G. Boissier, La [in du Paganisme, t. I, p
moment dans la société africaine. On s’y rangeait, mais le plus tard possible. Cette famille de bourgeois de Thagaste nous en donne un exemple accompli. L’épouse est une sainte; le chef de famille, un franc païen ne songeant qu’à la joie de vivre; le fils, doué par l’hérédité native de toutes les passions sensuelles de son père, de toutes les ardeurs mystiques de sa mère, possède un sentiment profond de la vie religieuse et morale. En cette jeune nature où se fait la première rencontre du rationalisme et du dogme héréditaires, qu’on ne soit pas surpris que leur fusion soit lente et traversée de bouillonnements. Cependant l’âme porte déjà, dès la première rencontre, l’empreinte profonde du christianisme. Enfant, étant tombé malade, il se crut au moment de la mort et demanda avec instance le baptême. Après les premières folies suivies de la lecture de l 'Hortensias, dans cette lassitude écœurée de tout son être sensuel et physique, il revient au christianisme. Les émotions de ses premières années se réveillaient, et la philosophie ne lui suffisait pas ; « il y manquait le nom du Christ, ce nom que j’avais puisé avec le lait sur les genoux de ma mère et que je gardais au fond de mon cœur 1 ».
Dans la brute assouvie un ange se réveille.
Ceci n’est pas particulier à saint Augustin. Tertullien et saint Cyprien nous ont laissé savoir qu’avant leur conversion ils s’étaient enivrés d’adultères et nous n’avons là que l’efflorescence du tempérament de la race. Rappelons-nous cette facilité avec laquelle, en Afrique, les foules viendront au christianisme et