‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 192 sur 245 · Labbe, Concilia, t. VI, col · texte numérisé non relu

Labbe, Concilia, t. VI, col

Une circonstance étrangère à la théologie contribua à faire entrer l’Afrique dans la voie des résolutions irréparables. Vers 640 l’invasion de l’Egypte par les Arabes refoula vers l’Afrique des populations chrétiennes très nombreuses, parmi lesquelles se trouvaient des prêtres, des moines et des nonnes1. Ils furent accueillis avec la charité la plus magnifique et la plus délicate par le préfet d’Afrique, nommé Georges. C’était un homme pieux et compatissant qui dépensa sans compter afin de procurer aux fugitifs les moyens de reconstituer les congrégations dans de nouveaux monastères2. Parmi ce Ilot de moines et de nonnes il se trouva que beaucoup étaient Syriens, d’autres Égyptiens sortis des couvents d’Alexandrie et de Libye dans lesquels on professait l’hérésie monophysite. A peine installés en Afrique, ils se livrèrent — principalement les nonnes — à une active propagande. Elle eut un succès trop bruyant; bientôt il ne fut bruit que de jeunes filles passées à l’hérésie contre le gré de leurs familles et soustraites ensuite à toutes les recherches; on parlait encore de baptêmes sacrilèges, de cérémonies expiatoires. Les esprits étaient surexcités au plus haut point et ne songeaient, suivant la méthode africaine, qu’à mettre fin à tout ce trouble par une émeute. Le préfet, d’accord avec l’évêque de Carthage, fit un rapport à l’empereur et manda l’affaire au patriarche de Constantinople et au pape de Rome. L’empereur était alors Constantin III, fils d’Héraclius, prince d’une orthodoxie non douteuse ; il donna ordre de disperser les hérétiques et de les interner dans des monas-

Page 1