Ibid., I, 82. Cf. II
qui le menaçait, il achetait, moyennant dix livres d’or, la protection du gouverneur de la province 1 . Ce n’est pas tout. En Numidie l’hérésie donatiste relevait la tête 2 : grâce à la tolérance du gouvernement, les dissidents, on l’a vu, avaient conservé leurs églises, leurs évêques; maintenant ils se flattaient d’ébranler le catholicisme lui-même. Des diocèses où ils dominaient, ils expulsaient violemment le clergé orthodoxe 3 ; dans les autres, ils tâchaient de s’insinuer en se ménageant à prix d’or la bienveillance des évêques 4 5 6, et, devenus de la sorte maîtres de positions importantes, ils en profitaient pour faire parmi les fidèles une active et souvent heureuse propagande. Beaucoup de gens, séduits par les promesses, consentaient à se faire rebaptiser selon le rite donatiste s; les hautes classes de la société elle-même étaient gagnées par la contagion, et de grands propriétaires, non contents de passer avec toute leur famille au parti de l’hérésie, usaient de leur influence pour entraîner à leur suite les personnes qui dépendaient de leur autorité®. Pendant six années entières, de 591 à 596, sans cesse, il est question, dans la correspondance de Grégoire le Grand, de l’audace croissante des donatistes : devant leurs progrès et leurs intrigues, les conciles eux-mêmes hésitaient et laissaient fléchir la rigueur du dogme 7. Vainement, en 594, un édit impérial essayait d’enrayer le mal 8;