‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 232 sur 245 · R. Cagnat, op. cit., p · texte numérisé non relu

R. Cagnat, op. cit., p

barbares voisins de la Tripolitaine *, « après une courte inaction, s’étaient mis dans leur état de révolte habituel ». Ils envahirent le territoire de Leptis Magna qu’ils saccagèrent pendant trois jours, tuant tout ce qu’ils rencontraient, dévastant, brûlant tout ce qu’ils ne pouvaient emporter, emmenant en captivité un des premiers magistrats de la ville, Silva, qu’ils avaient surpris dans sa maison de campagne. L’année suivante, nouvelles violences, mais sur un territoire plus étendu, à Leptis, à Oea. Une troisième incursion acheva la ruine, on tua ce qui restait vivant, on brûla ce qui demeurait debout, on coupa arbres et vignes, on emporta ce que l'on put et ce que l’on voulut (365 ou 366) ; aussi Ammien Marcellin écrivait : « Depuis l’avènement de Valentinien, les barbares sévirent sur l’Afrique avec une rage qui, dans leurs incursions audacieuses, était comme accrue par le meurtre et par le pillage1 2 ». Les Églises de Maurétanie furent éprouvées à leur tour lors de la grande révolte des Maures conduite par Firmus, chef Berbère qui se posait en soutien des donatistes3 et en libérateur de l’Afrique. Ceci marquait une nouvelle phase de la crise de l’Église africaine. Dans ce pays comme en Égypte les discussions religieuses avaient abouti à scinder la nation en deux partis politiques : les orthodoxes tenaient pour l’empereur; les hérétiques, traités durement, n’avaient pas tardé à pactiser avec les éléments mécontents et insoumis, païens et indigènes. On ne s’en était pas tenu là. Le dissentiment religieux avait conduit à l’opposition politique, celle-ci conduisit à la revendication de race et bientôt au conflit ouvert.

Le donatisme avait donc recueilli le plus grand nom-

1. Ammien Marcellin, Hist., 1. XXVI, 4, 5; Corippe, Johannicte, II, 89 sq.

2. La plupart des malheurs de cette période sont le fait de la conduite du comte Romanus. Ammien, op. cit., 1. XXVIII, 5, 2 sq.

3. Voyez le fait attribué à l’évêque de la ville de Rucate, S. Augustin, Epist. LXXXVIII, ad Januarium Donalislam. La secte donatisle établie aux environs de Cartenna portait le surnom de Eogatiste. S. Augustin, Epist. XCIII, ad Vinccntium, donnait aux donatistes, à cette époque, le nom de Firmiens. Cf. Contra lilteras Pelitiani, 83 ; In Parmen., 1, 10.

APPENDICES

bre de ses adhérents dans la population indigène, pour laquelle le schisme était l’occasion attendue de protester contre l’asservissement imposé par le gouvernement allié des orthodoxes, étranger aux passions personnelles et aux prétextes religieux, le soulèvement de Firmus fut principalement une « guerre de l’indépendance ». Firmus prit la pourpre et commença la guerre1, Cherchel fut prise et brûlée2, Alger pillée 3, puis le roi maure se présenta devant Tipasa dont il forma le siège. On combattit pendant huit jours, mais les assiégeants ne purent franchir le rempart. Sur un monticule, hors de la ville se trouvait une basilique élevée à la martyre sainte Salsa, Firmus y entra et implora sa protection, mais ses offrandes furent repoussées, le pain et le vin qu’il offrit pour l’autel tombèrent à terre, les cierges qu’il alluma s’éteignirent. Furieux, il frappa de sa lance le tombeau de la martyre et sortit en blasphémant h

1. Elle eut pour théâtre l’espace compris entre Sétif et le Ouancherich.

Page 1