‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 203 sur 245 · P. L„ t. LXXXVII, col · texte numérisé non relu

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forteresses à l’expédition d’Okba et à la ruine du pays. Quant aux Berbères, Okba avait compris que, pour les vaincre, il fallait frapper fortement leur imagination superstitieuse : il avait en face d’eux joué le rôle d’un sorcier, d’un marabout, multiplié les miracles et les incidents surnaturels; et les indigènes, convaincus qu’il était impossible de résister à un tel homme, avaient déposé les armes pour se convertir en foule à l’islam.

Cependant les Byzantins n’avaient pas perdu tout espoir. La levée du siège de Constantinople (687) et le concile œcuménique (680) avaient contribué à rétablir la paix et l’union dans ce qui restait de l’Empire. On songea alors à tenter un suprême effort en Afrique pour rejeter les envahisseurs. Les Berbères avaient eu assez à souffrir pour qu'on pût espérer faire alliance avec eux et ils consentirent en effet à joindre leurs contingents aux troupes impériales. On put envoyer des garnisons jusqu’à Badis et Tchouda, dans l’Aurès, les populations du Zab vinrent d’ellesmêmes demander du secours à Carthage, enfin on fit des détachements pour aider les Berbères à défendre Tiaret, en Maurétanie, contre Okba. La campagne entreprise par celui-ci, en 683, fut fertile en difficultés. A Bagaï, àLambèse, dans le Zab, devant Tiaret, la résistance avait été acharnée et l’expédition du chef arabe fut mise parfois en grand péril. Après être parvenu jusqu’en Tingitane, Okba reprit la route de Kairouan, mais il périt devant Tchouda (683). Sa mort faillit tout compromettre pour un temps. Kairouan fut évacuée et le chef berbère Koçéila paraît avoir constitué un grand État indigène; mais la domination byzantine ne s’étendit plus sur la Byzacène dont on occupa fortement la lisière septentrionale avec

toute la Proconsulaire et la plus grande partie de la Numidie. A la fin du vii° siècle, les Grecs occupaient toutes les places fortes de la côte, Hadrumète, Carthage, Hippone Diarrhyte (= Bizerte), Ilippone (= Bône) ; en outre ils possédaient un grand nombre de citadelles à l’intérieur du pays, la seconde ligne de défense était intacte, les forteresses qui bordaient l’Aurès avaient toutes leur garnison byzantine.

La mort du grand chef berbère Koçéila avait de nouveau délié le faisceau des tribus et les Byzantins profitèrent de l’amoindrissement de puissance qui résultait de l’isolement des cheikhs devenus indépendants, essayèrent de rétablir quelque chose de leur autorité dans la Byzacène. Ils y réussirent partiellement et eurent le bon sens de faire alliance avec la reine des tribus de l’Aurès, la Kehena, dont l'influence et la puissance étaient considérables. Ce fut sur cette Afrique nouvelle, réduite à deux puissances qui n’étaient pas méprisables, que Hassan ibn Noman précipita, en 693, une armée de 40.000 hommes, envahissant d’abord la Byzacène. En 695, il parut devant Carthage. L’exarque voulut livrer bataille devant les murailles de la ville; il fut écrasé et la ville prise. Une partie de la population eut le temps de s’embarquer, tout le reste fut tué ou emmené en esclavage; la garnison se concentra dans la région de Bizerte, dans la place de Vaga. Deux ans après, le patrice Jean, à la tête d’une armée byzantine, réoccupait la ville, puis « il arracha aux mains des infidèles, dit le patriarche Nicéphore, toutes forteresses du pays, il y installa pour les défendre des garnisons nombreuses » et ayant délivré l’Afrique, revint passer l'hiver à Carthage (697). La reine de. l’Aurès avait de son côté infligé à Hassan une défaite complète et l’avait pour-

suivi l’épée dans les reins jusqu’aux environs de Gabès. Hassan avait évacué l'Afrique, il y rentrait dès l’année suivante et reprenait Carthage que les Byzantins quittaient pour toujours (698) 1 .

Hassan s’empara de toutes les forteresses de la Proconsulaire et pilla tout le pays. La lutte n’était cependant pas finie. La reine de l’Aurès avait appelé à elle tout ce qui pouvait porter les armes et les populations chrétiennes s'étaient rendues à son appel. Sur l’ordre de cette vaillante femme, les Berbères n’hésitèrent pas à entreprendre une guerre d'extermination, les villes furent détruites, les arbres coupés, les cultures incendiées. Il y eut des villes qui ne se trouvèrent pas à la hauteur de cet héroïsme et qui firent défection. La Kahena voulut néanmoins livrer bataille, elle périt glorieusement et la cause de l’indépendance berbère périt avec elle.

Les Arabes ne prétendaient pas seulement conquérir, ils voulaient convertir à l’islam les populations africaines. Les Berbères, certaines tribus du moins, offrirent d’abord quelque résistance et la conversion fut longtemps très incertaine. « Les Berbères, ditlbn Abi Yezid, apostasièrent jusqu’à douze fois 2, tant en Afrikia qu’au Maghreb, et ils n’adoptèrent définitivement l’islamisme que sous le gouvernement de Mouça ibn Noceir. »

1. La citadelle de Septem (= Ceuta) tint dix années de plus et, avec les quelques territoires conservés de la Tingitane, forma un llianc byzantin pourvu, semble-t-il, d’un exarque. En 709, le comte Julian, gouverneur de Septem, livrait sa ville aux musulmans.

2. H. Guys, Recherches sur la destruction du christianisme dans l'Afrique septentrionale, in-8°, Paris ,1865, p. 5 : ■ Ce témoignage ne prouverait-il pas l’attachement des Berbères à la foi chrétienne, puisqu’ils y seraient revenus si souvent après avoir eu le malheur de s'en éloigner ». C’est se trouver facilement satisfait.

« Sous la domination des basileis, le christianisme s’était, de concert avec la civilisation, propagé parmi les tribus berbères. Bien peu d’années suffirent à faire passer les indigènes à l’islam. Sans doute, on peut croire qu’au début beaucoup de ces conversions furent obtenues par la force ; les procédés durs et hautains d'un Okba ou d’un Hassan n’étaient point pour provoquer des enthousiasmes bien sincères 1 . Pourtant, de très bonne heure, l’imagination superstitieuse des Berbères fut profondément frappée par les prestiges des conquérants arabes 2, et dès le temps de Mouça ibn Noceir, la plus grande partie des tribus étaient devenues familières avec le Coran et les rites de l’islam 3 4. « La nouvelle profession de foi, dit Amari, était facile à faire ; la participation au butin était un point que comprenaient vite les nouveaux convertis; les armes étaient toujours prêtes pour punir les apostats h » Dès 719 l’œuvre de lapropagande arabe avait fait de tels progrès, « le Maghreb, suivant l’expression d’El-Beladori, avait vu un nombre si considérable de conversions 5 », que lorsque, peu d’années après, les indigènes se révoltèrent contre la domination des khalifes, c’est une hérésie musulmane, celle des kharedjites, qui donna au soulèvement son unité et sa force6. Il est

1. Masquerai, Formation des cités chez les populations sédentaires de L'Algérie, in-8°, Paris, 1886, p. 183-184.

2. R. Dozy, Histoire des musulmans d’Espagne, in-8°, Leyde, 1861, t. I, p. 236-237.

3. iBN-kHALDOUM (trad. DE Slane), Hist. des Berbères, t. I, p. 198,

4. Amari, Storia dei musulmani di Sicilia, in-8°, Firenze, 1856, t. I,

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