‹ L'Afrique chrétienne (volume 2)Chapitre 89 sur 245 · De promissionibus,\Y · texte numérisé non relu

De promissionibus,\Y

6. Cf. Code Théod. XII, vi, 33 du 13 févr. 030, cf. L. Schmidt, p. 63, note 1.

donné par Procopc, un écart qu’il n’est pas aisé de réduire mais qu’on peut essayer de rapprocher. Ce que nous savons du caractère et de la politique suivie par les tribus berbères donne lieu de croire cpie du moment où les négociations furent rompues entre Boniface et Geiserich et qu’une guerre devint imminente, les Berbères durent venir renforcer ces barbares qui s’apprêtaient à combattre leur vieil ennemi latin. Quelques mots de saint Augustin donnent à cette explication une apparence de raison. Dans la lettre qu’il écrit au comte Boniface, lettre fort prudente, destinée à ne compromettre ni l’auteur ni le destinataire, il parle des ravages affreux exercés par les Africains barbares '. En outre, il ne paraît pasdouteux que les donatistes se soient coalisés avec l’ennemi pour satisfaire la haine qu’ils portaient aux catholiques1 2, enfin Salvien nous parle « de ces victimes qui, gémissant tous les jours devant Dieu, demandant un terme à leurs maux, et, ce qui est bien plus grave encore, appelant, dans l’excès de leurs amertumes, la présence de l’ennemi, ont obtenu enfin de souffrir en commun, de la part des barbares, une oppression qu’ils avaient endurée seuls auparavant, de la part des Romains 3 ». Tels ont pu être les alliés des envahisseurs.

1. S. Augustin, Epist. 220, 7 : Quid dicam de vastationc Africa’, quam faciunt A fri barbari résistante nullo. Dans les Enarral. in psalm. CXXXVII , 8, et le Sermo LV1I, 2, le même Père signale la dépopulation de l’Afrique dès avant l'invasion vandale.

2. Ei.lies Dupin, IJisloria Donalistarum, in-fol., Parisiis, 1700; Lk Beau, Ilist.du Bas-Empire, t. VI, p. 09; Gibbon, Hisl. de la décad. de l'emp. rom., l. VI, p. 231 à 233 ; L. Marcus, Histoire des M andates depuis leur première apparition sur la scène historique jusqu'à la destruction de leur empire en Afrique, in-8°, Paris, 1836, p. 101. II. Fournel, Richesse minérale de l’Algérie, t. 1, p. 002 sq.

3. Salvien, De Dei gubematione, VIII, 16, in-8°, Parisiis, 1680, p. 171.

Tandis que les Vandales avançaient, les ruines s'accumulaient sur leur passage. Le vieux traducteur de Victor de Vite rapporte les excès qui se commirent : « Ces Barbares sans pitié, ayant trouvé la province en repos, et garnie de toutes delices et beauté qu’une terre ilourissante peult avoir, s’essaioyent par tous moyens, en départant leurs furieuses et détestables bandes çà et là, de courir tous le pais, pour faire degast de cette fertilité ils dépopuloient et mettoient à sac le tout, remplissant toute la région de carnage, massacres et bruslemens, de sorte que leur furie s’estendit si auant que mesme les arbres fruictiers et plantes propres à sustenter la vie des habitans estoient coupez et arrachez, à fin que les misérables Africains, lesquels pour éviter ceste fureur Barbaresque, s’estoient mucez dans la profondeur secrete des grottes et spelonques, et aux cavernes des montaignes, ou dans les crevasses de la terre et lieux souterrains d’icelle, ou lesquels auoient caché quelque chose pour leur sustentement, ne peusent se repaistre et nourrir de ce que la mesme nature donne gratuitement et produit sans le travail de l’homme. Eux donc ayans couru et pillé le pais avec ceste cruauté et brutale fureur, il n’y eut lieu ny place laquelle fust exempte de l’infection de cette peste pestilente et très cruelle persécution : et sur tout, s’aprissoit ceste détestable troupe contre les Eglises, Temples et Basiliques des saints martyrs et confesseurs du nom de Jésus Christ, contre les cimetières et maisons de religion : et estoit si grande la méchanceté et impiété de ces heretiques, qu’ils bruloient avec plus grand’animosité et plus furieusement les saints lieux et les maisons d’oraison, qu’ils ne faisoient point les villes, chasteaux, forte-

