Ibid., t. II, p
12. Ibid., t. II, p. 319; à Thala, la basilique s'éleva sur un temple de Saturne, cf. P. Gaeckler, Compte rendu de la marche du service en 1898, p. 7-8.
13. A 500 mètres au N.-O. de Tébessa. On trouva plusieurs statues de Saturne, une dédicace au dieu, C. I. /.., n. 10624, une autre à sa com-
muré qui contenait un grand nombre de débris de statues représentant des divinités, quelques dédicaces religieuses, des stèles votives, et même des fragments d’architecture b Cet enfouissement remonte sans aucun doute à l'époque de la victoire définitive du christianisme, sous le règne de Théodose. 11 semble que les mutilations infligées à ces statues suffisent à faire écarter l’hypothèse d’une cachette aménagée par les païens pour préserver leurs dieux en attendant des temps meilleurs2.
pagne Ops, C. I. n. 16527, elc. Henschir Rohban signifie la ruine des moines (des moines chrétiens naturellement). On ignore l'origine de cette dénomination.
1. Farces, dans le Bec. de ta soc. arcli. de Const., t. XIX, 1878, p. 455-457; t. XV, 1879-1880, p. 215-245, pl. XX1V-XXXII; t. XXIII, 1883- 1880, p. 135-137: Sériziat dans le Bull, de L'acad. d'IIippone, t. XXII. 1886, p. 33. Une découverte analogue a été faite récemment à Carthage, cf. P. Gaucki.er, dans les Comptes rendus de l'Acad. des inscript., 1899, p. 158-162 : « ... après avoir soulevé les deux mosaïques, l'on s'est aperçu qu’elles cachaient des constructions plus anciennes, entièrement comblées. Le déblaiement du sous-sol a fait apparaître d'abord un étroit couloir avec les marches d’un escalier conduisant à une grande salle qui devait être fort importante, à en juger par les débris de stucs peints et moulés qui recouvrent les murs et dessinent une série de niches. Mais la salle est coupée dans toute sa largeur, à un mètre de l'entrée, par un mur établi après coup, sans ouverture, et les fouilles poursuivies de l’autre côté de. ce mur ont pris tout de suite un caractère très intéressant ». On a trouvé dans ce lieu nombre de statues de divinités païennes • dont les cassures anciennes et les mutilations prouvent qu’elles n’ont pas été épargnées par le marteau : une Vénus au Dauphin, un Jupiter assis avec l’aigle; un jeune homme assis, vêtu de la chlamyde; une tète d’Amour; un masque de Silène, deux statues de Mithra. Dans le coin le plus reculé de la salle, l'on découvrit, appliquée contre le mur. une grande dalle de marbre blanc portant une dédicace à Jupiter Iiammon. Tout au fond de la cachette apparaissent quatre statues en marbre blanc, presque intactes ».
2. Cf. De promissionibus et praediclionibus Dci, III, 38-55, /’. /... t. LI, col. 855; écrit africain du vc siècle, E. Le Blant, De quelques statues cachées par les anciens dans les Met. d'arch. et d'hist., 1890. t. X. p. 389 sq. ; 1899, t. XIX, p. 61. Le Même, dans les comptes rendus de l’Acad. des inscript., 1890, p. 541 sq.; L. Schwarze, op. cit., p. 151. A Césarée, on a trouvé deux socles portant ces mots : Translata '] ne
Toutes ces désaffectations et ces spoliations ne laissèrent pas de provoquer des violences. Les lois avaient ordonné la fermeture des temples et la suppression des sacrifices, mais il était facile de tourner la loi. Sous prétexte de réunion de famille on se réunissait chez un particulier riche ou dans la scola de quelque association et, pendant le repas, on célébrait les rites de la religion proscrite. Les évêques d’Afrique sollicitèrent de l’empereur l’interdiction de ces réunions ; cela mit le comble à la mesure. Le 1er juin de l’an 408, les païens de Calama {— Guelma) se réunirent, et affectèrent de passer, en chantant et en dansant, devant l’église chrétienne à l’heure où l’on y célébrait les offices. Les clercs sortirent pour inviter les manifestants à s’éloigner, ils furent reçus à coups de pierres. Le lendemain on assaillit l’église et les fidèles qui s’y rassemblaient. A ce coup, les notables chrétiens de la ville perdirent patience, se rendirent chez les magistrats, portèrent plainte et exigèrent que leur démarche fût enregistrée sur le registre des délibérations de la cité. On leur répondit par les pires violences. Le feu fut mis à l’église, les clercs furent pourchassés, l’un d’eux fut tué, les autres se cachèrent où ils purent; la municipalité laissait le champ libre aux émeutiers. Cet incident dessilla bien des yeux ; saint Augustin fut du nombre de ceux qui comprirent ce que cette éruption soudaine cachait de haines amoncelées et toujours vivaces. On ne pouvait plus reculer désormais; il fallait qu’à tout prix le paganisme, déjà vaincu, disparût. 11 y avait pour cela fort à faire.
