XXII INTRODUCTION
devait plus revenir. On s'était débarrassé de son opposition ; on ne songea pas à sa Chronique. Lui, Victor, embusqué derrière ce mur d'oubli où on l'avait enseveli vivant, écrivait, écrivait, se disant à lui-même peut-être quelque chose approchant de ceci :
Nous écrivons avec une plume de bronze ; Philippe II, Sylla, Tibère, Louis onze, Sont là sous notre œil fixe, et tremblent...
Les hommes de la trempe de l'évêque de Tonnenna ne furent pas rares en Afrique, et la hauteur de leur foi religieuse et patriotique est demeurée digne de tous nos respects et de notre émulation. Car il ne faut pas hésiter à le dire, si les institutions disparaissent sans retour, l'exemple des vertus qu'elles ont enfantées reste éternellement digne d'imitation. Et ils furent encore nombreux, malgré tant de calculs mesquins et de vanités intraitables, les Africains qui se dévouèrent sans réserve à la grandeur et au salut de l'Afrique. Ceux-ci avaient conscience que la grandeur et la durée des peuples tient au rôle qu'ils ont à jouer et que ce rôle ne pouvait être rempli qu'à la condition que chacun y fît son œuvre, les uns en dirigeant, les autres en obéissant. Au prix de cette abnégation générale l'Afrique aurait peut-être triomphé des germes de ruine qu'elle portait et des assauts qu'elle subit, mais la direction et l'obéissance manquèrent tour à tour et nous raconterons à quelles extrémités cela conduisit.
Cette histoire glorieuse et lamentable n'a pas laissé toutefois de tenir une place considérable et d'avoir un profond retentissement dans la formation intellectuelle des générations chrétiennes. L'Eglise d'Afrique, au temps de saint Augustin, et par l'opération de
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ce grand homme, absorba la pensée chrétienne et la rendit à la circulation comme une nouvelle richesse que révêque d'Hippone avait beaucoup accrue. A part une éclipse de peu de durée au xvi® siècle, la domination intellectuelle de saint Augustin n'a presque pas connu de déclin depuis le v^ siècle jusqu'au XVIII® et on peut dire que tout le monde latin Fa subie non seulement sans résistance, mais avec une sorte de ferveur et de passion. De son vivant, Augustin était le plus grand personnage, non seulement de l'épiscopat africain, mais de toute l'Église. Depuis les apôtres, disait plus tard Pierre le Vénérable, personne n'a tenu une si grande place parmi les fidèles et joui d'une autorité si incontestée. Au xvi® siècle, si Montaigne et Rabelais paraissent entièrement affranchis de son autorité doctrinale, ils ne le sont pas et ne cherchent pas à l'être, dès qu'il s'agit de reconnaître la hauteur et la profondeur de ce génie auquel Erasme rend un solennel hommage, et il semble que le xvii® siècle marque l'heure de la « définition » pour Augustin, lorsque Bossuet le proclame « le docteur des docteurs ». Faisons la part de l'enthousiasme et de cet éclat dont on aime à revêtir les formules pour les rendre sinon plus vraies, du moins plus majestueuses et plus portatives pour ainsi dire; il reste qu'Augustin a tenu dans l'histoire de la doctrine et de la piété chrétienne une place unique et y a exercé une influence prépondérante.
Si on considère son œuvre en elle-même et dans son rapport avec les circonstances historiques qui la virent naître et produire ses effets, elle nous apparaît comme un confluent où viennent s'engouffrer toutes les richesses et parfois les scories de la pensée antique, toutes les acquisitions et toutes les spécula-