S. Augustin, Confessioncs, VIII
La conversion de Yictorin priva le paganisme de son dernier apologiste. Maxime de Madaure paraît n’avoir eu qu’une admiration purement esthétique pour ses chères divinités. 11 ne lui est pas bien facile de les mettre en communication avec celui qu’il appelle le père commun des dieux et des hommes, dont il adore sous mille formes l’être supérieur en adressant aux dieux intermédiaires cette adoration. Ce trait est à noter chez le Numide, nous avons déjà fait remarquer la tendance des indigènes à adopter un Dieu unique. Malgré son classicisme, Maxime était bien de son pays.
Pendant les trente premières années du ve siècle, tout, en Afrique, aboutit à saint Augustin. Il réfute les partisans des vieux cultes de même qu’il combat en public les hérétiques, mais dans la dispute avec le paganisme on a plutôt l’impression de conversations et même de tête-à-tête. Qu’il s’agisse de réfuter Maxime de Madaure, Nestorius de Calama, Longinien, pontife païen, Volusien le préfet de Rome, on sait que l'intérêt est restreint à une âme, tout au plus à un salon ou à un groupe, les grandes passions se sont déplacées, elles sont ailleurs.
Un instant elles revinrent appuyer les revendications suprêmes du culte aboli. La superstition avait toujours été un des facteurs du paganisme militant. Assoupie pendant les années d’énergique gouvernement de Théodose, elle eut, en 410, au moment du sac de Rome parles Barbares, un soudain et terrible réveil. L’idée que les prospérités ou les malheurs publics dépendaient de l’exactitude avec laquelle on rendait aux dieux les honneurs qui leur étaient attribués, était depuis longtemps entrée dans les esprits. Pour ces hommes, au sentiment desquels
tout ce qui est vieux est vrai, il était malaisé de se guérir de cette conception purement empirique du monde moral, puisqu’elle n’était erronée que dans son application concrète et sa formule trop absolue. De très bonne heure, les chrétiens, qualifiés d'athées, avaient été tenus pour responsables des vengeances que les dieux prenaient sur leurs adorateurs en expiation des outrages qui leur étaient faits. Celse. Tertullien, Minucius Félix, saint Cyprien témoignent de l’exaspération et de l’injustice avec laquelle on impute aux fidèles tous les maux qui fondent sur l'Etat ou sur l’individu. Au ive siècle, en Afrique, on disait en manière de dicton : « Il ne pleut pas; demandez pourquoi aux chrétiens L »
La nouvelle de la prise de Rome (410) jeta la consternation à Carthage et dans toute l’Afrique romaine. On ne secouait l’abattement que pour se plaindre et pour maudire : « Tout s’écroule depuis la venue du Christ, disait-on; voilà les fruits du christianisme 1 2. On disait cela de la meilleure foi du monde. Depuis plus de deux siècles qu’on imputait aux chrétiens les maux qui fondaient sur l'Empire, on n’avait encore rien connu de plus accablant. La chute de Rome était la chose du monde la moins prévue ; les chrétiens, même ceux à l'esprit le plus indépendant, étaient terrifiés. « Le flambeau du monde s’est éteint, disait saint Jérôme, et dans une seule ville qui tombe c’est le genre humain qui périt tout entier 3. » Jamais les adversaires n’avaient eu la position plus