Confession'es
jalousement ceux qui réussissaient mieux que moi » C’était une autre difliculté de réprimer l’accent que les rudes dialectes locaux avaient imprimé à ces jeunes gosiers. La suprême élégance consistait à perdre complètement l’accent africain. Tous ceux qui avaient quelque souci de réussir n’étaient pas libres de négliger ce travail. On se corrigeait avec passion et on épiait malicieusement les fautes que le maître lui-même laissait échapper, car « même les hommes chargés de conserver et d’enseigner les antiques règles des sons, prononcent parfois, contre les lois de la grammaire, le mot homme, hominem, sans aspirer la première syllabe, ominem 1 2 ».
Entre deux exercices, les jeunes gens avaient un intermède de musique et de chant. On entonnait l’hymne de Médée, ou tout autre, mais les poèmes qui traitaient du pays avaient plus d’amateurs que les autres. Ensuite on étudiait les règles compliquées de la métrique et de la prosodie 3. Enfin venait la lecture des auteurs. Le goût des Africains se montrait assez exclusif. En prose, on préférait les écrivains archaïques, les primitifs ; peut-être parce qu’ils n’avaient pas la désespérante perfection des grands classiques et que, à partir du me siècle, tout l’art littéraire se réduisit à des pastiches. Salluste était l’un des auteurs de prédilection : il avait raconté la guerre de Jugurtha. Térence était l’autre : il était africain. Une Anthologie composée à Carthage, et destinée surtout aux écoles de la contrée, contenait des extraits des poésies de Sénèque, de Pétrone, de Martial, de Pline le jeune, d’Hadrien, et surtout de Virgile. Mais