‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 116 sur 245 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

justinien (533-565)

Dessein de Justinien. — Désaffection générale de la domination vandale. — Expédition de Bélisaire (533). Decimum et Tricamarum. — Empiètement des tribus Berbères sous les derniers rois vandales. — Étendue de l’Afrique byzantine. — Réaction politique et religieuse. — Situation du pays et prospérité générale. — Extensions et circonscriptions de l'Église chrétienne. — Conditions faites aux dissidents et aux orthodoxes. — Les auteurs ecclésiastiques do cette période. — L’affaire des Trois Chapitres.

L’expédition tentée par l’empereur Justinien contre le royaume vandale d’Afrique occupait depuis longtemps la pensée des Byzantins et des occidentaux. Tour à tour les uns et les autres s’étaient essayés à la difficile entreprise de reconquérir la province perdue, ils n’avaient guère éprouvé que des échecs retentissants. En 460, la flotte rassemblée dans les ports d’Espagne n'avait pas même mis à la voile ' ; X armada de 468 avait disparu dans les eaux de Carthage sous le coup d'un désastre sans précédent1 2, qui n’avait pas été pour peu de chose dans la décision prise par Zénon de signer, vers 476, un traité de

1. Procope, De Oello Vandalico {é (lit. de Bonn), p. 340-3'42 ; cf. Birt, Hislory of tlie tâter roman Empire, in-8°, London, 1889, t. I, p. 2'ii).

2. Procope, ibitl., p. 335-3'i0: cf. Bury, op. cil., t. I, p. 2f|fi-245.

paix perpétuelle avec Geiserich. Ce traité fut respecté pendant soixante ans, mais les souverains de Constantinople gardaient l’espoir d’un retour de fortune '. Ils ne se faisaient pas illusion, la fortune revint, et, comme pour récompenser cette longue confiance, mit sur le trône des Byzantins dégénérés un prince d’un rare mérite et sur le trône des farouches Vandales un prince qui n’eût pas déparé dans la série lamentable des Byzantins : Justinien et Ilildérich.

Hildérich était petit-fils de Geiserich et de Valentinien III, mais il semblait n’avoir reçu que le sang de ce dernier. Pendant un long séjour à Constantinople il avait formé une étroite amitié avec Justinien et, monté sur le trône, ce pauvre Vandale ne songeait qu’à l’éclat que faisait rejaillir sur lui la bienveillance de son ami. Tandis qu’il faisait remplacer sur ses monnaies sa propre image par celle de Justinien, celui-ci ne songeait qu’à rétablir l’antique grandeur romaine. Il ne cachait pas son ambition qui était de reconstituer l’empire dans son intégrité et pour cela de revendiquer tous les droits que, timidement, ses prédécesseurs avaient réservés 1 2. « Empereur romain, dit à son sujet M. Ch. Diehl, dont nous n’aurons pour être exact et complet qu’à suivre de près le travail, il voulait faire rentrer au sein de l’unité romaine ces provinces depuis tant d’années captives des barbares3 ; prince catholique, il souffrait impatiemment de voir les chrétiens orthodoxes soumis aux hérétiques ariens, « persécuteurs des corps et des âmes, et de même qu'au dedans il

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