Contra Cresconium, III, 1" : III
2. Ibid.., III, 42,44; Epist. Sli, 105. 185 : Sic exarserunt et tanlis odiorum stimulis incitati, ut contra eorum insidias etviolentias et aperlissima latrocinia, vix ullae nostrae communionis Ecctesiae possent esse securcie.
3. Nous avons résumé le rôle de Constantin et rappelé sa condamnation du mois de novembre 316. Pour Constance, catholiques ou donatistes, pourvu qu’ils crussent à la divinité du Verbe, ils se valaient; mais les catholiques étaient ce que nous appellerions de nos jours le parti monarchique et l’Afrique était trop nécessaire à l’empire pour qu’on put songer à y favoriser le parti sécessionnaire. Une loi de Valentinien (373), Code Théod., XVI, vi, 1, atteignait les donatistes sans les désigner par leur nom ; quatre ans plus tard une loi de Graticn, Code Théod., XVI, vt, 2, renouvelle les mêmes dispositions. En 392, loi de Théodose contre les hérétiques; les donatistes l’esquivent en se prétendant simples schismatiques; ce n’est qu’à partir de l'affaire de Crispinus de Calama qu'on les tient pour hérétiques, cf. Contra Cresconium, III, 47. En 398, loi d’Honorius, Code Théod., XVI, it, 31, contre ceux qui envahissent les églises, ce qui est un des attentats les plus fréquents des donatistes.
tout à sa passion, avait été assez aveugle pour soutenir les ennemis de l'Etat dans lesquels il ne voulait voir que les ennemis de l’Eglise. A la demande du concile de 404, Honorius publia, dès le début de l’année 405, une série de lois qui, réunies, forment Y édit d’unité' . Cette législation résumait celle déjà existante touchant les incapacités dont étaient frappés les hérétiques rebaptisants, elle n’était qu’une remise en vigueur et une injonction suprême. La Proconsulaire fut d’abord seule à ressentir les bons effets de la loi, le calme et la sécurité y reparurent si heureusement que les membres du Concile de Carthage réuni le 24 août 405 décidèrent l’envoi de deux membres du clergé de cette ville à l’empereur pour lui porter les remerciements de l’épiscopat catholique. En effet , la secte se désorganisait de plus en plus, les donatistes et les circoncellions eux-mêmes se réunissaient à l’Eglise. Cette pacification fut plus lente dans la Numidieet les Maurétanies. La Numidie demeura le dernier refuge des hérétiques, Ilippone et ses environs devinrent leur réduit.
line faudrait pas croire que le Donatisme s’épuisa de la sorte sans se débattre. On peut se faire une idée très exacte et très complè te de la polémique qu’il soutint grâce aux ouvrages de saint Augustin. Les conférences contradictoires engagées par le docteur catholique et les traités écrits par lui contre ses adversaires contiennent toute l’histoire de cette polémique finissante qui a sauvé de l’oubli les noms de Fortunius de Tubursicum, de Pétilien de Constantine, de Cresconius, de Gaudentius, et d’autres
