C. Diehl, op. cit., p. 505 sq
ils comprirent que le rôle et la popularité qu’avaient su obtenir les évêques dans la Gaule mérovingienne ' , il dépendait d’eux de l’obtenir dans les provinces grecques d’Europe. La communauté de malheurs tendait déjà à rapprocher le petit peuple du clergé, en outre les lois donnaient aux évêques le pouvoir de surveiller les fonctionnaires ; ces causes réunies établirent l’Église dans une situation à laquelle elle semblait avoir répugné longtemps mais que, convaincue par l’expérience de trois siècles, elle se décidait enfin à accepter et, dans une certaine mesure, à hâter. Jadis satisfaite de conseiller un Constantin, un Gratien, un Théodose, elle paraissait n’avoir pas songé à exercer directement la suprématie politique; mais les retours de fortune sous Constance, Julien, Valens, d’autres encore et tout récemment sous Justinien l’avaient convaincue de l’impossibilité de faire durer le régime hybride d’une sorte d’ « entente cordiale » . En outre il était manifeste que le problème loyaliste qui s’était posé à saint Augustin au début des invasions barbares était aujourd’hui plus qu’à moitié résolu.
L’Europe changeait, l’Empire disparaissait, une société nouvelle s’élaborait dans laquelle il parut légitime à l’Eglise et avantageux aux peuples de substituer, à l’autorité impériale, l’autorité ecclésiastique. L’habitude s’était introduite de recourir aux évêques
1. Guérard, Mémoires sur les causes principales de la popularité du clergé en France sous les deux première races, in-4°, Paris, 1835 ; A. Molinier, Les sources de l’histoire de France, in-8°, 1902, 1. 1, p. 94 : « On ne saurait trop grandir le rôle joué par l’Église à l’époque mérovingienne; la plupart des évêques s'acquittent dignement de leur charge de défenseurs naturels des pauvres et des humbles; les moines évangélisent les nations païennes, mettent en culture les terres abandonnées et donnent l’exemple de toutes les vertus. »
généralement désintéressés, accueillants, secourables et désireux d’être utiles autant que d’être forts, ce qui leur paraissait le moyen d’être plus efficacement et plus longtemps utiles. Ainsi s’opérait la substitution du prestige papal au prestige impérial.
Et cependant épiscopat et clergé n’offraient pas toutes les garanties que l’on s’attend à leur voir fournir pour justifier ces hautes prétentions. A la fin du vue siècle l'organisation ecclésiastique contemporaine de Justinien subsistait encore en Afrique et en apparence tout continuait du même train que par le passé. Les conciles se réunissaient fréquemment, nous en relevons en Numidie, en 591, 592, 593; à Carthage, en 594; en Numidie encore et en Byzacène, deux fois par an. Mais ces conciles nous apprennent que la discipline était alors bien déchue. Les évêques de Byzacène se mettaient en opposition ouverte avec leur primat L des situations analogues se rencontraient dans les monastères entre moines et abbés 1 2. « En Numidie, d'interminables conilits éclataient entre les chefs des diocèses pour quelques paroisses enlevées ou quelques redevances indûment perçues 3 4 5; ailleurs, les évêques ne craignaient point d’infliger à leurs clercs des châtiments corporels L La simonie surtout et la corruption faisaient des progrès inquiétants : l’évêque de Tigisis vendait les charges ecclésiastiques 3, celui de Lamiggiga se laissait corrompre par les hérétiques 6 ; le primat de Byzacène faisait mieux encore : pour se soustraire à la condamnation