CHAPITRE JX
Situation de l’Afrique à la fin du règne de Justinien. — Règne de Justin II. — Lanouvelle division territoriale de l’Afrique.
— Le règne de Maurice et la nouvelle organisation administrative. — Gouvernement des exarques Solomon otGcnnadius. — Abus des fonctionnaires. — L’Église et l’Empire.
— Le clergé africain. — Le pape Grégoire Isr et la réforme du clergé en Afrique. — Situation légale de l’épiscopat. — Sa médiocrité, son effacement, ruines des dernières traces de l’esprit municipal et provincial. — La querelle du monothélisme et l'abbé Maxime. — Menaces d’invasions arabes.
— La razzia de 647 et celle de 665. — Le Khalife Moaviah érige la province d’Ifrikiya, 669. — Okba, Hassan, prise de Carthage (695). — Perte de Carthage (697). — Occupation définitive de Carthage (698). — Défaite et mort de la reine de l’Aurês. — Chute de Septem (709). — Ruine du catholicisme. — Survivance de quelques chrétientés. — En-Nacir et le pape. — Les chrétientés de Tlemcen et des Nefzaoua.
Il semble que dès que nous arrivons aux dernières années du règne de Justinien le pamphlétaire Procope s’élève à l’impartialité de l’histoire ' . Ce n’est pas qu’il change de ton, mais c’est qu’il ne peut plus guère dénaturer la vérité devenue aussi lamentable qu’elle
1. F. Dahn, Procopius von Caesarea. Ein Beilrag zur Ilistoriographia der Volkersutanderung und des sinkenden Romertlium, in-8°, Berlin, 1865; Haury, Zur Beurtheilung des Geschichlsclircibcrs Prokopius von Caesarea , in-8°, München, 1896.
avait été glorieuse trente années auparavant. L’Afrique subissait le contre-coup de cette décadence, lorsque l’avènement de Justin II sembla lui laisser entrevoir un retour de sécurité et de prospérité ' . L’attention du prince était particulièrement attirée sur la situation de l’Afrique par l’un des ministres de Justin II, le questeur du palais Anastase 2. Un nouveau préfet d’Afrique, Thomas, fut nommé 3 4 5, et, suivant le mot de Corippus, « l’Afrique épuisée retrouva un espoir de vie 1 ». Tout reprit un air de courage et d’ordre, la défense militaire fut complétée, des places nouvelles furent construites 3. L’influence byzantine dépassa même les frontières de sa domination politique et à la faveur des missionnaires et des fondations d’Églises nouvelles, trouva des entrées dans les peuplades jusque-là réfractaires à toute entente; on s’avança ainsi jusque chez les Garamantes du Fezzan et jusque chez les Berbères de la Maurétanie Césarienne 6. A l’intérieur, la réorganisation s’introduisait dans les finances 7, et l’obtention des magistratures devenait irréprochable 8 , tandis qu’on attribuait au corps épiscopal, dont les privilèges avaient été confirmés, une sorte de surveillance suprême sur les fonctionnaires civils et militaires ;
1. Groii, Gescliiclite des oslrômischcn Kaisers Justins II, in-8°, Leipzig, 1889.
2. Corippus, In laudem Anaslasii, 36-40. Sur ce personnage, cf. Jean d’Éphèse (édit. Schonfelder), II, 29.