1. Code Theod.,X\l, v, De Haerelicis , 38; XVI, vi, 4, 5 : Ne sanctum baptisma iteretur; XVI, u, 2, De relitjione.
encore. Toutefois ces polémiques menaçaient de s’éterniser et on ne voyait pas qu’elles produisissent des conversions aussi nombreuses et aussi sincères que les lois d’Honorius en avaient procuré. Cette considération contribua à amener un revirement d’idées parmi les catholiques les plus influents au sujet de la tactique à suivre avec les donatistes. Le plus qualifié des évêques africains, saint Augustin, après avoir été partisan de la modération exclusive, s’aperçut que les adversaires se rendaient à un ordre d'arguments différent de celui qu’il avait prôné jusqu’alors. C’est que, pour les donatistes, comme pour la plupart des hérétiques, la question religieuse n’était alors, comme elle le fut depuis dans bien des cas, qu’un prétexte heureusement trouvé à la politique séparatiste 1 . Dès lors il y avait lieu d'adopter à l’égard des hérétiques une méthode plus convenable pour les atteindre et entraîner leur conviction. C’était la doctrine du Compelle intrare appliquée à un cas particulier. On a prétendu l'étendre à tous les cas et faire tomber de ce chef un blâme redoutable sur saint Augustin2. L’accusation vaut la peine
1. Il faut éviter, ici comme toujours, les applications d’ensemble. A s’en tenir aux cas particuliers on remarque du plus ou du moins. Par exemple : Au xvie siècle, il semble bien que les préoccupations politiques aient eu une part prépondérante dans la sécession des Provinces- 1 nies. Il eu est de même pour les États de l’Allemagne du Nord désireux d’échapper à l’Empire. Autre chose en Suède, où l’introduction du protestantisme a eu lieu sans récrimination, mais il s’y est accompli presque sans qu’on s’en aperçût, ce fut de la prestidigitation.
2. Cf. Saint-René Taillandier, dans la Revue des Deux-Mondes, 1862, p. 508 sq. Cf. M. Merala, Compelle intrare. Dass isl dess II. Augustin)... Meinung au fl" die Frag. Ob die falsche Lehrer... durcli Forchtder Straff zum katholischen Cl au ben môgen gctriben iverdenl in-'i°, 1621. J. Fox [scil. P. Bayle], Commentaire philosophique sur ces paroles de
J.-C. Contrains-les d'entrer où l'on prouve qu’il n’y a rien de
plus abominable que de faire des conversions par contrainte, in-12,
d’être examinée puisque saint Augustin a été l’inspirateur d’un grand nombre d’hommes qui, détenteurs du pouvoir, ont réglé leur conduite d’après ses maximes. « Quand on remet à l’autorité civile le soin d’apaiser les discussions religieuses, on ne peut prévoir où s’arrêtera la répression. La victoire doit rester aux lois dès qu’on les a fait parler; et, dans les luttes des partis et le choc des intérêts, cette victoire coûte du sang L »
Nous n’hésitons pas, pour notre part, à professer que l’on a le devoir, dans plusieurs circonstances, de ne pas hésiter à répandre le sang. Il ne s’agit pas de faire de la morale à l’usage d’une planète quelconque, mais il s’agit de la terre, où nous sommes, et de l’humanité, dont nous sommes. Or les passions religieuses ne sont pas moins ardentes que les autres, elles aboutissent à des actes qui relèvent de
1686 ; autre titre oii l'on réfute l'apologie que saint Augustin a faite
des persécutions, in-12,1686, 1688; Justification tirée du procédé des catholiques contre les Jansénistes tiréede saint Augustin , in-û°, Paris, 1656. C. Fleury publia en 1769 une « Politique chrétienne tirée (le saint Augustin » C. Fleury , Droit public de France, 2 vol. in-12, Paris, 1769, et il eût été surprenant qu’on n’y songeât point. L'étude des idées politiques de l’évêque d’Hippone (L. Dubief , Essai sur les idées politiques de saint Augustin, in-8°, Moulins, 1859) présente les mêmes difficultés que celle de ses autres opinions. Il est nécessaire de suivre la date chronologique de chacune des modifications que l'expérience greffe sur la théorie en un temps où les événements, en se précipitant, mûrissaient rapidement l’expérience. C’est un sujet qui mériterait une étude approfondie parce que saint Augustin se trouva avoir à prendre dans sa vie une décision politique extrêmement grave. 11 eut à se décider entre un gouvernement légitime et un conquérant, entre l’empire chrétien elles Vandales ariens. 11 semble que saint Augustin n’ait jamais cherché à approfondir le problème de la politique des empires. De là ce qu'il y a d'idéologie et d’imperfection dans ses idées. Plus préoccupé des droits de l’autorité que des droits des sujets, soucieux d’ordre, de paix et de modération, mais sans principes tout à fait précis et sans méthode bien nette sur leur application.