L’évêque d’Hippone, comme la plupart de ses col-
SORDEN-TIBVS || locis || cf. Epliem. cpicjr., I. VII, n. 510, 511 ; Code Tliéod.. lib. XVI, lit. x, leges 11 et 10.
lègues africains, pouvait s’en apercevoir chaque jour. 11 est aisé de suivre dans ses sermons, par les doléances qui reparaissent sans cesse, le degré de paganisme persistant de son peuple. Le premier jour de janvier ce sont les étrennes, à la manière des idolâtres; un peu plus tard arrivent les Saturnales, et on se travestit, on se livre à tous les emportements dont le nom seul de la fêle évoque le souvenir. Au sortir de ces excès, si l'on tombe malade, on recourt à la magie et, guéri, on a recours à elle pour jeter « un sort » sur les ennemis, principalement sur les partisans de la faction opposée au cirque et au théâtre. L’évêque est délaissé et son église est vide les jours des jeux, à lui de choisir son moment s'il veut avoir un auditoire. Quoi qu’il dise, il se heurte à la passion du plaisir et à l'indifférence religieuse. « Nous sommes chrétiens, dit-on, à cause de la vie éternelle, et païens pour les agréments de l’existence de ce monde 1 ».
Le sens des grands mythes d'où était sorti le paganisme était si complètement aboli qu’on ne peut songer à tenir rigueur à saint Augustin de n'avoir rien cherché au delà du sens grossier que ces mythes avaient alors et qu'ils ont gardé depuis; c’est donc l’immoralité et l’insuffisance théologique du paganisme qu’il combattait, et en ne répugnant pas à un peu de sévérité à l’égard des païens, saint Augustin songeait non seulement au bénéfice que le monde devait recevoir de la substitution d’une morale plus pure, mais de la suppression d’une immoralité flagrante.
Nous avons dit que la Cité de Dieu acheva le paganisme ; eût-elle suffi à elle seule à l’ébranler et à le
J. S. Augustin. Enarr. in Psalm. XXI I. 19.
détruire? c'est une question; mais au moment où elle parut, dans l’état où elle trouva le vieux culte, elle l’acheva ; c’était le dessein que le livre s’était proposé, il l’obtenait; tous n’ont pas ce destin.
Lorsque Théodose mit le culte des dieux sur le même pied que les autres religions pratiquées dans l’empire, il lui porta le coup le plus sensible que le paganisme pùt recevoir. Religion officielle qui cessait d'être officielle, elle perdait dès lors sa raison d’être et ses moyens d’existence. L’union du sacerdoce et des fonctions publiques avait produit enlre la vie civique et la vie religieuse une compénétration très étroite, tellement que l’aristocratie, rendue si puissante par ses grands biens, attachait le plus grand intérêt au maintien du culte païen dont elle gérait les sacerdoces. On ne peut bien se figurer la situation générale qui était sortie de là, qu’en la rapprochant de celle qui résulta pour la France de l’application du Concordat de 1515. Il s’était formé ainsi en Afrique deux ordres privilégiés qui aboutissaient à n’en faire qu’un seul. L’aristocratie avait fini par drainer tous les sacerdoces de rapport sans que leur gérance l’exclût des fonctions publiques; de là un cumul, parfois incongru, de charges contradictoires. De même nous voyons du xvie au xvin0 siècle la grande noblesse et les princes du sang accaparer tous les gros bénéfices ecclésiastiques sans préjudice du brevet de général d’armée accordé à Sourdis, à Lavalette, à Clermont. Il en résultait la formation d’un corps privilégié, obstinément attaché au maintien d’un état de choses dont il vivait largement1. Nulle part, l’union des sacerdo-
1. L’abandon des privilèges dans la nuit du h août ne prouve pas qu’on n’y était pas attaché, l’histoire des regrets dont celte impétueuse générosité fut suivie ne se traite pas dans une note.
ces et des fonctions publiques n’est plus visible qu’en Afrique. Nous possédons encore Y album municipal de Thamugadi gravé vers la fin du règne de Constance ou sous celui de Julien. On y relève la présence de quinze membres sans attributions religieuses et, par conti’e, celle de quarante flammes perpétuels, quatre pontifes et trois augures 1 . Dans cet Empire où l’on voit des provinces ruinées pour des siècles par les exactions du fisc, l’aristocratie parvient seule à éviter les mailles qui enveloppent sûrement l’homme libre de petite condition; celui-ci n’a de ressource que dans l’abandon de son patrimoine et l’esclavage volontaire ou bien, s’il peut y subvenir, dans le payement plus ou moins onéreux d’un patronage aristocratique2. De même que les individus se mettent sous la protection des grands pour éviter l'impôt3, de même on soustrait les biens aux revendications du fisc ou des créanciers légitimes, en y apposant les tituli, c’est-à-dire la marque de propriété fictive d'un grand personnage h Un évêque d’Afrique n’hésite pas à recourir à ce moyen frauduleux pour faire exempter d'impôts le domaine qu’il vient d’acheter.
Cette inégalité flagrante entre les classes explique l’intérêt que beaucoup d’Africains portaient au maintien de l’état des choses et le bénéfice qui en résultait pour le paganisme si intimement identifié jadis
1. C./. L., n. 2^03. Cf. Toutain, Les Cites romaines etc ta Tunisie,