resses, et lieux de defence. Que si par cas fortuit ils trouvoient les portes de quelque saint temple fermées, c’estoit là, la pitié de voir avec quelle impétuosité ils se ruoient, les brisans à grands coups de hache et de coignee, pour s’y faire l’entree facile, de sorte que l’on pouvoit bien dire alors ce qui est chanté par le Prophète : Ils ont brisé les portes de ton Sainctuaire, comme Ion coupe le bois es forests de haute fustaie, et les ont abatues avec la coignee. ils ont brusle tes saints lieux, et ont poilu le tabernacle de ton saint nom. Ilelas, qui sçauroit dire le grand nombre de bons et saints Euesques, et illustres prestres qui furent par ces cruels exposez à un nombre infini de tourmens et suplices, à fin de leur faire bailler ce que ils avoient d’or ou d’argent en leurs maisons, ou qu’ils tenoient sous leur garde de biens et joyaux communs de leurs Eglises? Et à celle fin que plus facilement ils en tirassent ce que les pauvres serviteurs de Dieu avoient de substance, l’on ne se contentoit point de les tourmenter une fois, ains reiterans les suplices avoient opinion qu’encore en restoit quelque partie. Et tant plus les misérables catholiques donnoient et monstroient de leurs biens, de tant estoient les tourmens redoublez pour leur en faire découvrir d’avantage. Aux aucuns, ces détestables tyrans fermoientla bouche avec des pieux, et les baillonnoient, leur remplissant jusques au gosier la bouche de fiente, pour leur faire confesser ce qu’ils avoient de pecune. Les autres estoient atachez très estroitement par les bras et par les jambes et au front, si bien que les nerfs estendus et les oz criquetans pour la grieveté de cette geine, ils tormentaient la vie [mortelle] de ces pauvres ministres de l’Eglise. Les autres estoient abrevez d’eau marine, au-

très de vin-aigre, de la lie ou saumure, ou gresse fondue, et sans que l’on en eust pitié quelconque, les afïligeoit on pour tirer d’eux ce que desja ils avoient conféré à l’avarice des Barbares. Il me seroit impossible de raconter et dire les noms de tant de bons Prestres et illustres personnages, lesquels servoient comme chameaux et autres especes de bestes à somme, pour porter les charges et fardeaux de ces abominables, lesquels contraignoient à marcher ces brebis du Seigneur, avec des esguillons de fer, si bien que la plus-part defailloient sous leur charge et fînissoient là leur vie misérable. Et les vieillards auxquels les longues années avoient blanchi les cheveux comme laine, quelque magesté qu’ils eussent en cette blancheur de barbe et rides du visage, si ne trouvoient-ils aucune miséricorde à l’endroit des boureaux serviteurs du Roy Vandale : ains estant leur fureur si desnaturée, que ravissant les enfans du giron et mamelles de leurs meres, en batoient furieusement le pavé, et espandoient le sang innocent de ceste malheureuse enfance. Les autres en deschiroient par le milieu, commençans à la fourche et conduicts naturels et les partissoient jusque au sommet de la teste, non moins hardiment que fait le veneur donnant curée de quelque venaison à ses chiens L »

Le comte Boniface, qui avait attiré cette avalanche sur sa province, était rentré en faveur auprès de l’impératrice Pulchérie. Il s’efforça de négocier le

1. F. de Belleforest, op. cil., p. 1 v°-'i r°. Parmi ces premières victimes se trouvait, dit Victor de Vite, Mansuetus Urucitanus (qui) in porta incensus est Fornitana. C’est à tort que Aüler, op. cit., p. 265, place cet événement à Carthage, c’est à Urusita, en Byzacène, C. 1. L., u. p. 1239 et Notitia prou, procons., u. 20 : Quintianus Urcitanus.

départ des envahisseurs ; mais il se heurta à un refus catégorique et il fallut en venir aux armes. Boniface battu s’enferma dans Hippone 1 dont Geiserich vint former le siège 2 à la fin du mois de mai ou au commencement de juin de l’année 430 3. Le siège seprolongea quatorze mois et saint Augustin mourut dès le mois d’août. Les Vandales, peu instruits des longs et difficiles travaux que l’art des sièges comportait à cette époque, avaient compté réduire la ville par la famine, mais impuissants à se ravitailler eux-mêmes, ils furent obligés d’abandonner les opérations h Ils se répandirent dans le plat pays et y vécurent. Pendant ce temps Boniface avait rallié un renfort envoyé d’Italie et un corps amené de Constantinople par un homme de guerre d’un certain mérite nommé Aspar :i. Il tenta de nouveau le sort des armes, mais vaincu0, il retourna en Italie, tandis qu’Aspar rentrait

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