‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 53 sur 245 · De civil. Dci, II, A · texte numérisé non relu

De civil. Dci, II, A

C’étaient les dernières fêtes, car peu de temps après vinrent les lois de Thëodoseet le 14 après les calendes d’avril de l’an 399, les deux comtes de l’empereur, Gaudentius et Jovius, fermèrent tous les temples de Carthage et renversèrent toutes les statues des dieux. Ce n’était pas un fait isolé et il se reproduisit systématiquement pendant des années. Longue serait la liste des temples païens qui eurent à souffrir de la réaction religieuse, quoique le nombre des temples désaffectés pour servir au culte chrétien soit relativement peu élevé; cependant en Afrique, comme ailleurs, les empereurs du ivc siècle se firent les tuteurs des édifices contre lesquels ils poussaient les chrétiens 1 ; nous pouvons néanmoins citer quelques exemples de désaffectation ou de mutilation.

L’emplacement exact du temple de Caelestis, à Carthage, ne nous est pas connu2. Nous savons que le sanctuaire fut fermé en 391, par Tbéodose, et solennellement consacré au culte chrétien le jour de Pâques de l'année 399. Un témoin oculaire de cette cérémonie nous apprend que l’édifice avait un périmètre d’environ 2.000 pas. Le sanctuaire était, dit-il, précédé d’une grande place dallée, entourée de portiques, close de murs et accompagnée des temples ou édicules de toutes les divinités spécialement adorées à Carthage3. L’évêque consécrateur, Aurélius, plaça la chaire épiscopale à l’endroit même où se dressait

1. Code Théod., XVI, x, 8; cf. S. Augustin, Sermo CLXUI, 2; Episl. CCXXX1I; Mansi, Conc. ampliss. colt. , t. III, col. 766, can. 58.

2. R. Cagnat et P. Gauckler, Les monuments historiques de la Tunisie, t. I .Les monuments antiques, in-fol., Paris, 1898, p. 17.

3. Anonyme, à la suite du Lit>. de promissis de Prosper d’Aquitaine, c. XXXVIII, UU, édit. Mommsen.

l’image de la déesse ; sur le fronton du temple on posa une dédicace en lettres de bronze, ainsi conçue :

AVRELIVS PONTIFEX DICAVIT

Cette prise de possession par les chrétiens fut l'occasion de graves désordres, souvent renouvelés, entre païens et fidèles. Le tribun Ursus y mit un terme en supprimant le corps de la dispute. Sous le règne de Constance et de Placidie, il fit raser l’édifice dont l’emplacement fut converti en cimetière L

Le temple de Caelestis à Dougga (= Thugga) subit à l’époque byzantine de graves remaniements ; toutes ses parties furent modifiées et reconstruites aux dépens de l’ordonnance primitive. La plate-forme d’accès fut transformée en corridor, le temple fut pourvu de deux absides concentriques en blocage-.

Peut-être faut-il rapporter au temple d’IIercule de Sbiba (= Sufes)1 2 3 les nombreuses colonnes de marbre encore debout dans la basilique chrétienne. Nous savons en outre, par une lettre de saint Augustin adressée auctoribus ac principibus vel senioribus coloniae Sufetanae que soixante chrétiens furent massacrés dans cette, ville pour avoir brisé la statue d’Iiercule. Peut-être la destruction ou la désaffectation du temple fut-elle le résultat de ces violences.

A Ilenschir-Khima, près de l’Oued-Arko, le temple païen fut englobé postérieurement dans la construction d’une basilique chrétienne dont il forma le che-

1. Pendant l'occupation vandale on détruisit la voie d'accès du temple afin d’effacer jusqu'au souvenir de Caelestis,

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