‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 157 sur 245 · Adv. Mocianum, col · texte numérisé non relu

Adv. Mocianum, col

dans la question pour n’être point d’utile conseil 1 . » On sait les incidents qui signalèrent la présence du pape Vigile à Constantinople et l’on devine le désappointement et l’irritation de Facundus et de son groupe lorsque dans les conférences préliminaires réunies pour l’examen des textes en litige, Facundus ayant tenté de traiter la question suivant les idées qui prévalaient dans tout l’Occident1, se vit retirer la parole par le pape qui déclara n’avoir besoin que de l’opinion écrite des évêques. On leur laissait sept jours pour exposer ce qu’ils croyaient devoir dire. Facundus n’avait pas dans ce court délai le temps matériel nécessaire pour terminer son grand ouvrage; il se contenta de le résumer en insérant dans son exposition les passages les plus décisifs. Cependant le délai fut mis à profit, on travailla les prélats et Vigile les vit arriver, un à un, gardés à vue, tenant en main leurs cédules, libellées, bien entendu, en conformité avec la sentence que le pape avait promis de rendre. Enfin, la veille de Pâques de l’an 548, on publia la sentence du pape, son Judicatum, adressé au patriarche Ménas, portant condamnation des Trois Chapitres. « Des réserves très fortes, il est vrai, sur l’autorité du concile de Chalcédoine, étaient jointes à cet arrêt;

1. Ibid., col. 859-861: Dcfensio, col. 527-528; L. DüCHESN'E, op. cit.. p. 405 : « Deux séances avaient déjà été employées à l'examen des livres incriminés, quand on donna la parole à Facundus. Négligeant pour le moment la question de savoir si l'on devait le blâme ou l’éloge aux textes incriminés, Facundus transporta résolument le débat sur un autre terrain et demanda aux juges s’ils ne craignaient pas que la condamnation projetée compromît l'autorité du concile de Chalcédoine. Vigile vit l’effarement se peindre sur les visages des prélats. Le coup était bien porté. Facundus, poussant son avantage, allait démontrer qu'une fois la condamnation prononcée, c’en était fait de Chalcédoine, mais le président l’interrompit. »

elles étaient même si claires et si précises que nul monophysite n’aurait pu les signer sans faire ainsi une abjuration complète. Aussi personne d’entre eux ne fit-il mine de se rallier à l’orthodoxie. Askidas et Justinien avaient en somme fait buisson creux après avoir bien troublé l’Église et bien tourmenté le malheureux pape 1 . »

Les Africains s’étaient engagés trop à fond pour ne pas garder la position prise, ils se fussent plutôt compromis une fois de plus ; leur tournure d’esprit comme leur caractère manquaient de la finesse nécessaire pour saisir l’élégance de la combinazione . A la le cture du Judicatum, Facundus éclata; ne pouvant excommunier le pape, lui et ses amis s’excommunièrent eux-mêmes et rompirent tout rapport avec le pape et le patriarche. Sans se décourager il mit la dernière main à son ouvrage et le publia (550). 2 Ce fut au tour de l’empereur de s’emporter et Facundus jugea prudent de se cacher.

Aujourd’hui encore le livre de Facundus se lit avec profit et même, on peut le dire, avec entrain, comme il fut écrit. A vrai dire, on s’étonne que Suarez, Du Perron et Bellarmin dans leurs polémiques contre le roi Jacques Stuart n’en aient pas tiré plus de fruit pour leur thèse. Avec une belle audace, l’Africain s’attaquait à l’empereur auquel il faisait entendre, pour la première fois probablement, quelques belles vérités que l’on n’a coutume de dire que trop tard, après qu’on a été poussé à bout. Quoi qu’il en soit, il lui apprenait qu’il eût à bien s’instruire des cas dans lesquels il avait à « employer les pouvoirs du prince », et de ceux où il avait à « montrer l’obéis-

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