Confessiones , III, h
rapprochons de ce fait celui des retards volontairement opposés par saint Cyprien, des rechutes de saint Augustin, aussi longtemps qu’ils n’ont pas triomphé de leur sensualité punique. La foi séduit déjà leurs intelligences que la morale épouvante encore leurs imaginations. Chez Augustin la rupture avec le dogme héréditaire et la voix intérieure se fait sous l'influence exclusive des passions de la virilité commençante. Il y a plus d’hostilité que d’incrédulité. « Des nostalgies étranges ramènent sans cesse le sceptique par libertinage vers sa foi première qu’il identifie avec sa candeur d’autrefois. Cette irréligion est aussi celle qui aboutit à un si grand nombre de conversions sur le retour. Elle n’était pas l’affranchissement de la raison. Elle était celui de la chair et du sang. Aussi, lorsque cette chair s’endolorit avec l’âge, lorsque la fièvre de ce sang ne brûle plus les artères battantes, les traces de la croyance effacée doivent reparaître et reparaissent. Le révolutionnaire se réveille aussi dévot qu’aux heures d’enfance, et le désespéré aussi plein du songe bleu d’un paradis. 11 a suffi pour cela d’un prêtre assez bon connaisseur en nature humaine pour reprendre l’entretien spirituel avec le farouche incrédule précisément au point où les déchaînements de la puberté l’avaient interrompu1. » Ce sera tout l’emploi du prêtre Cécilius avec saint Cyprien et de l’évêque Ambroise avec saint Augustin.
L’Afrique offrait vers la fin duivc siècle, dans plusieurs régions, un très grand nombre de villes, ailleurs les cités étaient plus rares, mais d’après ce que
1. P. Bourget, Essais de psychologie contemporaine, in-12, Taris, 1894, p. 80 sq.
les fouilles nous permettent d’en juger, elles offraient de l’une à l’autre peu de variété. Sans doute la richesse était bien différente, et les édifices s’en ressentaient d’une ville à l’autre, mais la prospérité et la civilisation du pays étaient de date récente et, coïncidant avec la conquête romaine, les cités offraient ce je ne sais quoi d’artificiel que présentent les villes bâties trop vite, d’un seul coup et sans raccords. Les rues et les places de Carthage étaient larges et alignées, bâties avec uniformité et symétrie, comme bâtissent les peuples civilisés L Que l’on regarde Thamugadi et l’on pourra prendre une idée de beaucoup de villes, ou, du moins, du quartier neuf de beaucoup de villes. A Carthage, qui nous est mieux connue que les autres cités, on avait le genre d’industrie des peuples civilisés et la population s’élevait peut-être à plus d’un demi-million d’habitants1 2. C’était une ville manufacturière, la fabrication des étoffes précieuses et des objets de luxe y était très active. On s’y amusait passionnément, et à l’africaine, c’està-dire que les spectacles finissaient parfois dans une émeute 3 au sujet d’un cocher favori, d’un danseur ou d’un gladiateur. Toute la jeunesse, et même la plus grande partie de la ville prenait parti pour les « verts » et pour les « bleus » 3. Saint Augustin avait partagé ces passions lors de son premier séjour à Carthage 4 ; aussi, devenu vieux, il savait tout de suite
1. « Carlhayo dispositione valdc gtoriosissima constat, qaae in directione vicorum et platearum acqualibus lincis currens. » Maï, l. III, palimps. n. 37.