‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 40 sur 245 · Notarii · texte numérisé non relu

Notarii

L AFRIQUE CHRÉTIENNE AU IVe SIÈCLE.

Deux évêques ses confrères siègent à ses côtés afin de donner plus d’éclat à la cérémonie. Les prêtres sont rangés dans le presbyterium ; le peuple, convoqué la veille, remplit la basilique. Saint Augustin prend la parole; il parle mélancoliquement de son grand âge : « Dieu l’ayant voulu, dit-il, je suis venu en cette ville dans la vigueur de la vie ; j’étais jeune, et maintenant me voilà vieux ». Un malheur est vite arrivé; il est bon de le prévoir et d’en prévenir les suites. Pour épargner à son Église les troubles qui pourraient la déchirer, quand elle aura perdu son évêque, il croit utile de désigner d'avance son successeur. 11 va donc leur déclarer sa volonté : il a fait choix du prêtre Héraclius. Ici, les acclamations de la foule l’interrompent; on lui souhaite longue vie; on ne veut que lui pour père, pour évêque. Il reprend pour faire l’éloge de celui qu'il a désigné et demander au peuple de vouloir bien approuver son choix. Le peuple répond par ces acclamations qui étaient en usage dans le sénat de Rome, et probablement aussi dans les conseils de décurions des villes municipales 1 . Ce sont des formules prononcées sans doute par quelque personnage important et qu’on reprenait en chœur un grand nombre de fois, d’après un rythme convenu. « Le peuple s’est écrié : « Nous vous rendons grâce de votre choix. » Cela a été dit seize fois. Ensuite le peuple a dit douze fois : « Que cela se fasse! » et six fois : « Toi pour « père, Héraclius pour évêque. » Le dialogue se poursuit encore quelque temps. Saint Augustin veut qu’il n’y ait pas de surprise; il désire que l’assentiment

I. D. Cabroi., Acclamations, dans le Dict. d'arcli. et de liturg., t. I, col. 241.

du peuple soit sincère et complet. 11 n'est satisfait qu’après l’avoir entendu redire vingt-cinq fois : « Que cela se fasse! il en est digne! » La cérémonie alors est achevée, et le procès-verbal se termine par ces mots : « Le silence s’étant rétabli, Augustin, évêque, a dit : « 11 est temps de remplir nos devoirs « envers Dieu en lui offrant le sacrifice; durant cette « heure de supplication, je vous recommande de ne « vous occuper d’aucune de vos affaires particulières « et de prier uniquement le Seigneur pour cette « Eglise, pour moi et pour le prêtre Héraclius L » Tel est, observe M. Gaston Boissier, ce procès-verbal important qui, sous sa forme oilicielle et froide, est si plein d’enseignements pour nous. 11 nous montre à quel point l'Eglise était un gouvernement libre et populaire, le seul qui subsistât encore depuis que les rigueurs du fisc, faussant les institutions municipales, en avaient fait la plus dure des servitudes. C’est là que s’était retiré tout ce qui restait de force et de vie dans ce vieux monde épuisé -. Il nous faut maintenant dire quelques mots du rôle de l’évêque dTIippone dans l'histoire du monachisme africain.

Une conversion, disait Adrien Naville1 2 3, c’est l’acte d’une âme qui cesse de vivre pour elle-même et qui commence à vivre pour Dieu. Mais la vie nouvelle ainsi inaugurée peut prendre diverses directions. Pour les ramener aux deux termes qui nous parais-

Page 1