XX INTRODUCTION
l'indication dans le chemin parcouru déjà. Pour un grand nombre, l'histoire n'est donc plus le commentaire perpétuel de la révélation, elle est elle-même révélation.
Ceci aide à comprendre la passion toute moderne des hommes pour l'histoire générale et l'amélioration apportée par eux dans les méthodes historiques, grâce à cette attention pénétrante, souvent anxieuse, avec laquelle ils ont interrogé l'histoire, afin de pouvoir ensuite l'invoquer toute seule. L'application des méthodes, on le sait du reste, s'est faite dans toutes les directions : sciences naturelles, esthétique, psychologie, etc., etc.
On a interrogé les monuments, les écrits, les institutions, et l'enquête se poursuit. Parmi tant de travaux de valeur inégale et de destinées diverses, on n'a pas manqué de s'arrêter à l'étude des groupements provinciaux dans le passé. Ces groupements représentent ce qu'aujourd'hui, à la suite du fractionnement politique qui suivit l'établissement des Barbares en Occident aux v^ et vi^ siècles, nous appelons des peuples ou des nations. Chaque peuple a comme une idée et un sentiment à faire vivre dans le monde ; c'est sa raison, c'est sa mission, c'est son âme. Ame mortelle; âme mourante parfois, faute d'action commune ; âme capable de résurrection ; âme impérissable si la pensée dont elle vit est de celles qui touchent aux intérêts permanents ou à la conscience sacrée de l'humanité. Nous verrons dans ce livre un peuple se décomposer, pour ainsi dire, et se réduire au point de disparaître sans résurrection possible par l'abus des rivalités intestines et l'incurable défiance empêchant toute action commune. Haines politiques, haines religieuses et haines ethniques viendront à bout
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de désoler, de stériliser les éléments remplis d'une vitalité débordante, de les opposer entre eux jusqu'à extinction et finale disparition. Après des siècles de ce régime, l'Afrique sera réduite à une impuissance tellement irrémédiable que la perspective du péril suprême ne parviendra pas à rapprocher les âmes aigries et à grouper les forces dispersées ; l'invasion arabe apparaît et soudain, presque sans résistance, se répand partout, recouvre tout.
C'est par ce côté que l'histoire prend pour nous la gravité solennelle d'un terrible avertissement. Si elle nous offre le récit des abnégations et des dévouements, elle conserve et retient à jamais les noms de ceux qui ont entravé les réformes et empêché le salut. Ces pauvres chroniques dont nous parlions sont parfois d'accablantes dépositions qui, à quinze siècles de distance, marquent au front ceux qui se rendirent coupables de préférer leur intérêt à celui de leur patrie. C'est le retour des choses de ce monde. A quelque rang que le mérite, l'intrigue ou la faveur ait élevé les hommes, il est rare qu'ils ne s'oublient pas de temps en temps à commettre quelque abus de cette force qui leur avait été confiée. Aucun d'eux ne semble avoir songé au chroniqueur obscur ramassant dans son récit les chefs de l'accusation que formulera la postérité. Un type accompli de ces vengeurs ignorés est ce Victor, évêque de Tonnenna, que nous rencontrerons souvent. Avec l'âme d'un Saint-Simon il avait le style d'un Dangeau et c'est dans le moule régulier d'une chronique qu'il a coulé le flot de passion que provoquaient en lui les tristesses des luttes religieuses sous Justinien. Traqué, saisi, emprisonné auMandrakion, relâché et repris, emprisonné pour la seconde fois, exilé aux Baléares, puis relégué au fond de l'Egypte d'où il ne