée une sorte de droit au pardon. [Son Dieu] est doux, tendre, compatissant, et ne se résout à punir que ceux qui ne se décident

pas à se corriger. Aussi éprouve-t-il pour lui des élans d’amour et de reconnaissance qui se traduisent par de belles tirades, ou plutôt par des hymnes pleins d’effusions lyriques. J’en veux citer un, quoiqu’il soit long-, pour montrer quelle inspiration puissante anime par moments cette poésie : « La troupe des « astres, lui dit-il, les planètes et les étoiles célè- « brent leur créateur ; la foudre t’adore, le tonnerre « et la tempête tremblent devant toi. Les lacs et « les fleuves et chantent en leur langue; les nuages « épars s’éclairent de ta lumière. Par toi la terre « est féconde, l’herbe verdit, les forêts poussent « leurs feuilles, la feuille respire, l’arbre se couvre « de fruits. C’est toi que louent la bête sauvage, les « poissons, les grands troupeaux, les oiseaux de « l’air, la race des vipères et les bêtes venimeuses « qui sifflent en agitant leur langue à trois dards ; ( tous ces monstres qui donnent la mort, se plaisent « à célébrer l’auteur de la vie. »

« Il n’y a pas à en douter, celui qui était capable de porter sans faiblir une période si large, si ample, d’un si grand souffle, — et je l’ai fort abrégé; — celui qui a écrit ces vers élégants que je citais tout à l’heure, qui a su retrouver par intervalles la vigueur ou la grâce du vieil hexamètre latin, était vraiment un poète 1 . »

« Nous savons peu de choses, dit M. P. Monceaux, sur la situation du judaïsme africain au temps des Vandales et sous la domination byzantine. Les polémistes du ve et du vie siècle, Victor de Vite, Fulgence de Ruspe, Facundus, Primarius d’Hadrumète, Juni-

1. G. Boissier. L'Afrique romaine, iu-12, Paris, 1901, p. 309 sq. Cf. Manitiüs, op. cil., p. 330.

LliS VANDALES (429-534).

lins, Ferrandus, Victor de Tunnuna, Liberatus et d’autres, mentionnent assez fréquemment les Juifs, mais presque toujours en termes généraux, pour traiter des lieux communs de l’apologétique ou de l’exégèse chrétiennes sur les rapports du christianisme et du judaïsme. A peine relève-t-on quelques traits qui visent plus particulièrement les Israélites du temps, Victor de Vite écrit par exemple : « Ne nous « laissons pas émouvoir par le scandale des Juifs qui « nient le Fils de Dieu, qui n’adorent pas l’Esprit « Saint E » Voconius, évêque de Castellum en Maurétanie avait, écrit « Contre les Juifs 1 2. »

« De la fin du ve siècle date l’opuscule intitulé : Acl Vigilium episcopum de judaica incredulitate, et dédié à Vigile, évêque de Thapsus, par certain Celsus 3 * 5. C’est une lettre assez longue qui servait de préface à une traduction latine du Dialogue entre Jason et Papiskos sur le Christ, composé en grec par Aristos de Pella, vers le milieu du 11e siècle E Ces rares témoignages prouvent seulement que les Israélites étaient encore en nombre dans l’Afrique des Vandales E »

Le successeur de Trasamund (6 mai 523) était Ilildérich, fils de Ilunérich et petit-fils par sa mère Eudoxie de Valentinien III. Ce prince avait vécu depuis une quarantaine d’années à la cour de Constantinople et s’y était lié avec l’empereur Justinien

1. Victor de Vite, op. cil., Il, 23, 100 (édit. IIalm). Cf. ibid., II, 17, 51; III, 20, 70.

Page 1