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Tertullie.n, De praescriptionibus

L'AFRIQUE CHRÉTIENNE AU IVe SIÈCLE. 15

tent pas, ils n’aboutissent pas. Ils travaillent de recette, d’après un modèle qui les opprime et les enchaîne dans l’imitation.

Devenue désormais de plus en plus étanche aux infiltrations païennes jugées trop sensuelles, la société chré tienne a perdu le secret de la pure tradition littéraire et la technique des grands modèles. Depuis qu’on n’aspire qu’à copier, on fait des assemblages de centons qu’on appelle vers latins, on s’étudie à. retranscrire les tournures vérifiées des bons auteurs; en fait d’idées on n’en a pas, on n’y songe même pas. Faute d’idées, on aura le mètre qu’on tourne et retourne dans la hantise du raffinement de la facture et du prestige de la difficulté vaincue. Au dernier degré de cette décadence, on aboutit à une niaiserie ineffable : l’acrostiche. Un vers devra se lire désormais indifféremment de gauche à droite et de droite à gauche ; la pièce entière offrira des combinaisons de lignes géométriques dont l’enchevêtrement présentera une figure. Il y aura même des personnages. A ce point l’évolution est achevée; il ne s’agit plus de poésie, mais de tapisserie.

Afin d’achever la physionomie de ces écoles africaines, nous devons citer une page de M. Monceaux puisqu’on ne saurait mieux dire. « Il parait qu’à Carthage et en Numidie les écoliers avaient bien des défauts ; on n’en saurait douter, c’est le meilleur d’entre eux qui l’avoue, un saint. On mentait volontiers, on était gourmand, on se querellait, on se battait, même on trichait au jeu. « Par mille mensonges, nous « dit-on, je trompais et mon pédagogue et mes maî- « très et mes parents,, entraîné par l’amour du jeu, « par le goût des vains spectacles, par le désir inquiet « et puéril de les imiter. Il m’arrivait aussi de dérober

« à l’office ou à la table de mes pareil Ls quelques friante dises ; j’agissais ainsi par gourmandise ou pour faire « des cadeaux à d’autres enfants qui me vendaient le « plaisir de leurs jeux. Souvent même dans ces jeux, « vaincu par le désir de la supériorité, je triomphais « par fraude. Je ne souffrais pas pour mon compte que « l’on me trompât, et, si je découvrais un coupable, je « l’accablais de reproches; mais si j’étais pris moite même en flagrant délit, j’étais toujours prêt à en « venir aux coups plutôt que de céder. » Ces méfaits pesaient lourd plus tard sur la conscience de l’évêque d’IIippone; ses scrupules l’ont entraîné à un jugement bien sévère sur les écoliers de son temps : « Est-ce « donc là, mon Dieu, disait-il, cette innocence des en- « fants? Non, cette innocence n’existe pas. Ce qu’ils « sont alors avec leurs maîtres et leurs pédagogues « pour les noix, les balles, les oiseaux, ils le seront « plus tard avec les rois et les magistrats pour de l’or, « des terres, des esclaves. Les objets de la passion « changent avec les années, comme de plus grands « supplices succèdent aux châtiments de l’enfance : « mais au fond c’est toujours la même chose. Vous « avez voulu seulement nous donner une leçon d’hu- « milité en vous comparant aux enfants, quand vous « avez dit : « Le royaume des cieux est à ceux qui « leur ressemblent L » Hélas, oui! l’homme est déjà dans l’enfant et la pauvre nature humaine n’attend pas que la barbe lui pousse pour revendiquer ses droits : mais vraiment c’est un peu trop hausser le ton pour des noix volées et des coups de poing reçus3. »

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